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Ochratoxine A
Contamination en OTA, une seule issue : la prophylaxie

Par Nathalie Petit Le 18 mai 2005
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Contamination en OTA, une seule issue : la prophylaxie
L
e problème de l'Ochratoxine A devient crucial dans la moitié sud de la France avec des interdictions de commercialisations et des refus de vente qui ont déjà commencé. Les nouvelles normes en la matière nécessitent de maîtriser l'OTA. Cela passe par plusieurs mesures et notamment la parfaite maîtrise des vers de la grappe. Explications et conseils de Bernard Molot, de la station ITV régionale Rhône Méditerranée.

Selon le règlement européen du 26 janvier dernier, les vins dont la teneur en OTA (Ochratoxine A) dépasse le seuil de 2 μg/l sont désormais interdits à la vente, dès la récolte 2005. Cette limite retenue par la Commission Européenne ne concerne pas les exportations vers le Canada et les Etats-Unis, pays qui ont fixé une norme plus basse à 1 μg/l. La grande distribution peut, quant à elle, envisager de fixer un seuil au-delà duquel elle choisira de ne pas commercialiser les vins. Si c’était le cas, ces mesures n’en seraient pas pour autant aberrantes, ne serait-ce que compte tenu de la précision actuelle de la méthode d’analyse. En effet, à ce jour, la variabilité de la méthode d’analyse des teneurs en OTA est de 0,7 μg/l d’un laboratoire à l’autre.

Pour ce qui concerne la norme des 2 μg/l, nombre de vignobles de la côte méditerranéenne pourraient être affectés par le dépassement de ce seuil, à moins de prendre les mesures prophylactiques expresses nécessaires.

« La problématique OTA concerne vraisemblablement des dizaines de milliers d’hectares », souligne Bernard Molot, de la station ITV régionale Rhône Méditerranée. « Jusqu’à une distance de 60 kms de la mer, il faut rester très vigilant sur ce problème d’ochratoxine A », ajoute-t-il. Et de rappeler qu’ « actuellement, on ne dispose d’aucun moyen œnologique de corriger une contamination des moûts. »

Lorsque les baies sont contaminées en OTA au vignoble, seul le tri manuel de la vendange, en fonction de l’état sanitaire du raisin, permet de limiter le risque de contamination des moûts par OTA. Aussi, l’essentiel des mesures à prendre se situe-t-il au vignoble, et passe notamment par la maîtrise des vers de la grappe. « Il va falloir axer sur une prophylaxie rigoureuse si on veut se prémunir des risques de contamination des vins par l’OTA », résume Bernard Molot.

La maîtrise OTA passe par la maîtrise des tordeuses

« La parfaite maîtrise des vers de la grappe est LE préalable indispensable dans les zones à risque », présente Bernard Molot. C’est aussi le premier moyen d’action efficace. « Une parfaite gestion des vers de la grappe permet de diminuer très fortement les contaminations des baies par Aspergillus carbonarius, et donc les teneurs en OTA, jusqu’à 80% si le traitement est appliqué au bon stade avec le bon appareil. Cela implique l’utilisation d’insecticides positionnés en traitement ovicide,  de type RCI (Régulateurs de la Croissance des Insectes : fénoxycarbe, flufénoxuron, lufénuron) ou indoxacarbe. Et pour être efficace, l’application doit être réalisée face par face, et non en application générale, ce qui requiert un équipement spécifique. »

Première méthode de lutte contre la contamination par l’OTA au vignoble, la bonne maîtrise des tordeuses est préconisée quel que soit le niveau de risque de contamination des parcelles (faible, moyen ou fort).

