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Conduite viticole en bio
Une couverture permanente de la vigne

Par Nathalie Petit Le 13 juin 2006
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Une couverture permanente de la vigne
E
n agriculture biologique, la maîtrise de la flore adventice et des principales maladies de la vigne passe par un maître-mot : la prévention. Depuis 15 ans que le Domaine Bassac est certifié en agriculture biologique, les associés sont autant satisfaits de leurs vignes et de la qualité de leur récolte qu’auparavant. Témoignage.

« Nous étions confrontés, avant de nous convertir à l’agriculture biologique, à un certain nombre de problèmes telle que le développement de résistances à l’oïdium, des problèmes d’inversion de flore et d’envahissement d’herbe dans les parcelles. De plus, nous étions de plus en plus conscients que certaines façons de faire conduisaient à des impasses. Nous étions aussi animés par l’envie de reconquérir une certaine autonomie vis à vis des itinéraires techniques et de ne pas appliquer les recettes moléculaires autorisées pour un certain laps de temps », témoigne Louis Delhon du Gaec Delhon Frères à Puissance (34).

Un travail d'assiduité


Sur les parcelles où on passe un peu tard, quand l’herbe a déjà bien poussé, on va avancer très lentement dans les parcelles (© Viti-net) Au domaine Bassac, la maîtrise de la flore adventice passe par le travail mécanique du sol. « Actuellement, nous entrons dans la période où nous allons déclarer la guerre à l’herbe. Après la taille, c’est un travail d’assiduité pour arriver à éliminer l’herbe. En année idéale, deux passages dans les vignes par an suffisent : un décavaillonnage mécanique très soigneux suivi quelques semaines plus tard d’un buttage », explique le viticulteur. « Sur les parcelles où on passe un peu tard, quand l’herbe a déjà bien poussé, on va avancer très lentement dans les parcelles, au rythme de 2ha/jour. Nous complétons alors dans ce cas ce nettoyage mécanique en même temps par un passage manuel derrière le décavaillonnage. On attend alors 3-4 semaines pour buter, sur cette pousse à la période estivale où l’herbe se développe beaucoup.  La question d’un deuxième décavaillonnage va se poser lors de printemps très pluvieux et d’années très poussantes. » Depuis 1991, il est arrivé une seule fois au Domaine Bassac d’être amené à décavaillonner deux fois dans la même année, soit quatre passages sur la parcelle. « S’il est vrai que cela fait beaucoup de passages dans les vignes, je ne suis pas persuadé que financièrement cela me coûterait moins cher d’avoir la possibilité d’utiliser des désherbants. Il faut en revanche accepter de ne pas avoir des vignes comme des autoroutes et d’engager ce travail perpétuel. J’ai des tracteurs qui tournent pratiquement tous les jours. S’il persiste certains problèmes de chiendent et de ronces, j’arrive à les contenir en les sarclant régulièrement chaque année. »

Avoir le moins d’impacts négatifs possibles sur l’environnement

Au domaine Bassac, la stratégie de lutte contre le mildiou et l’oïdium est d’assurer une couverture permanente de la vigne, ce qui implique entre 8 et 10 passages par an sur chaque parcelle avec des doses minimes. Pour prévenir le mildiou, les viticulteurs du Gaec Delhon utilisent la bouillie bordelaise ou des oxychlorures. Pour l’oïdium, ils ont recours à du soufre mouillable.
« Je maîtrise ces deux maladies aussi bien qu’avant et en particulier certaines années mes raisins sont en meilleur état sanitaire que ceux de mes collègues qui emploient des fongicides », explique le viticulteur.  « Le gros reproche qui est fait à la viticulture biologique est l’utilisation du cuivre, qui est pour moi le meilleur traitement préventif et curatif. La réglementation nous limite à une dose de cuivre maximale de 6kg/ha et par an sur une moyenne de 5 ans. Jusqu’à ce jour, nous nous sommes toujours situés en deçà de ce seuil, avec une moyenne située entre 4 et 5 kg/ha et par an », précise-t-il. « Je crois que c’est une vue de l’esprit de faire croire que l’agriculture biologique n’est pas un compromis. On ne peut pas prétendre que tout va s’autoréguler tout seul dès l’instant où l’on cultive la vigne et où on rassemble une densité de pieds sur une surface. Dès lors que l’on décide d’être agriculteur, il faut accepter que l’on perturbe des équilibres. Nous essayons alors d’avoir le moins d’impacts négatifs possibles sur l’environnement. Ce compromis doit être le meilleur possible mais il reste un compromis. Si aujourd’hui le cuivre est mis en question, qu’en sera-t-il dans un siècle de l’aluminium, que l’on nous propose en remplacement sous forme de sel d’aluminium? »


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