LE FIL

Faire découvrir ses vignes en petit train

Jeudi 17 avril 2014 par Juliette Cassagnes

Le domaine Alexandrin, c’est l’histoire d’un petit train qui déambule au milieu des vignes, en appellation "Terrasses du Larzac", sur la commune de Saint-Jean-de-Fos (34). Dans cette zone touristique située non loin des gorges de l’Hérault et du pont du diable, Jérôme Hermet, vigneron indépendant, s’est en effet lancé dans l’aventure il y a trois ans, afin de mieux faire découvrir son pays et son vignoble à ses clients. Reportage*.

10h30 : Les cinquante personnes bien installées et les consignes de sécurité transmises, le petit train rempli de ses passagers peut démarrer, sous l’impulsion du tracteur Landini 70 chevaux conduit par Jérôme. « Bienvenue à bord du petit train des vignes », annonce sans tarder le vigneron-chauffeur, au travers des hauts parleurs accrochés dans chaque wagon.

Jérôme Hermet a acheté son petit train en 2011 afin de faire découvrir ses vignes et son pays aux touristes de passageJérôme Hermet a acheté son petit train en 2011 afin de faire découvrir ses vignes et son pays aux touristes de passage, entre juin et septembre. Le prix d'un train d'occasion peut varier entre 50.000 € et 75.000 €, selon le vigneron. (©J Cassagnes)Et nous voilà donc partis pour huit kilomètres de balade : dans les rues de son village d’abord, puis sur les chemins de terre qui contournent les parcelles de vigne des alentours. Les habitants regardent, sans trop d’étonnement, passer le petit train remontant les rues étroites de la commune. « Le village de Saint-Jean-de-Fos est un village potier. Nous allons bientôt apercevoir la place principale, sur laquelle vous pourrez admirer une vieux clocher et son horloge », raconte fièrement le guide-vigneron.

Le train fait le tour du village avant d'emprunter les routes des vignes...Le train fait le tour du village avant d'emprunter les routes des vignes... (©J Cassagnes)Une fois le tour du village bouclé et ses principaux monuments observés, le train le quitte alors et emprunte une route, à l’écart des habitations. Place aux paysages et à leur description : "vallée de l’Hérault", "clocher de telle église", "abbaye par-ci", "point de vue sur Saint-Jean-de-Fos par-là", "nom de tel massif" ou de "tel pic montagneux qui surplombe le village"… Rien n’échappe aux yeux du vigneron : tout est nommé, cité, toujours avec passion et fierté et le discours est bien rodé.

Le train amorce des virages, poursuit sa route ou plutôt son chemin : l’engin se retrouve finalement au milieu des vignes. Après la découverte du pays vient en effet celle du vignoble, « sa deuxième fierté ». « Voici une parcelle de Syrah conduite en cordon de Royat, la plus ancienne du domaine, âgée de 30 ans » commente Jérôme, dans son micro. « Ici, une parcelle de Viognier et juste à côté, de Roussanne. Vous pouvez les reconnaître car le premier a des feuilles plus vert pâle ». Suivent les explications sur l’entretien des sols, le cycle végétatif de la vigne, les différents travaux viticoles, les vendanges, les vins produits... Mais aussi des commentaires sur la nature environnante, flore et faune.

Le train sillonne les parcelles de vigneLe train sillonne les parcelles de vigne. (©J Cassagnes)Après une heure de balade et d’explications, le tour s’achève : le train est retourné à son point de départ. Le vigneron gare sa machine le long du trottoir, emplacement que la mairie a bien voulu lui accorder pendant les deux mois d’été en échange d’une petite rétribution. « La mairie me soutient dans ma démarche ; mon activité porte le village », argumente celui-ci. Il restera stationné ainsi jusqu’au prochain départ, prévu en fin d’après midi. Les voyageurs descendent : fin de la balade, direction le caveau de réception pour déguster les vins, (gratuitement) et aussi bien sûr, pour pouvoir acheter. Son épouse, Alexandra, prend alors le relais.

Le train à l'arrivée du circuit: il compte 3 wagons contenant chacun 18 personnes, soit un total de 54 personnes maximumLe train à l'arrivée du circuit: il compte 3 wagons contenant chacun 18 personnes, soit un total de 54 personnes maximum; le prix d'un ticket adulte est de 4 €, celui d'un enfant de 2 €.(©J Cassagnes)« J’ai commencé avec un tracteur et deux remorques recouvertes de bâches. Mais pour pouvoir continuer et être en conformité avec la réglementation, j’ai dû acheter ce petit train, que j’ai acheté en Dordogne, en 2011 », raconte Jérôme en aparté. A partir du moment où le train circule sur les routes communales ou départementales, donc en dehors d’une propriété privée, des normes vis-à-vis de la sécurité doivent être respectées et des autorisations nécessaires. « Le choix du train doit aussi être fait en fonction de l’itinéraire et de la topographie du terrain », prévient aussi celui-ci. Parmi les autres contraintes d’un tel projet, le viticulteur a également dû obtenir le permis de transport en commun et fait passer chaque année un contrôle technique de l’engin, moyennant 500 €. Pour limiter les coûts d’entretien, le vigneron bricole et répare lui-même. Il reconnaît avoir « quelques soucis » de temps en temps, comme un pneu crevé sur la locomotive, mais « rien de bien grave ».

Au départ, Jérôme le vigneron a démarré en accrochant des remorques bâchées à un tracteurAu départ, Jérôme le vigneron a démarré en accrochant des remorques bâchées à un tracteur (©J Cassagnes)Mais l’essentiel reste que les touristes sont satisfaits... La preuve : le vigneron investit relativement peu en communication - des flyers dispatchés dans des présentoirs dans différents lieux et un site internet – mais reçoit 2.000 visiteurs par an. Il reçoit également le soutien permanent de l’office du tourisme « Saint Guilhem le Désert - vallée de l’Hérault », de la Grotte de Clamouse et d’Argileum, qui communiquent bien sur son activité oenotouristique et lui organisent des groupes tout au long de l’année. Le bouche à oreille se charge du reste.

Concernant la promotion, il s’associe avec des sites touristiques voisins pour proposer des offres « packagées » double-entrée à un prix réduit. Il rembourse également le billet de train dès 20 € d’achat de vins… Car même si le succès du train est au rendez-vous, il n’en oublie pas l’essentiel : le domaine viticole. « Le vin reste ma priorité, confirme celui-ci. Si par exemple, on vendange fin août, je n’organise pas de circuits ». S'agissant des ventes justement, 12.000 bouteilles sont commercialisées chaque année : 80 % sont vendues au caveau, dont près de la moitié directement réalisées grâce aux balades en train. Et lorsqu’on lui pose la question de la « facilité » d’un tel projet, l’envie reste le principal facteur de réussite : « On a souvent des embûches, c’est certain. Mais il faut pouvoir passer dessus, être persistant », conclut celui-ci.


*Reportage effectué lors des Rencontres nationales des Vignerons indépendants de France, à Béziers, en avril 2014.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Recopier le code :
Processing
© Vitisphere 2018 - Tout droit réservé