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Photorégulation
Un environnement lumineux bonifié

Par Nathalie Petit Le 05 avril 2006
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Un environnement lumineux bonifié
L
a technique de solarisation des vignes fait appel à l’utilisation d’un revêtement qui modifie la quantité et la qualité de la lumière. A la clé une précocité de maturation, une meilleure homogénéité des baies, des meilleures notes de dégustation des vins et un renforcement de la typicité variétale.

En influant sur la quantité mais aussi sur la qualité de la lumière reçue par la vigne, la technique de la solarisation améliore de façon significative la qualité de la récolte : indice de maturité, caractère aromatique, homogénéité des baies,... Aujourd’hui, son application est limitée aux raisins de table, du fait de l’interdiction par l’Inao (Institut national des appellations d’origine) de l’introduction de cette technique pour tous les vins d’appellation. Pourtant, les effets de la solarisation des vignes sur les qualités sanitaires des baies et organoleptiques des vins rend cette technique tout à fait intéressante pour les vins de cuve également. Les essais menés par l’Inra depuis 1991 ont montré l’impact favorable de la technique sur la composition des raisins à la récolte et sur la qualité des vins.

Une source de lumière éclaire les zones généralement à l’ombre

Un procédé sous utilisé

Ce procédé, élaboré et mis au point par la recherche française, est aujourd’hui surtout utilisé par les producteurs de raisins de table et par des viticulteurs d‘autres pays européens, ou encore d‘Australie ou des Etats Unis. « Nous avons également conduit des essais en Israël », présente Jean-Paul Ducol, directeur commercial de la société Texinov, à l’origine de la création du tissu et du brevet Vitexsol.
« Il y a trois ans, lorsque d’autres innovations plastiques ont été proposées à la viticulture, nous avons été confrontés à un blocage total de la part de l’Inao pour interdire tout usage de ces tissus de solarisation pour les vins d’appellation », regrette Jean Paul Ducol. La solarisation reste une technique utilisable pour tous les producteurs de vins de pays ou vins de cépage. « Nous avons également des installations dans le sud ouest chez des viticulteurs en agrobiologie. »
L’intérêt de la technique est plus particulièrement intéressant dans les parcelles qui présentent un défaut d’éclairement (mauvaise orientation des ceps de rang, problèmes de maturité..) ou dans les parcelles dont la qualité de la récolte doit être améliorée (homogénéité des baies, coloration, potentiel aromatique,..). « Il en revient un coût pour le viticulteur qui peut être évalué entre 0,30 à 0,50 € du litre de vin produit », souligne Jean-Paul Ducol.
La technique est très employée dans la majorité de la production de raisin de table. « Si le coût d’achat du tissu est relativement élevé, les viticulteurs producteurs de Chasselas à Moissac ont déclaré avoir amorti cet investissement au bout d’un an par la meilleure valorisation des fruits (précocité, moins de pertes, maturité, homogénéité) », témoigne François Xavier Sauvage, chercheur à l‘Inra. Et d’ajouter que le revêtement, qui s’installe 6 semaines avant la récolte (au stade fermeture de la grappe) peut tout à fait être réenroulé et réutilisé les années suivantes. La préconisation du concepteur est de 5 années de réutilisation. 

« La technique de solarisation consiste à renvoyer sur le végétal la lumière solaire incidente à l’aide de réflecteurs installés au sol », explique François Xavier Sauvage, de l’Inra de Montpellier (Institut National de la recherche agronomique), Sciences pour l‘oenologie. «Le rayonnement qui vient sur la vigne est inchangé mais tous les rayonnements qui vont mourir sur le sol sont renvoyés vers les parties basses de la vigne, parce qu’on créé au niveau du sol une source de lumière qui éclaire les zones généralement à l’ombre», développe le chercheur.  Le revêtement de solarisation standard est un tissu, le Vitexsol qui se présente sous forme de rouleaux de 50 ou 100 m de longueur sur 0,5 m de large, tissu fabriqué à partir de lamelles d’aluminium encastrées sur un support de fibres synthétiques. « Le pourcentage de rayonnement réfléchi entre le sol nu et le sol recouvert de Vitexsol est multiplié par un facteur de 3 à 8 suivant la longueur. »
Renvoyer sur le végétal la lumière solaire incidente à l’aide de réflecteurs installés au sol  (© DR)

