Accueil / Viticulture / Stimuler les défenses naturelles de la vigne

Lutte contre les maladies
Stimuler les défenses naturelles de la vigne

Par Ligérienne de presse Le 21 décembre 2005
Lire plus tard
Partage tweeter facebook linkedin
Stimuler les défenses naturelles de la vigne
D
es recherches sont en cours dans plusieurs régions en France sur des éliciteurs ou stimulateurs de défenses naturelles qui pourraient aider la vigne à se défendre contre le mildiou ou l’oïdium. Si les premiers résultats laissent espérer des perspectives, plusieurs années de recherches et d’essais sont encore nécessaires.

Activer les réactions de défense naturelle de la vigne pour lui permettre de se protéger contre les pathogènes : tel est le but de recherches menées dans plusieurs vignobles sur les éliciteurs ou stimulateurs de défenses naturelles (SDN). Les chercheurs savent aujourd’hui de façon certaine qu’une plante résiste à une maladie lorsqu’elle est capable de repérer son agresseur et d’activer ses réactions de défense. Outre les barrières physiques (cuticule et paroi cellulaire) qui constituent une protection passive, la vigne peut également mettre en œuvre des systèmes de défense active lorsqu’un agent pathogène parvient à pénétrer en elle, en reconnaissant l’agent agresseur comme tel.

Cette reconnaissance du pathogène se fait par des molécules appelées "éliciteurs", qui agissent un peu comme un vaccin. Ceux-ci se lient à un récepteur de la plante et cette reconnaissance déclenche des réactions qui conduit à l’expression de gènes de défense. La plante peut ainsi renforcer ses parois cellulaires, produire des molécules "tueuses" de pathogènes ou des protéines de défense.

Des essais sur le terrain ont eu lieu afin d’étudier les effets éventuels des SDN face aux maladies, comme dans le Loir-et-Cher, où un essai sur sauvignon blanc a été conduit cette année en AOC Touraine contre le mildiou ou le black rot. "Le SDN testé était composé d’algue de type laminarine, une algue alimentaire, dont la structure est voisine de celle des champignons ravageurs des cultures, explique Michel Badier, conseiller viticole à la chambre d’agriculture du Loir-et-Cher. Ce SDN a mimé une attaque microbienne." L’essai a permis de comparer une stratégie de protection anti mildiou et anti black rot selon le programme du vigneron (Mikal +Microthiol Disperss sur quatre interventions suivies d’une application de Cuprofix) ou par l’utilisation du SDN (deux interventions à l’atomiseur à dos suivies d’une application de Cuprofix). Il n’y avait pas de témoin non traité.

Résultats : "contre le mildiou, malgré une légère contamination sur le haut du feuillage (environ 5 % de la feuille atteint en intensité) et avec une pression forte sur la zone, la modalité SDN a donné des résultats très satisfaisants", note Michel Badier. Sur le black rot, la pression a été plus faible et aucune tache ou contamination sur grappe n’a été décelée quelque soit la modalité. "Les premiers résultats sont encourageants mais nous en sommes aux balbutiements", explique le conseiller viticole. L’essai sera reconduit en 2006. "Ces travaux nécessiteront plusieurs années d’expérimentations, souligne Michel Badier. Les SDN ne sont pas encore homologués vis-à-vis du mildiou et ils ne constituent qu’une des alternatives possibles à la lutte chimique" .

Ce travail sur les SDN en Loir-et-Cher est issu d’une réflexion des viticulteurs eux-mêmes. Après avoir réimplanté en vallée du Cher des typhlodromes, prédateurs naturels d’acariens, après avoir adhéré pour nombre d’entre eux au mouvement Terra Vitis, ils ont voulu aller plus loin dans leur démarche de réduction des coûts phytosanitaires et de développement de pratiques plus respectueuses de l’environnement.

En Bourgogne, d’autres expérimentations ont eu lieu mais cette fois à l’initiative de l’Inra de Dijon. Contre le mildiou, certains éliciteurs ont fait passer l’infection de 75 % à 25%, avec semble-t-il une efficacité plus grande sur des feuilles vieillissantes. Sur l’oïdium, les éliciteurs ont eu une efficacité similaire aux fongicides. Ces essais sous serre ont été suivis d’expérimentations sur le terrain qui ont confirmé les résultats. Mais la chambre d’agriculture de Saône-et-Loire et l’Inra soulignent que l’efficacité des éliciteurs n’est pour le moment que partielle. Là aussi d’autres expérimentations sont nécessaires avant de savoir si les SDN peuvent réellement renforcer les défenses immunitaires de la plante. D’ici là, il convient de rester prudent sur leurs potentialités.


Partage Twitter facebook linkedin
Tous les commentaires (0)

Pas encore de commentaire à cet article.
© Vitisphere 2021 - Tout droit réservé