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Campagne contre l'alcool
La goutte qui fait déborder le vase

Par Ligérienne de Presse Le 17 novembre 2004
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La goutte qui fait déborder le vase
A
lors que le toilettage de la loi Evin et l'amendement Payet avaient déjà tendu les rapports entre la viticulture et les pouvoirs publics, une nouvelle campagne de prévention contre l'alcool est perçue par certains comme une véritable provocation. Autant de griefs qui pourraient assurer le succès de la journée d'action du 8 décembre

Une nouvelle provocation ? C'est ainsi que nombre de professionnels ont perçu la nouvelle campagne de prévention de la consommation d'alcool, présentée le 4 novembre par le Ministère de la santé et de la protection sociale et l'Institut National de Prévention et d'Education pour la Santé. Si les instances officielles de la viticulture ont fait savoir à de multiples reprises qu'elle étaient favorables à une prévention en faveur de la consommation modérée d'alcool et qu'elles étaient prêtes à s'y associer, elles ne comprennent pas bien cette nouvelle campagne qui laisse entendre que le vin pourrait être nocif dès le premier verre.

"Jour après jour, votre corps enregistre chaque verre que vous buvez" est le slogan retenu, accompagné de visuels montrant un seul verre de vin. Certes les responsables de cette campagne se défendent d'avoir voulu stigmatiser la consommation modérée. L'agence Euro-RSCG qui a créé ces visuels explique même dans son argumentaire que “La signature : « Alcool, votre corps se souvient de tout », vise à faire prendre conscience aux français qu'une consommation quotidienne peu spectaculaire, a priori banale (mais pourtant supérieure aux seuils de l'OMS), peut entraîner à plus ou moins long terme, des dommages graves pour la santé.”

Mais on voit mal comment un visuel présentant un seul verre de vin pourrait évoquer une consommation supérieure aux seuils de l'OMS... Surtout, le visuel présente un sablier qui laisse s'échapper quelques gouttes ressemblant clairement.. à du sang et ce curieux amalgame a poussé quelques professionnels à envisager de porter plainte pour diffamation. “Ça a été ma réaction immédiate, à chaud” explique Bertrand Devillard, responsable de la commission communication du Bureau Interprofessionnel des Vins de Bourgogne. “Mais avant de déposer plainte nous étudions l'affaire de plus près et nous consulterons nos partenaires de la filière. Cette campagne crée en tous cas une confusion en rappelant qu'il faut limiter sa consommation à trois verres tout en laissant entendre que le premier verre est nocif.”

Mais la filière, peut-être échaudée par l'épisode du toilettage de la loi Evin qui a entraîné un déchaînement médiatique et politique contre la viticulture, ne semble pas vouloir faire trop de bruit à propos de cette nouvelle affaire.

L'association Vin et Société, qui regroupe l'ensemble de la filière, n'a pas pris de position officielle, même si un de ses représentants explique que “si les campagnes doivent prévenir les consommations à risque tout en autorisant la consommation modérée, ce n'est pas le cas de celle-ci”. Et si Vin et Société ne semble pas vouloir monter au créneau contre cette campagne, l'association semble également disposée à ne plus se battre contre l'amendement Payet qui prévoit d'apposer sur toutes les bouteilles un message d'alerte pour les femmes enceintes...

Il faut dire que les représentants de la viticulture ne parviennent visiblement plus à se faire entendre des pouvoirs publics. Non seulement cette nouvelle campagne contre l'alcool est lancée sans aucune concertation, dans un contexte déjà tendu par le toilettage de la loi Evin et l'amendement Payet, mais on est sans nouvelle du “Conseil de la modération” que le Livre Blanc proposait de créer avant 2005. Et pour couronner le tout, le ministère de la Santé est désormais aux abonnés absents : alors que Xavier Carreau, président de Vin et Société, avait sollicité une entrevue avec Philippe Douste-Blazy, son cabinet a indiqué le 22 octobre que l'emploi du temps du ministre ne lui permettait pas de recevoir les représentants de la filière viticole...


Voilà autant d'initiatives des pouvoirs publics, autant de difficultés de communication, qui pourraient inciter les viticulteurs à participer en masse à la journée d'action à laquelle les organisations professionnelles appellent pour le mercredi 8 décembre.


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