LE FIL

Champagne Erick Schreiber 

« Notre conduite est au service de la vie du sol »

Mercredi 23 mars 2005 par Propos recueillis par Nathalie Petit

« Seule la vie microbienne qui se développe dans la terre est à même de créer un lien d’échange entre les racines de la vigne et le sol minéral. Tout notre travail va être de développer, d’activer et de protéger cette vie micro organique présente dans la terre », explique Erick Schreiber, propriétaire récoltant en Champagne à Courteron (10). Or cette vie microbienne réclame de l’oxygène.

« Bien sur notre premier critère d’intervention sera le beau temps. Il convient d’éviter absolument de passer après toute pluie pour ne pas tasser le sol. Nous pratiquons le passage des griffes et des canadiens pendant la période végétative afin d’oxygéner le sol, de faciliter les échanges à l’intérieur de cette matière vivante. Mais ça ne suffit pas ! », prévient le viticulteur.

« Vous avez beau respecter le sol toute l’année, si à la vendange, vous passer 8 tonnes d’enjambeurs sur vos vignes, le bénéfice de votre travail est en partie envolé », souligne Erick Schreiber. « Nous avons nous-même pas mal essuyé les plâtres au fil des ces 15 dernières années d’expérience biodynamique. Mais on a beaucoup progressé dans la compréhension du sol. Nous avons repensé nos itinéraires au service de la vie de notre sol. On a été conduit à revoir tout notre matériel, petit à petit, et à adapter la technique aux besoins respectueux du sol. »
« Aujourd’hui, par exemple, pendant les vendanges on débarde à la chenillette. Le gros matériel n’est utilisé que pour le sulfatage, les tracteurs vont tasser 2 rayons sur 7 et je vais les détasser au fur et à mesure avec le dégriffage. »

L’ULM pour les épandages

« Nous avons investi dans un ULM et depuis l’an 2000, on l’utilise pour épandre les préparations, ce qui constitue une grande amélioration pour éviter le tassement du sol. Pour l’application des traitements, on a opté pour un matériel de pulvérisation utilisant la technologie de la voûte pneumatique. »

« Chez nous, le sol est cultivé. Nous labourons à raison de trois passages de charrue dans l’année.  Là encore, on utilise une charrue hydraulique pour limiter le tassement du sol. C’est évidemment plus long et plus fastidieux que d’avoir recours à des désherbants.

Mais la vie du sol est entretenue. A partir de fin juillet-début août, on ne touche plus du tout aux sols et ils s’enherbent naturellement. Le mouron s’y développe spontanément. Cette plante est un bio indicateur très favorable. Elle est révélatrice de la présence d’azote, d’une bonne vie microbienne et d’un bon taux de matière organique. »

« Chez nous, l’enherbement est naturel. Mais nous ne gardons pas le couvert végétal. A cette période, fin février, toutes nos vignes sont vertes. Mais on ne veut plus d’herbe pendant la période végétative. Le passage du crover crop va permettre de sortir l’herbe et de la faire faner. On passe ensuite les griffes et on finit avec la charrue pour tout couper. »

« Je pense que chez nous, il est risqué de travailler en couvert permanent, à moins peut-être de tondre très ras. Sinon, la présence du couvert végétal peut être catastrophique au niveau des gelées tardives du mois de mai. »

« Par contre, l’enherbement hivernal aide à lutter contre l’érosion physique, aide à maintenir et retenir des éléments fertilisants, notamment l’azote, et qui plus est c’est une source de micro organismes vivants pour les racines », développe Erick Schreiber.

« La vie microbienne du sol est enfin accentuée par l’emploi de préparations biodynamiques », ajoute le viticulteur, « et par l’utilisation d’un compost réalisé sur place selon les proportions respectives d’un tiers de paille, de chanvre, et de fumure associée vache et cheval. »

S’il faut des années pour ramener de la vie dans la terre, Erick Schreiber se veut rassurant. Une situation, aussi dégradée soit-elle, est toujours réversible. « Dans ces cas, sur des sols complètement morts, il est prouvé que le recours à la biodynamie est la seule solution pour ramener de la vie à ces terres », conclu le viticulteur.


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