Accueil / / Deuxième partie : victime de son succès

Pac, quelle saga !
Deuxième partie : victime de son succès

Par Frédéric Hénin Le 01 juin 2009
Lire plus tard
Partage tweeter facebook linkedin
Deuxième partie : victime de son succès
D
ans les années 1970, la Pac a été victime de son succès. La France est devenue progressivement le premier pays européen exportateur de produits agricoles et premier exportateur mondial de produits agroalimentaires. Après le premier choc pétrolier, l’agriculture était alors « le pétrole vert » de la France !

 

 L’Europe croule sous les stocks malgré les élargissements successifs qui ne représentaient pas encore de débouchés suffisamment importants pour les écouler.

Le pouvoir d’achat des nouveaux pays adhérents à la Cee était encore trop faible et les habitudes alimentaires différentes.

Avec des prix stables, déconnectés de la réalité des marchés, les agriculteurs étaient pour leur part naturellement incités à produire toujours plus puisqu’ils n’étaient soumis à aucun contingentement de leur production. Et il revenait alors au contribuable de payer des restitutions pour rendre les produits agricoles excédentaires compétitifs sur le marché mondial.

En fait, on arrivait à la situation aberrante suivante: des matières premières importées, qui échappaient aux droits à l’importation (soja par exemple), étaient préférées à des céréales payées aux paysans à des prix plus élevés que sur le marché mondial et pour lesquelles il fallait par conséquent financer des restitutions pour pouvoir exporter les excédents hors de l’Union européenne (appelée à l’époque la communauté économique).

 

Pour lire la série d'articles, cliquer sur:

Pac, quelle Saga! De l'importance des élections européennes Par ailleurs, le système des prix garantis avait été conçu avec des monnaies fixes et stables. Ce système se grippe avec les dévaluations ou réévaluations successives des monnaies européennes dans la decennie1970 ainsi que par la fin de l’indexation du dollar sur l’or en 1971.

 

Les montants compensatoires monétaires sont mis en place pour y pallier, mais, complexes, ils s’avèrent également très coûteux. S’il est théoriquement toujours appliqué, la réalité du marché unique est largement modifiée dès 1969.

Il y a rapidement des tensions entre les pays bénéficiaires (les pays agricoles) et les contributeurs (les pays industriels). Ces tensions deviennent conflit après l’entrée des anglais dans la Cee.
Au total, le budget de la Pac augmente alors considérablement. Les causes sont multiples :

montants compensatoires monétaires dépenses en hausse (diminution du prélèvement par la baisse des importations, augmentation du volume de restitution car plus de production et donc nécessité d’exporter). surproduction agricole générale (cf. l’exemple emblématique du lait) importations massives d’oléagineux américains et de PSC (produits de substitution aux céréales).

Le budget européen était essentiellement consacré au financement du coût de la Pac (jusqu’à 80% du budget européen contre 40% environ aujourd’hui).

Face à cela, quelques décisions technocratiques sont prises (taxe de coresponsabilité pour les producteurs laitiers en 1977) mais peu de décisions politiques d’envergure.

Instauration des quotas laitiers en 1983 : une mesure huée

Pour sauver la Pac, il devenait urgent de prendre des mesures visant à limiter la production agricole européenne. La plus importante mesure prise a été l’instauration de quotas laitiers en 1983. Huée, cette mesure a cependant permis de maintenir une production laitière et une industrie de transformation sur l’ensemble du territoire national. Et nombreux sont aujourd’hui les responsables politiques et syndicaux prêts à défendre leur maintien au delà de 2015 !

A partir de 1992, c’est l’ensemble des secteurs de production qui sont concernés, d’une manière ou d’une autre, par des mesures de contingentement et de restriction de la production. En fait, les réformes agricoles n’ont pas arrêté, à partir de cette année là, de se succéder au rythme d’une tous les trois ans. Aucun secteur économique autre que l’agriculture n’a été soumis à une telle pression. Mais malgré leurs réticences et parfois leurs incompréhensions, les agriculteurs ont toujours su s’adapter aux nouvelles règles du jeu. Ceci dit, leur nombre a fondu de moitié en moins de 20 ans et la survie de nombreuses exploitations a reposé sur leurs agrandissements pour compenser la baisse de revenu à l’hectare.

La réforme de 1992 s’est matérialisée par la baisse des prix d’intervention pour se coller davantage à ceux du marché mondial et, par le versement d’aides compensatoires assises sur des rendements et des références historiques (base nationale, et départementales). Est aussi apparue l’obligation de mettre en jachère une partie des terres cultivées (jusqu’à 15% selon les années) afin de réduire la production céréalière.

Baisse du prix des céréales

La baisse des prix des céréales visait à inciter les industries d’aliments du bétail à reconquérir le marché intérieur européen en préférant les céréales européennes aux dépens des produits importés (soja, manioc…).

En production bovine, des primes au maintien du troupeau allaitant (Pmtva) ont été instaurées. Et en production ovine, les Pco en place (prime compensatrice ovine) depuis l’entrée de la Grande Bretagne dans la Cee ont été réévaluées.

En parallèle, sont apparues une batterie de soutiens qui reposaient sur des critères environnementaux et géographiques (aides à l’herbe, Ichn…).

Toutes ces mesures se sont enchaîné à la fois sous la pression

 de l’Omc favorable à la dérégulation des marchés, des contribuables européens qui ne voulaient plus subventionner une agriculture « polluante » des contraintes budgétaires européennes.

Telle qu’elle avait été élaborée, la Pac était devenue « le tonneau des Danaïdes » de l’Europe si rien n’avait été entrepris pour en corriger les excès.

Ceci dit, certains syndicats agricoles se sont toujours opposé à cette logique en demandant davantage de quotas de productions, plus de préférence communautaire et par la suite une meilleure répartition, sans succès, des aides directes.


Partage Twitter facebook linkedin
CONTENUS PARTENAIRES
Tous les commentaires (0)

Pas encore de commentaire à cet article.
© Vitisphere 2021 - Tout droit réservé