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Phytosanitaires
Quels effets à long terme sur la santé ?

Par Ligérienne de presse Le 05 octobre 2006
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Quels effets à long terme sur la santé ?
L
’Institut national de médecine agricole a récemment organisé un colloque sur les effets à long terme des phytosanitaires sur la santé humaine. L’occasion de faire le point sur les hypothèses des scientifiques quant aux liens entre pesticides et risques de cancers, de problèmes de fertilité ou de malformations congénitales.

“Les risques aigus des phytosanitaires, nous les connaissons : brûlures, irritations, démangeaisons. Mais les conséquences à long terme en relation avec une exposition chronique sont moins connus. Nous ne sommes pas là pour apporter des réponses mais pour faire la synthèse sur les connaissances actuelles. Et sans incriminer qui que ce soit.” Michel Gagey est le directeur de l’Institut national de médecine agricole, basé à Tours, qui a organisé récemment un symposium sur les effets à long terme des pesticides sur la santé humaine. Une question bien complexe pour les scientifiques eux-mêmes.

 L’exposition aux phytosanitaires n’est déjà pas simple à évaluer, “en raison d’une part de la multiplicité des produits mais aussi des différences entre cultures, de zones géographiques, de modes d’utilisation. Il existe un risque de surestimation ou de sous-estimation des expositions”, souligne le Dr. Isabelle Baldi, de l’université Bordeaux 2. Une étude appelée Pestexpo a été réalisée entre autres dans les vignobles bordelais : “l’espacement et la hauteur des vignes, la pente, le feuillage, la présence d’une cabine ou non sur le tracteur joue sur le niveau de contamination”, note Isabelle Baldi.

Le lien entre pathologie et exposition aux pesticides n’est en outre pas évident à cerner, indique le Dr. Pierre Lebailly, chercheur au centre de lutte contre le cancer F-Baclesse à Caen. “D’autres facteurs environnementaux propres au milieu agricole ont également été suspectés : expositions aux huiles et fuels, aux solvants, aux fumées, aux poussières, au soleil...” Néanmoins, les pesticides constituent un facteur de risque privilégié concernant le cancer : “Les études toxicologiques chez l’animal mettent en évidence le pouvoir cancérigène de nombre d’entre eux”. Une étude menée dans le Calvados sur plus de 6 000 agriculteurs montre une sous-mortalité par cancer (due notamment à une moindre fréquence des cancers liés au tabagisme) mais une tendance à la surmortalité pour les cancers de la prostate, du cerveau. Les cancers du sein, ceux de la peau et du rein semblent également plus nombreux.

Plusieurs scientifiques se sont penchés sur l’exposition aux phytosanitaires et les maladies neurodégénératives. “Des études réalisées dans différents pays ont montré une association entre la maladie de Parkinson et le métier d’agriculteur, l’exposition professionnelle aux pesticides ou la consommation d’eau de puits”, explique le Dr. Alexis Elbaz, épidémiologiste à l’Inserm.

Les scientifiques ont en revanche plus de certitudes concernant la nocivité de certains pesticides sur la fertilité masculine, comme le nématocide DBCP et l’insecticide organochloré chlordécone, aujourd’hui interdits. Des études plus récentes auprès de couples consultant pour infertilité ont montré une association entre exposition professionnelle des hommes à des pesticides et un sperme de qualité insuffisante pour procréer.

50% de matières actives retirées du marché

Du côté des risques pour la reproduction, les études suggèrent un lien entre retard de croissance et exposition aux pesticides, notamment les organophosphorés. Le risque de mort fœtale et de malformations, par exemple génitales chez les petits garçons, apparaît augmenté en cas d’exposition aux phytosanitaires. Enfin, de nombreuses études montrent une relation entre différentes maladies du sang et pesticides.

Les chercheurs ne peuvent bien souvent ne faire état que de présomptions. Des études sont encore nécessaires. “On a aujourd’hui les effets à long terme des produits mis sur le marché entre les années 50 et 90, déclare le Pr. Daniel Marzin, de l’Institut Pasteur de Lille. On peut espérer que la révision des matières actives commercialisées avant 1993 (50% d’entre elles sont ou vont être retirées du marché), ajoutée à des limitations d’emploi, va diminuer les risques.”


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