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Le bon vin menacé par le réchauffement
Les vignerons sonnent le tocsin

Par Vitisphere Le 27 novembre 2009
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Les vignerons sonnent le tocsin
L
e réchauffement menace les vins et les terroirs, s'inquiètent des viticulteurs qui ont sonné le tocsin symboliquement vendredi à l'intention des négociateurs du sommet climat de Copenhague, lors d'un salon des vignerons indépendants.

Les terroirs, sources de diversité et d'originalité
des vins. (© Terre-net Média) « Pour un vigneron, la valeur de son vin dépend de la spécificité de son terroir », souligne Michel Issary, président des vignerons indépendants de France. Or, le changement climatique va bouleverser à terme la spécificité des terroirs viticoles, faisant perdre leur singularité aux vins français, redoutent les vignerons. Un millier d'entre eux, présents vendredi sur ce salon à Paris, ont sonné symboliquement le tocsin, comme on le faisait autrefois dans les campagnes pour prévenir d'un danger, en faisant tinter leurs bouteilles.

La canicule est un risque majeur: « 2003, c'est le millésime qui fait peur », commente Olivier Thiénot, directeur de l'Ecole du vin, se référant à la canicule de 2003 qui sera la norme un été sur deux d'ici la fin du siècle, selon les scientifiques.

Démonstration à l'appui, il fait gouter aux journalistes un Muscadet 2002, puis le même, version 2003, pour comparer: « il n'est pas mauvais mais est-ce-que ça ressemble à un Muscadet? », s'interroge-t-il. « Ce n'est pas ce qu'on attend et ça remet en cause l'appellation et la lisibilité des vins », ajoute-t-il. Idem pour un Chardonnay, un Côtes de Jura 2006, année classique, comparé à un 2003 : la cuvée canicule a « une note plus épicée, plus exotique ».

« Le grand risque c'est la perte d'acidité. On risque d'avoir le même problème que les vignerons australiens qui doivent acidifier leurs vins en rajoutant de l'acide tartrique », prévient-il. Mais « actuellement, les vignerons sont contents de leurs dix dernières années. Ils ont encore une marge de manœuvre », nuance-t-il.

A plus long terme, il faut s'attendre à une modification de la répartition géographique des vignobles et à la disparition de certains cépages. « Nous sommes dans une situation d'urgence, il faudra marquer les arrêts de jeu à Copenhague », prévient Pascal Husting, directeur général de Greenpeace France, ravi de pouvoir rallier les vignerons à la cause du climat. Car « ce qui est en danger, c'est cette finesse absolue des vins de terroir », fait-il remarquer.

Certains terroirs sont déjà en péril, notamment dans le sud de la France, dans le Roussillon, où le rendement à l'hectare est en baisse avec des vins dont le degré alcoolique est de plus en plus élevé, conséquence de la chaleur. « On dépasse allègrement les 15 degrés », note Michel Issary. « Ce sont des vins qui ressemblent de plus en plus à des vins du nouveau monde », déplore-t-il. En Bourgogne, le pinot noir est dans le collimateur: « ce cépage déteste la chaleur. On risque de le perdre totalement. Or sans pinot noir, il n'y pas de Bourgogne rouge », lance Michel Issary. Quand les conditions climatiques actuelles de la Bourgogne, qui donnent au vin de cette région sa spécificité, auront disparu, aucune autre région française ne pourra prendre la relève puis le caractère des vins de Bourgogne est lié à ce terroir particulier.

En France, la limite de culture de la vigne qui se situait autrefois en Champagne, dans le nord, a dépassé la Manche et aujourd'hui « l'Angleterre commence à faire du vin », souligne Michel Issary. « Dans un certain nompbre d'années, ils pourront faire des vins proches des vins de Champagne », ajoute-t-il.


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