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Pour échapper à la crise, un vigneron fait la chasse aux degrés

Par Vitisphere Le 08 mars 2005
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Pour échapper à la crise, un vigneron fait la chasse aux degrés
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our échapper à la crise du vignoble languedocien, un viticulteur de Béziers (Hérault) a eu l'idée de baisser le degré d'alcool de ses vins, assurant répondre ainsi au goût des consommateurs, étrangers notamment.

A la tête d'une cinquantaine d'hectares dans la vallée du Libron, François  Pugibet, 66 ans, propriétaire des Domaines de la Colombette, a choisi de  "répondre à la demande plutôt que brûler des palettes".

"On ne peut plus vendre des vins au dessus de 13 degrés. C'est imbuvable.  Personne n'aime avoir la tête qui se met à tourner à table. Les pays du  nouveau monde l'ont déjà compris", affirme-t-il à l'AFP, sans craindre de  pourfendre la réputation des vins régionaux très alcoolisés.

Il y a deux ans, ce vigneron, qui a doublé par deux la taille du vignoble  hérité de son grand-père et renouvelé les cépages, a commencé par mettre en  place un système d'"irrigation au goutte-à-goutte", d'un coût de 5 250 euros  par hectare.

"Le manque d'eau conduit à un accroissement de la proportion de sucre, et  donc à terme d'alcool, dans les raisins. Grâce à ce système, on arrive à  perdre plus d'un degré d'alcool", explique-t-il.

Le viticulteur biterrois a ensuite acheté un "osmoseur", machine munie  d'une pompe qui permet de désalcooliser le vin en le filtrant à très haute  pression.

L'engin, qui trône dans son chai ultramoderne, a nécessité un  investissement de 100 000 euros, soit le dixième du chiffre d'affaires. Le  vin, traité juste avant la mise en bouteille, peut perdre jusqu'à quatre  degrés.

"Dans ce contexte de crise, nous avons réussi à maintenir nos ventes, ce  qui est un exploit", constate l'heureux vigneron, dont les bouteilles de vin  de pays rouge et blanc affichent entre 9 et 12,5 degrés. "La désalcoolisation  donne un goût plus fruité et acide. Mais attention, sur un vin de mauvaise  qualité, c'est une catastrophe", prévient-il.

Son domaine commercialise chaque année quelque 300 000 cols, dont 70% à  l'exportation, vers les pays du Nord de l'Europe, de Grande-Bretagne à la  Scandinavie, mais aussi les Etats-Unis ou le Japon. Sa production devrait même  augmenter de 100 000 unités supplémentaires l'an prochain.

"L'avenir est là. Le gouvernement ne peut rien pour nous. Les viticulteurs  de la région ont tort de produire un vin fortement alcoolisé sous prétexte  qu'il est vendu au degré par hecto. D'ailleurs, à l'étranger, les vins très  alcoolisés sont fortement taxés", insiste-t-il.

Au départ, François Pugibet confie s'être heurté à l'hostilité de "ceux qui  préfèrent s'accrocher aux subventions", même si la puissante Fédération des  vignerons coopérateurs de l'Hérault ne s'est pas officiellement opposée à sa  démarche.

"Toute idée pour récupérer les marchés est bonne à prendre. Mais la demande  internationale ne réclame pas seulement moins de degrés, elle veut aussi un  goût plus sucré et tannique, ce que ne permet pas la désalcoolisation", estime  René Moreno, vice-président du syndicat.


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