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Pascal Chatonnet
« Bordeaux 2007, le consommateur sera le grand gagnant »

Par Laurence Frouin Le 17 avril 2008
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« Bordeaux 2007, le consommateur sera le grand gagnant »
L
a réputation du millésime 2007 s’est construite dans la douleur d’une météo capricieuse. Pourtant le résultat, découvert lors de la semaine des primeurs à Bordeaux, est loin d’être décevant. A cause de la conjoncture économique, le rapport qualité-prix sera très favorable aux consommateurs.

Viti-net (VN) : Comment s’annoncent les transactions primeurs sur le millésime 2007 ?
Pascal Chatonnet (PC)
 : Les transactions primeurs se concentreront sur les premiers crus ; les Sauternes également car ils ont un effet millésime très fort et l’année est excellente pour eux.
L’économie mondiale est morose. Les coûts de production élevés de 2007 et le taux de change de l’€uro ne permettent pas de proposer les prix bas que les acheteurs attendent. Cette situation économique est unique. L'image du millésime souffre de l'hétérogénité du Médoc. La notation de Robert Parker est d’autant plus attendue que ceux qui seront bien notés pourront tirer leur épingle du jeu. Mais le marché n’a pas la capacité à pousser des vins nouveaux.

VN : L’image du millésime serait inférieure à sa qualité réelle ?
PC :
La fraîcheur de l’été à donner des blancs avec une quantité de fruits très rare. Les blancs secs sont excellents. La maturité rapide des merlot et cabernet franc en septembre donne des vins ronds, pas concentrés, avec une acidité normale et une fraîcheur supérieure à 2005. Le travail de vinification s’est fait en douceur, sans forcer sur l’extraction comme l’an dernier. Les vins ne sont pas très puissants mais mieux équilibrés. D’ailleurs les 2007 sont agréables à boire dès maintenant. Sans être des vins de garde, ils ne pourront que s’améliorer. Les cabernet sauvignon, surtout sur la rive gauche, sont beaucoup plus hétérogènes... mais ils sont la vitrine des primeurs !

VN : Le consommateur devrait trouver son bonheur ?
PC :
Oui il y a de très bons 2007, parfois supérieurs à certains 2005. La conjoncture économique ne permet pas de répercuter les coûts de production, bien qu’ils soient nettement supérieurs cette année. Comme en 2004, le millésime a été tué dans l’œuf. Le rapport qualité-prix sera favorable aux acheteurs.

Pascal Chatonnet, oenologue et consultant en oeonologie (© Canal com)

Pascal Chatonnet dirige les vignobles familiaux à Lalande de Pomerol et Saint-Emilion. Spécialiste du vieillissement des vins en barrique, il reçoit le premier « International Award » décerné par l’Académie Amorim (Lisbonne, 1991) et l’International Giuseppe Morsiani Award » (Vérone, 1996). En 1992, il crée, avec Dominique Labadie, le laboratoire Excell. Ce dernier est leader dans le domaine des analyses de contaminants du vin. En 1998, il s’associe à Michel Rolland en créant MR & PC Conseils, une société de conseil en œnologie.

VN : Comment expliquez-vous le décalage important entre l’image du 2007 et sa qualité réelle ? 
PC :
Le 2007 a été enterré précocement à cause d’indices défavorables. Avec la chaleur du printemps, la vigne avait deux semaines d’avance. La majorité des vignerons ont fait face à la forte pression maladie de  juillet mais une communication négative s’est mise en place. Notamment véhiculée par les quelques vignerons qui n’avaient plus rien à perdre.
Malgré les pluies fréquentes, la pluviométrie globale a été modérée et la précocité du printemps l’a compensée… Hors il y a eu beaucoup de communication sur la pluie et un oubli complet de la précocité initiale! Durant l’été le vignoble a seulement perdu son avance ; le millésime n’est pas devenu tardif pour autant.
Septembre a été idéal : sec avec un vent du nord qui a fait s’évaporer l’humidité, protégeant les raisins de la pourriture. Les vendanges se sont déroulées classiquement : de mi-septembre à mi-octobre. Les vignes dont le feuillage était sain ont pu assurer la maturité du raisin. La vendange qu’on a laissé mûrir était belle, sans sucres excessifs et avec un taux d’alcool équilibré.
Mais ce beau finish n’a pas compensé l’image dégradée acquise durant l’été.

VN : Quelle est votre appréciation du millésime dans les autres régions ?
PC :
La vallée du Rhône méridionale et la Provence ont un millésime 2007 extraordinaire. Tout comme la Rioja, en Espagne, où les vins sont exceptionnels. Les résultats sont plus mitigés pour les autres régions d’Espagne et du Portugal. Bien que le centre et le nord du Portugal, tout comme la Toscane, fassent une belle année. Le Hongrie a vécu les vendanges les plus précoces de son histoire avec des vins concentrés et une faible acidité.

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