Le système joue sur la photosynthèse

En modifiant la quantité de lumière reçue par la vigne, le système joue sur la photosynthèse et le taux de sucres. Lors des expérimentations menées par l‘Inra, l’indice de maturité pour les raisins de table ou de cuve, est apparu plus élevé pour les vignes solarisées, quels que soient le cépage et le lieu de production. « L’indice de maturité, toujours supérieur pour les raisins solarisés, est dû à une augmentation du taux de sucres et à une légère baisse d’acidité », souligne François Xavier Sauvage. Dans l’exemple du Chasselas de Moissac, l’indice de maturité est beaucoup plus élevé chez les raisins solarisés, les écarts en pourcentage par rapport au témoin pouvant atteindre jusqu’à 14%. Et le poids de label (pourcentage du poids du raisin vendu en AOC par rapport au poids total commercialisé) augmente entre 10 et 100% suivant le mode de conduite, le millésime et la zone de production.
Mais la présence de ce tissu dans les vignes n’influence pas seulement la quantité de la lumière. Le tissu Vitexsol permet aussi de faire varier la qualité de la lumière. « Nous avons testé les effets sur la vigne des rayonnements bleus, verts et rouges et il apparaît que le rayonnement rouge, sur des longueurs d’onde de 650-670 nm, a des répercussions favorables sur le métabolisme, les arômes et l’homogénéité de couleur des baies. L’environnement lumineux est bonifié par une modification des propriétés spectrales de la surface du sol de la parcelle  », observe François Xavier Sauvage. « Dans le cas des vins obtenus à partir de raisins solarisés avec le Vitexsol rouge, les dégustations ont mis en évidence des vins différents, avec une intensité colorante renforcée et surtout un potentiel aromatique développé. Sur le Merlot, on découvre des notes de fruits exotiques et sur les Muscats on renforce la finesse des arômes muscatés. La typicité liée au cépage apparaît plus renforcée.»

Avancée de maturité et plus grande homogénéité de la grosseur des baies

De l’ensemble des expérimentations menées par l’Institut, François Xavier Sauvage en conclut que la solarisation de la vigne entraîne une avancée de maturité, une plus grande homogénéité de la grosseur des baies tout en conférant aux raisins des qualités sanitaires et compositionnelles supérieures à celles des raisins témoins. Les raisins solarisés seraient plus aromatiques, tout en renforçant leur typicité. Ces études ont mis en évidence un phénomène de photorégulation de la maturation du raisin et l’influences des propriétés optiques du sol sur le caractère des vins.
Un autre avantage très intéressant mis en évidence par la technique se traduit sur l’état sanitaire des baies, qui s’en voit amélioré. Aucun résultat scientifique d’étude n’est disponible sur ce sujet mais les observations faites lors des expérimentations de solarisation suggèrent un impact favorable, par exemple un moindre développement de Botrytis cinerea. La limite de la propagation des maladies pourrait être liée à un effet de répulsion des insectes du à la présence d’une source de lumière au sol.
« Ce moindre développement des maladies devrait être de nature à intéresser les viticulteurs en agriculture biologique », souligne François Xavier Sauvage.
« La solarisation est plus un effet de lumière induit que de chaleur », précise enfin le chercheur. « Nous avons en effet mesuré l’évolution de la température à l’intérieur des grappes des vignes solarisées. Il n’y a quasiment pas d’élévation de cette température, qui est de l’ordre de 1 à 2 °C maximum. »
L’indice de maturité des raisins de cépages de cuve, exprimé par le rapport du taux de sucre sur l’acidité totale est plus élevé pour les raisins solarisés que pour les raisins témoins. (© DR)

 


Source « Les effets de la quantité et de la qualité de la lumière réfléchie sur le raisin et le vin », François-Xavier Sauvage, Inra (Institut national de la recherche agronomique), U.M.R., Sciences pour l’œnologie, Montpellier, intervention réalisée lors des journées techniques Fruits&Légumes et viticulture biologique organisées à Beaune les 6 et 7 décembre 2005.
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