Le champignon responsable de la contamination en OTA est Aspergillus carbonarius. « Ce champignon est un saprophyte opportuniste », développe Bernard Molot. Il est incapable d’attaquer directement une baie. Sa colonisation est rendue possible par le biais d’une altération physique de la pellicule. « Le champignon s’installe sur des baies endommagées à la suite de blessures (morsures des vers de la grappe, éclatement) ou d’une altération de la pellicule (flétrissement, surmaturité) et se développe préférentiellement au cœur des grappes. » L’éclatement des baies par apport d’eau après une période sèche est lui aussi très favorable au développement du champignon, tout comme les blessures pouvant être causées par les piqûres de guêpes, les oiseaux, l’oïdium, les pourritures grise et acide,..

« On ne connaît pas les facteurs météorologiques discriminants pour son évolution », souligne Bernard Molot. Et il semblerait que ce soit un phénomène d’entrée maritime suivie de températures chaudes, les autres vignobles français n’étant que très faiblement concernés par Aspergillus carbonarius.

« L’absence visuelle du champignon au vignoble ne signifie pas que les moûts ne seront pas contaminés par l’OTA», précise Bernard Molot. « En revanche, lorsqu’on identifie le champignon au vignoble, la contamination est forte avec une grande probabilité d’atteindre ou de dépasser la norme des 2 μg/l. »

La prévention contre le développement sur les grappes d’Aspergillus carbonarius commence en amont, dès la conception du vignoble. « Toutes les pratiques visant à aérer la zone fructifère sont largement préconisées », développe le spécialiste. « Un palissage soigné doit permettre de limiter l’épaisseur du mur végétal. La taille doit être bien gérée pour assurer un bon éloignement des grappes les unes par rapport aux autres. Dans les pratiques annuelles, citons la pratique d’un effeuillage systématique », recommande Bernard Molot. Le responsable conseille également d’éviter le recours à un rognage trop précoce pour éviter l’apparition d’entre-coeurs.  « Ces pratiques qui permettent d’aérer la zone fructifère et d‘éviter les entassements de végétation limitent le développement des fumagines dans lesquelles les Aspergillus sont fréquemment présents. »

Traitement anti-botrytis

Il n’existe pas d’usage donc de produit homologué contre Aspergillus carbonarius. En revanche, certains fongicides ont une action sur ce champignon. « Ainsi, un traitement antifongique peut se révéler opportun si la lutte contre les tordeuses a été bien menée », complète Bernard Molot. « Si les tordeuses n’ont pas été correctement maîtrisées, l’application de traitement antifongique ne marchera pas », prévient-il. Cette application de produit anti-botrytis peut se justifier dans une parcelle dont le niveau de risque en contamination OTA est fort, avec une menace d’interdiction du produit à la vente. Un niveau de risque est considéré fort lorsque le vignoble présente classiquement un problème de tordeuses, s’il est situé à moins de 50 kms de la mer, si les grappes sont mal aérées ou si des analyses ont révélé antérieurement la présence d’OTA à des valeurs supérieures à 0,5µg/L. Dans ces cas-là, il sera judicieux de pratiquer un traitement anti-botrytis. D’autres critères peuvent inciter à pratiquer cette intervention, tels que la présence de fumagines ou de cochenilles. »

« Aujourd’hui, on n’arrive pas à identifier les conditions météorologiques permettant de positionner préférentiellement un traitement plutôt qu’un autre. Les meilleurs résultats sont obtenus selon l’année avec des traitements positionnés soit en début véraison (traitement C), soit 3 semaines avant récolte (traitement D). Tout au plus peut-on dire que les applications trois semaines avant récolte sont assez souvent les plus performantes », conclut Bernard Molot.

Un espoir de lutte biologique

« Je suis assez optimiste quant à l’avenir possible d’une lutte biologique », annonce le chercheur. « Nous avons un espoir raisonnable de développer un champignon antagoniste. Nous avons en effet mis en évidence certaines souches de Trichoderma se révélant efficaces dans la maîtrise des Aspergillus. » D’ici à ce que les chercheurs proposent une quelconque solution alternative, la maîtrise de l’état sanitaire du raisin reste le seul moyen efficace de contenir le risque de contamination en OTA.


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