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Entretien des sols
A l’heure actuelle, le désherbage thermique ne peut pas être une solution unique de désherbage en viticulture

Par Nathalie Petit Le 21 mars 2006
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A l’heure actuelle, le désherbage thermique ne peut pas être une solution unique de désherbage en viticulture
S
i le désherbage technique présente un intérêt dans certains systèmes ou comme complément, il apparaît difficile de l'envisager comme solution unique en agriculture conventionnelle. Les explications de Laurent Dartigoeyte, conseiller au service Vigne et vin de la Chambre d'agriculture de Gironde.


(© Viti-net) « Cette technique récemment mise au point en viticulture, consiste à détruire la partie aérienne des adventices par le passage de brûleurs alimentés par du gaz. Le choc thermique entraîne alors une coagulation des protéines et la vaporisation de l’eau dans les cellules végétales, ce qui provoque l’éclatement de leurs parois »
, explique Laurent Dartigoeyte, conseiller au service Vigne et vin de la Chambre d‘agriculture de la Gironde. Toutes les plantes ne sont pas également détruites par ce traitement thermique : les dicotylédones et les plantes annuelles étant plus sensibles que les plantes vivaces et graminées.

Plusieurs constructeurs ont développé des désherbeuses thermiques proposant des solutions alternatives à l’entretien chimique des sols. Pour Laurent Dartigoeyte, cette technique ne résiste pas, à ce jour, ni aux arguments environnementaux, ni aux critères économiques ou aux consommations d’énergie et de main d’œuvre.

« Il faut savoir que la température monte à 700 ou 1000 °C », présente le conseiller. « Il y a toujours une remontée de cette température vers le haut et cet aspect peut être problématique. Il y a 4-5 ans, la Chambre d’agriculture de la Gironde avait mené des essais sur des désherbeuses thermiques notamment avec le lycée agricole de Blanquefort. Et nous avions observé des phénomènes d’échaudage sur grappes ou sur feuilles. Par ailleurs, sur des couverts de graminées bien desséchées, il peut être observé des petites prises de feu dans les pelouses. »

Le desherbage thermique est exigent en main d'oeuvre

« Mais, selon moi, la technique comporte un autre désagrément beaucoup plus important, à savoir le nombre important de passages nécessaire pour obtenir de bons résultats. Pour que le désherbage soit efficace, il faut vraiment passer sur un couvert végétal faible et jeune. Prenons une intervention en date du 1er juin, sur des jeunes plants, il est possible que 5 jours après, le couvert se soit redéveloppé à l’identique. En conditions d’années poussantes, l’herbe repart très facilement et cela multiplie les interventions. Mais en restant raisonnable et sans chercher un couvert complètement nu, il faut compter avec un minimum de 4 passages par an. » Que se passe-t-il si on attend un peu plus ? « Si les plantes sont vraiment bien développées, alors le traitement thermique ne les brûle pas complètement », souligne Laurent Dartigoeyte. « Et sur des plantes développées de type rosaces, l’efficacité de la technique est réduite. »

Le nombre d’interventions nécessaires revient à imposer une forte exigence en terme de main d’œuvre. D‘autant qu‘avec une vitesse d’avancement dans les parcelles de 2 à 3 km/heure, un exploitant va faire au mieux 5 ou 6 ha dans une journée. « Or à l’heure actuelle, ce qui revient le plus cher sur un domaine viticole, c’est sans conteste la main d’œuvre. Dans ce cas précis, le problème est accentué par la disponibilité de main d’œuvre. En désherbage thermique, il faut se rendre disponible au moment opportun où il faut passer, ce qui coïncide avec une période végétative de la vigne où il y a beaucoup de travaux. Il n‘y a pas de gain de main d‘œuvre à attendre par rapport à un herbicide qui nécessite deux passages. »

Au minimum 4 passages par an

Pour ce qui est des intérêts environnementaux, qui deviennent certes une préoccupation du monde viticole, Laurent Dartigoeyte n’est pas convaincu du bilan favorable de la technique. « Certes, on a cette limitation des intrants chimiques mais une consommation accrue de carburants, le recours au combustible gaz et l’utilisation accrue du matériel agricole, les temps de travaux étant multipliés. S’il faut faire 72 heures de tracteur au lieu d’en faire 12, cette surconsommation de carburants doit être prise en compte. Sans considérer la vie microbienne du sol. Quels sont les effets de cette forte chaleur sur les 20 ou 30 premiers centimètres ? Il n’y a jamais eu d’études véritablement scientifiques sur le sujet mais il serait intéressant, selon moi, d’effectuer des prélèvements de biomasse avant et après passage et d’avoir une idée de l’incidence de cette forte température sur la vie microbienne. »

« Pour ce qui est aspects économiques, le désherbage thermique est plus onéreux que le désherbage chimique, je le place au même niveau que l’entretien mécanique du sol », témoigne le conseiller. « Car tout doit être pris en compte, les besoins de main d’œuvre, l’amortissement et les consommables du tracteur, en plus des consommations de gaz. »

« Je ne rejette pas l’intérêt de cette technique », souligne Laurent Dartigoeyte. « Il faut savoir qu’elle existe, qu’elle peut intervenir comme un complément pour un nettoyage superficiel des parcelles mais je ne la préconise personnellement pas en agriculture conventionnelle comme solution unique de désherbage. Je pense en revanche qu’elle peut notamment intéresser les viticulteurs en agrobiologie, de même que les arboriculteurs. »


Pour plus d’informations « Les itinéraires techniques de l’entretien des sols », document du 3 février 2006, rédigé par Laurent Dartigoeyte, disponible sur le site de Matevi, élaboré par le Service vigne et vin de la Chambre d’agriculture de la Gironde, en cliquant ICI
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