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Les Etats-Unis menacent l'Europe d'une "guerre" sur le vin

Par Vitisphere Le 21 juin 2005
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Les Etats-Unis menacent l'Europe d'une
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es Etats-Unis menacent l'Union européenne d'une "guerre" sur le vin si un nouvel accord bilatéral dans ce secteur, qui doit remplacer le "Wine Accord" ayant expiré fin décembre 2003, n'est pas signé avant le 15 juillet.

Les conséquences d'une telle "guerre" seraient coûteuses pour la filière française, dont une partie non négligeable est actuellement en crise. Les responsables du secteur ont donc sonné l'alarme auprès du ministre de l'Agriculture Dominique Bussereau et de la nouvelle ministre du Commerce Extérieur Christine Lagarde lors de leurs visites, dimanche et lundi à Bordeaux, à Vinexpo, le plus important salon mondial de vins et spiritueux.

En première ligne, le négociant bourguignon Georges Duboeuf, qui pourrait être le premier affecté en novembre lors du lancement de la nouvelle campagne du "beaujolais nouveau". Car les Américains menacent de déclencher les représailles dès la récolte 2005 en demandant aux douanes d'appliquer de manière plus ferme les dispositions de la loi contre le bioterrorisme ("Bioterrorism Act"). Cette loi, décidée par George W. Bush après les attentats du 11 septembre 2001, entraîne des règles de sécurité beaucoup plus strictes pour les entreprises qui exportent des produits destinés à l'alimentation humaine ou animale aux Etats-Unis et certains négociants y voient une forme de protectionnisme.

Les exportations françaises de vins et spiritueux aux Etats-Unis se sont élevées à 1,6 milliard d'euros en 2004 (contre 1,7 md EUR en 2003) dont 800 millions d'euros pour les seuls vins, contribuant grandement au solde positif de la balance agroalimentaire française. La révision de l'accord bilatéral entre l'UE et les Etats-Unis, déjà prorogé une dizaine de fois depuis 1983 et qui a expiré le 31 décembre 2003, est actuellement bloquée.

Seule la dérogation accordée par l'UE aux Etats-Unis sur les pratiques oenologiques, différentes de celles pratiquées sur le Vieux Continent, a été prorogée de deux ans. Or, les Américains refusent de signer un nouvel accord sans y inclure ces pratiques oenologiques, comme l'addition de copeaux de bois lors du vieillissement du vin, l'addition d'eau dans les moûts ou l'utilisation d'extracteurs d'ions pour retirer de l'acidité... Ce que refusent pour le moment les autorités européennes, poussées par certains syndicats de producteurs viticoles attachés aux traditions.

"Quand on fait de la théologie viticole, on manque de pragmatisme", déclare à l'AFP Louis-Régis Affre, le délégué général de la Fédération des exportateurs de vins et spiritueux (FEVS), organisme qui plaide pour un accord rapide entre Américains et Européens, car les vins français, encore plus que les italiens et les espagnols, seraient touchés en cas de "guerre" du vin entre les deux continents.

"Il faut parfois mettre de l'eau dans son vin. Il vaut mieux un mauvais accord que pas d'accord du tout", avait estimé Patrick Ricard, désormais en passe de devenir le numéro deux mondial des vins et spiritueux avec le rachat du britannique Allied Domecq, l'an dernier alors qu'il présidait la FEVS. Retiré du secteur du vin en France depuis quelques années, le PDG de Pernod Ricard ne plaidait pas pour son groupe, car constatait-il, amusé : "s'il n'y a pas d'accord, je vendrai plus de vins australiens Jacob's Creek aux Etats-Unis".


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