LE FIL

Prévenir les maladies du bois en modifiant son mode de taille

Lundi 04 janvier 2010 par Ingrid Proust, Ligérienne de presse

Les maladies du bois pourraient être favorisées par de mauvaises pratiques de taille selon des recherches conduites par la Sicavac à Sancerre, qui préconise une taille plus respectueuse selon un système adapté de la taille Guyot.

 


Coupe transversale d'un cep taillé de manière "classique" (© Sicavac)

 

Et si les champignons n’étaient pas les seuls responsables des maladies du bois ? Pour François Dal et Edouard Bricaud du Service interprofessionnel de conseil agronomique vinification et analyses du Centre (Sicavac), de mauvaises pratiques de taille favoriseraient la mortalité du bois en engendrant des zones de bois mort colonisés ensuite par des champignons. « Nous avons constaté dans le vignoble sancerrois des taux de mortalité très variables selon les domaines et ces différences ne provenaient ni du matériel végétal ni du terroir. La taille en revanche a une incidence. Tout se passe comme si la mortalité du bois n’était au départ pas due aux champignons mais aux cônes de dessèchement et aux ruptures de trajet de sève », explique François Dal.

Une taille où la baguette et les coursons sont laissés du même coté déséquilibre le cep. La suppression d’un des flux de sève fait que l’autre côté n’est plus fonctionnel. Les vaisseaux conducteurs et le cambium (cellules qui fabriquent les vaisseaux du xylème et du phloème) sont mal alimentés. Ce côté du cep n’est plus capable de se défendre correctement en cas de coups de sécateur, d’invasion d’insectes lignivores, de micro-organismes. Le bois se dessèche et au bout de quelques années entraîne la formation de zones importantes de bois mort.

L'impact néfaste des plaies de taille rases

Les plaies de taille provoquent une réaction de défense de la vigne : le cep cicatrise en formant un cône de dessèchement. Plus le diamètre de la plaie de taille est grand, plus le cône est profond. Dans le cas d’une vigne vigoureuse, le diamètre des vaisseaux sectionnés est important et la taille des cônes l’est tout autant. « Et les plaies de taille rases réalisées au sécateur électrique aggravent le problème en coupant les vaisseaux de la branche et ceux du tronc. La nécrose provoquée est plus importante. La plante se défend alors moins efficacement contre les parasites. Une taille entraînant un déséquilibre du cep et formant des plaies rases favorise une production considérable de bois mort ».

Des plaies de taille rases importantes peuvent gêner à la longue la circulation de la sève. Les cônes de dessèchement sont isolés du bois sain par des « murs » et « sacrifiés ». Cette compartimentation mobilise les réserves de la plante en amidon. Si la quantité de bois mort à l’intérieur du cep est trop élevée, le cep peut difficilement s’alimenter en cas de stress hydrique. « Les plaies de taille mutilantes ont un impact énorme dans les premières années du cep. Il faut éviter les plaies de taille rases. Sur les bois de deux ans et plus, il est nécessaire de laisser un chicot d’une longueur équivalente au diamètre de la coupe pour éviter les cônes de dessèchement. La cicatrisation se fait alors dans le chicot et non dans le cep. poursuit François Dal. Par ailleurs, le développement du cep doit être réfléchi afin de lui donner une forme bien définie dès le départ, cela permet de réduire les risques d’entraves au flux de sève. Dans l’idéal, il faudrait laisser un courson du côté opposé à la baguette. Pour ne pas avoir d’entassement de végétation, on peut faire sauter plusieurs yeux sur la baguette au niveau du courson. Sur un cep déséquilibré, on doit conserver un gourmand du côté non alimenté et le tailler à courson l’hiver suivant ».

La taille Guyot-Poussard

La Sicavac recommande la taille gobelet (palissé ou non), le cordon double ou la taille Guyot-Poussard, un système adapté de la Guyot par un viticulteur charentais du début du XXe siècle. « La taille Guyot-Poussard est un guyot simple à deux bras : un bras avec courson, un bras avec baguette et courson sous la baguette. La baguette alterne chaque année de côté et le premier œil de chaque courson doit être placé vers le bas (extérieur du cep). L’objectif de cette taille est d’avoir les plaies de taille toujours du même côté du bras : si un côté est ‘sacrifié’, l’autre permet un trajet de sève optimal. Avoir le premier œil dessous fait que le flux de sève n’est pas inversé et conserve ce trajet à l’opposé des plaies de taille », détaille l’ingénieur de la Sicavac. Selon François Dal, 80% des vignerons de Sancerre ont adapté leur système de taille depuis 2003 selon les préconisations de la Sicavac et des résultats confirment les hypothèses. « Sur une vigne de 11 ans suivie depuis quatre ans, nous avons constaté 4,3% de mortalité parmi les pieds taillés de façon classique et o% pour ceux taillés de façon plus respectueuse. »

 

►A lire aussi, déjà paru: Maladies du bois - Le système de taille remis en question (publié le 14/01/2010)

 


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