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Eclaircissage
Un bon outil pour la maîtrise du rendement

Par Emilie Coutarel, Emmanuel Guiot, Mathieu Mérot; Ecole supérieure d'agriculture d'Angers Le 20 septembre 2006
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Un bon outil pour la maîtrise du rendement
L
’éclaircissage s’installe progressivement comme un outil de maîtrise du rendement. Il peut pallier à un excès de vigueur de la vigne et doit se raisonner en fonction des prévisions de rendement et du coût généré. Il s’agit cependant d’une opération supplémentaire qui peut être évitée.
L’éclaircissage ou vendange en vert, est la technique d’élimination des grappes excédentaires au rendement estimé. Il existe deux moyens de réaliser cette opération : manuellement ou chimiquement. Les produits d’éclaircissages chimiques ne sont que peu utilisés (voir encadré) et la méthode manuelle est souvent préférée.
Bien réfléchir la taille peut permettre d’éviter l’éclaircissage
Les motifs de recours à l’éclaircissage sont dus essentiellement à un excès de vigueur de la vigne. Ce phénomène de surproduction dépend de différents facteurs. La fertilité du sol joue un rôle important dans le développement végétatif de la plante. Un apport de fumure, ou tout simplement un sol naturellement riche entraine une surcharge du cep. De même, un porte-greffe mal adapté au cépage, à la parcelle et au produit que l’on souhaite élaborer engendre des conséquences similaires. Ces facteurs sont à étudier dès la plantation. Sur les vignes déjà en place, il sera plus facile de jouer sur le mode de conduite et notamment sur la taille d’hiver. Comme le précise Laurence Vaillant, viticultrice à Thouarcé (49) : « nous privilégions une taille longue sur chenin, on enlève un oeil sur deux pour éviter d’intervenir plus tard ». Enfin, l’effet millésime n’est pas à négliger car le climat a une influence majeure sur l’initiation florale et sur l’architecture du cep : « Cette année, nous n’interviendrons pas, le vent ayant déjà cassé beaucoup de rameaux »
La maîtrise du rendement est un élément primordial dans les aires d’appellation contrôlée car un dépassement peut être sanctionné par un déclassement de la vendange par l’Inao (Institut national des appellations d’origines). La conséquence économique pour le viticulteur peut être alors catastrophique. Aucune opération n’est envisageable sur le vignoble sans une estimation préalable du rendement. Celui-ci s’évalue facilement grâce à un comptage de grappes sur 25 souches par lot homogène et par une estimation du poids moyen des grappes à la vendange.
L’éclaircissage doit être réalisé entre la fermeture de la grappe et la véraison
Valérie Closset, conseillère viticole terroir au Groupement départementale de développement viticole (49), insiste sur la pertinence de cette action certaines années. Les arômes, la couleur et les sucres sont plus concentrés quand l’éclaircissage est pratiqué au bon moment. En effet, un éclaircissage trop précoce engendre un phénomène de compensation par les baies restantes, on obtient alors une dilution des composés de la baie. Autre conséquence, les grappes deviennent plus sensibles à la pression des maladies cryptogamiques telles que le Botrytis. La date d’intervention est donc un facteur décisif dans la réussite de cette opération. Elle doit avoir lieu entre la fermeture de la grappe et la véraison.

La date d’intervention de l'eclaircissage est un facteur décisif dans la réussite de cette opération. Elle doit avoir lieu entre la fermeture de la grappe et la véraison. 
(© Viti-net) De plus, les études menées (1) montrent qu’un éclaircissage inférieur à 30% n’a pas d’effet significatifs sur la récolte du fait de ce phénomène de compensation. Il faut en moyenne supprimer 50% des grappes pour obtenir une diminution de rendement de 30 à 35%.
Compte tenu de son coût, le recours systématique à l’éclaircissage est à proscrire


L’intervention se raisonne aussi en fonction des coûts qu’elle engendre. Pour un éclaircissage manuel, il faut compter 25 heures/hectare pour retirer une à deux grappes par souche, 40 heures/hectare pour en retirer trois à quatre et 80 heures pour la suppression de sept à huit grappes.
Le marché et la valorisation du produit influencent les viticulteurs dans le choix de l’intervention. Une action peut se justifier sur des parcelles produisant des vins à forte valeur ajoutée, mais n’est pas pertinente sur des parcelles produisant des vins plus standard. Par exemple, plutôt que d’intervenir sur des cabernets très productifs, n’est-il pas préférable d’orienter la production vers un rosé ?
L’éclaircissage est donc une opération qui doit être mûrement réfléchi. Les objectifs du viticulteur et l’analyse des facteurs technico-économiques restent primordiaux.


L’éclaircissage chimique reste marginal en Maine et Loire

L’éclaircissage chimique constitue une alternative intéressante dans la mesure où son coût est supportable. La matière active utilisée pour cette opération est l’étéphon (Sierra) préconisé à 2,5 litres/hectare. Le coût de ce produit est d’environ 44 euros le litre. Cette intervention nécessite cependant une maîtrise parfaite de la technique (date, pulvérisation…).
Alain Rochais – Conseiller technique vigne œnologie chez Terrena – nous a avoué que l’éclaircissage chimique était une technique marginale en Maine et Loire. En effet, les viticulteurs favorisent la technique manuelle plus sécurisante au niveau du résultat. Par exemple, un éclaircissage chimique sur une année de forte coulure peut entraîner une baisse de rendement trop importante non souhaitée et non maîtrisée.



(1) sous la direction de J.C. Avenard, Manuel de production intégrée en viticulture, Ed. Féret, 2003.
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