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Agriculture raisonnée
Philippe Bardet, viticulteur bordelais : des araignées et des oiseaux pour protéger des vignes

Par Vitisphere Le 29 novembre 2004
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Philippe Bardet, viticulteur bordelais : des araignées et des oiseaux pour protéger des vignes
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(AFP)) - Des araignées contre des insectes nuisibles, des oiseaux en guise d'indicateurs biologiques ou de l'herbe contre les champignons : un viticulteur bordelais, installé près de Saint-Emilion (Gironde), s'est lancé dans l'agriculture dite "raisonnée", pour limiter l'usage des produits chimiques.

"J'essaie de créer et préserver un écosystème favorable à ma vigne", explique Philippe Bardet, 45 ans, qui gère huit châteaux et une centaine d'hectares en Côtes de Castillon et Saint-Emilion.

Bien souvent "les vignerons traitent systématiquement sans chercher à comprendre", ajoute cet homme au parler franc, qui date son "virage qualitatif" au début des années 1990.

Le "déclic" est venu d'une rencontre avec un entomologiste qui préconisait d'utiliser une espèce prédatrice d'araignée pour lutter contre l'araignée rouge qui s'attaque aux feuilles de vigne.

"Or, les insecticides détruisent plus ces prédateurs que les araignées rouges", explique celui qui fut parmi les premiers dans la région à ne plus utiliser les acaricides.

Cet amoureux de la nature délaissera ensuite les engrais chimiques au profit des composts : "Les engrais, c'est comme une perfusion pour un malade, cela ne remplace pas la nourriture nécessaire à la flore intestinale", explique-t-il.

Contrairement aux adeptes de l'agriculture biologique, Philippe Bardet ne s'interdit pas les produits de synthèse, en particulier les fongicides qui restent indispensables pour lutter contre les champignons.

L'utilisation minimale des produits phytosanitaires n'est cependant qu'un aspect de l'approche de l'agriculture raisonnée : une station météorologique installée au milieu de ses vignes lui permet par exemple d'évaluer le risque d'apparition de certaines maladies d'après la température, la pluviométrie et le taux d'humidité.

Le viticulteur a également replanté des haies autour de ses parcelles, avec des nichoirs pour oiseaux et des dortoirs pour chauve-souris qui servent d'"indicateurs biologiques" : leur population, en effet, varie en fonction de la présence des insectes "utiles" à la vigne.

Mais la pratique la plus influente reste, selon lui, l'enherbement : au lieu de désherber, Philippe Bardet laisse pousser les "mauvaises herbes" entre ses rangs de vigne, en favorisant certaines variétés comme le seigle ou l'avoine.

"Cet enherbement maîtrisé attire les insectes favorables, diminue la sensibilité de la vigne aux champignons et évite de labourer", affirme le viticulteur.

Toutes ces pratiques lui ont permis "de remonter la qualité moyenne de son chais de manière exceptionnelle", même s'il ne prétend pas rivaliser avec les grands crus classés, où l'écosystème est par nature très favorable à la vigne.

Pour optimiser sa production, qui tourne autour de 50 hectolitres par hectare, ce fils et petit-fils de courtiers en vin a aussi conçu une machine à trier les raisins en éliminant pourriture ou grains abîmés.

Ces méthodes innovantes, qui lui font perdre un peu en rendement, ne se répercutent pas pour autant, selon lui, sur le plan financier : "On marge avec la qualité et non la quantité", explique le producteur.

"Il ne faut pas vendre plus cher parce que c'est de l'agriculture raisonnée mais parce que c'est meilleur", plaide le vigneron. Sa seule inquiétude : voir un jour ce mode de production devenir un simple "argument marketing".


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