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Protection phytosanitaire
Pensez au témoin non traité

Par Juliette Cassagnes Le 25 avril 2014
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Pensez au témoin non traité
L
e témoin non traité est l’un des outils à disposition du vigneron, simple à mettre en œuvre, qui peut s’avérer très utile pour raisonner au plus près ses traitements en fonction du développement de la maladie. Rappel du principe et de ses intérêts, avec l’Ifv Bordeaux-Aquitaine et le témoignage du Château Picon (appellation Bordeaux supérieur), utilisateur du dispositif.

A l’heure où les premiers traitements ont été appliqués (ou sont en passe de l'être), le bulletin de santé du végétal (Bsv) d’Aquitaine rappelle l’intérêt de mettre en place un témoin non traité sur ses parcelles.

Ce dispositif, qui consiste à garder une portion réduite de parcelle sur laquelle aucun traitement fongicide n'est réalisé, présente en effet une utilité pour le vigneron lui-même. Grâce à lui, un meilleur suivi des maladies – mildiou, oïdium, black rot – toujours en lien avec les conditions météorologiques, est possible : « L'installation d'un témoin non traité initie une démarche progressive » argumente l’Institut français de la vigne et du vin dans son Bsv. « Elle doit permettre à l'exploitant de mieux comprendre les développements épidémiques et la réaction de ses parcelles. Ce processus permet de prendre confiance dans ce dispositif nouveau et dans sa capacité à le gérer ».

Ajuster sa protection fongicide

Ce dispositif peut par exemple aider le vigneron l’année même de sa mise en œuvre, en lui permettant d’ajuster au plus près sa protection fongicide. Le témoin non traité sert en effet à mieux repérer l’apparition des premiers symptômes pour pouvoir ensuite éventuellement déclencher, avec l’aide des autres outils disponibles, le premier traitement.

Il permet ensuite de suivre l’évolution des maladies fongiques en cours de campagne : « Si la pression n’est pas très forte lorsque la vigne est en pleine végétation, je peux par exemple décider de ne pas renouveler le traitement tout de suite et de le différer. Ou au contraire être plus vigilant si l’attaque est virulente », explique Eric Gaulhiac, responsable technique du Château Picon (Eynesse, Gironde), qui utilise ce système depuis plusieurs années. Grâce au témoin non traité, on peut aussi « évaluer les performances parfois surprenantes d'une stratégie de traitement tardive, et relativiser l’importance des premiers symptômes », ajoute l’Ifv.

Les quatre rangs témoins laissés en 2014 au Château Picon; seul le deuxième est contrôléLes quatre rangs témoins laissés en 2014 au Château Picon; seul le deuxième est contrôlé. (©E Gaulhiac)

Mais il peut également être utile a posteriori, pour les campagnes qui suivent : « Deux années sur 10, on observe que même sans aucun traitement, très peu de symptômes se développent tout au long de la saison » explique l’Ifv dans sa fiche. « A contrario, l’apparition massive de symptômes lors de pics de contaminations justifie le bien-fondé de la protection mise en œuvre ».

Tirer les leçons pour les campagnes suivantes

Le régisseur du château Picon, qui utilise les mêmes quatre rangs non traités chaque année depuis 2008, confirme : « Certaines années, il n’y a plus rien, ni feuilles, ni grappes, on a l’impression d’une vigne en hiver… Et puis d’autres années, comme l’année dernière par exemple, on a eu seulement des dégâts d’oïdium…Ce qui me fait dire a posteriori que j’aurai pu faire l’économie d’un traitement anti-mildiou ». Car si la mise en place d’une action corrective reste impossible, le responsable technique n’oublie pas d’en tirer les leçons pour les campagnes suivantes : « Je me sers des résultats pour les autres années, en m’appuyant sur mes notes… Car j’écris tout, y compris les conditions météo : ensoleillement, pluie, l’hygrométrie avec parfois, des situations similaires qui se reproduisent ».

Le suivi d’un témoin non traité présente également un intérêt d’ordre collectif : « Il permet aux réseaux de valider les informations épidémiologiques, de mieux comprendre l’impact des scénarios climatiques et de sécuriser le fonctionnement des modèles pour en améliorer les prévisions », indique l’Ifv. Pour se faire, l’institut technique incite le maximum de viticulteurs à en installer et à observer, puis à renseigner la base, via les outils mis en ligne (Epicure). C’est le cas du Château Picon, dont certaines parcelles servent au réseau témoin de surveillance.

4 rangs minimum

Sur la mise en œuvre proprement dite du dispositif, l’Ifv recommande de prendre au minimum quatre rangs. Les deux extérieurs servant de rangs « tampons » et les deux intérieurs ceux sur lesquels effectuer les contrôles. La parcelle choisie devra être l’une des plus « sensibles » de l’exploitation, ou bien l’une des plus « représentatives », préconise l’institut.

Au château Picon, c’est une vigne d’une surface d’un hectare de Cabernet-sauvignon qui a été sélectionnée, en concertation avec l’Ifv : « Nous avons choisi une parcelle à côté du château, le long du chemin où je passe tous les jours, c’est plus pratique. C’est aussi une parcelle qui est en conditions humides, en bordure de bois ; elle a donc tout pour avoir les symptômes de maladies ! », témoigne Eric Gaulhiac. Les rangs eux-mêmes sont localisés en bordure de parcelle. Et pour bien les signaler vis-à-vis des salariés, celui-ci les entoure de Rubalise tous les ans au printemps, avant le démarrage des traitements.

Vue du ciel du château Picon et de la parcelle choisie pour le rang témoin (en rouge)Vue du ciel du château Picon et de la parcelle choisie pour le rang témoin (entre le bois et le château). Le domaine s'étend sur 83 ha de vigne (Merlot, Cabernet Franc et Cabernet sauvignon et Cot) et est en lutte raisonnée. (©Google map)L’Ifv conseille en effet de choisir une situation en bordure de parcelle et en amont des vents dominants, « pour limiter les éventuelles dérives ». Le risque que le témoin attaqué introduise une pression parasitaire supplémentaire existe en effet, mais reste faible, selon l’Ifv : « les dégâts induits par la proximité de symptômes virulents apparaissent limités aux deux ou trois rangs traités situés en bordure immédiate du témoin, jamais au-delà ».

Eric Gaulhiac n’a, pour sa part, « jamais constaté plus de maladies sur les parcelles avoisinantes, ni sur les rangs traités de la parcelle concernée ». Et en cas de développement et de propagation de la maladie trop importants, il reste alors toujours possible de réduire la taille du témoin pour limiter les pertes de récolte, voire même d’interrompre totalement le dispositif.

Une fois le témoin non traité déterminé, un travail rigoureux d’observation et de comptage doit être réalisé durant toute la campagne, au moins jusqu’à la véraison, et à l’idéal, une fois par semaine. Pour se faire, différents protocoles, plus ou moins précis, existent. Le responsable technique, qui a recours à ce dispositif pour suivre le mildiou, l’oïdium et le Black rot, effectue par exemple ses comptages sur une placette déterminée de cinq pieds choisie avec l’Ifv, en observant l’ensemble des feuilles puis des grappes.


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