Accueil / Viticulture / Un taux de récupération de produit de l'ordre de 40 %

Panneaux récupérateurs
Un taux de récupération de produit de l'ordre de 40 %

Par Juliette Cassagnes Le 27 février 2014
Lire plus tard
Partage tweeter facebook linkedin
Un taux de récupération de produit de l'ordre de 40 %
L

es panneaux installés sur pulvérisateurs permettent de récupérer une quantité importante de bouillie et de limiter fortement les dérives dans l’air et le sol. La qualité de pulvérisation des appareils qui en sont munis reste quant à elle similaire à celle d’un pulvérisateur classique. De nouveaux modèles devraient prochainement voir le jour, adaptables sur enjambeurs ou quads, ce qui permettra d’améliorer les temps de travaux et de les rendre accessibles aux vignes étroites ou à fort devers.

Dhugues, Dagnaud, S21, Bertoni, Friulli, Lipco, et tout dernièrement Grégoire… De plus en plus de constructeurs proposent des pulvérisateurs équipés de panneaux récupérateurs, récemment adaptés pour les rendre utilisables tout au long de la campagne. « Il y a une évolution des matériels extrêmement complexes et chers, vers des matériels légers, qui donnent de bons résultats », confirme Alain Martinet*, Eplefpa Bordeaux-Aquitaine.

Afin de mesurer précisément les quantités de bouillie récupérée, la qualité de pulvérisation mais aussi les temps de travaux ou la consommation de carburant de ce type d’appareil, les deux exploitations des lycées viticoles de l’Eplefpa Bordeaux-Gironde ont donc testé, en partenariat avec l’Ifv et le Sral, certains d’entre eux.

L’exploitation du lycée de la Tour blanche a expérimenté le pulvérisateur traîné du constructeur français Dhugues, modèle Koléos ; celle du lycée de Montagne, un Lipco-Clemens, modèle Gsg-Nv2. Chacun de ces outils a donc été testé sous des configurations de vignobles distinctes.

Le pulvérisateur trainé 2 rangs de la marque Dhugues, modèle Koléos à jets portés : à l’intérieur des panneaux, deux flux d’air chargés en gouttes. Une pompe péristaltique permet de récupérer la bouillie, l’attelage est articulé pour pouvoir tourner courtLe pulvérisateur traîné 2 rangs de la marque Dhugues, modèle Koléos à jets portés : à l’intérieur des panneaux, deux flux d’air chargés en gouttes. Une pompe péristaltique permet de récupérer la bouillie, l’attelage est articulé pour pouvoir tourner court. (©Vinopole Bdx Aquitaine)

Le pulvérisateur trainé 2 rangs de la marque allemande « Lipco », distribué par Clemens. Il est monté avec des turbines à flux tangentiels (ce n’est pas le flux qui tangente le rangs mais le flux d’air qui tangente la turbine). Ses panneaux sont plus étroits et plus hauts que le Dhugues. Récupération du produit avec un hydro-injecteur (inconvénient parfois de faire mousser)Le pulvérisateur traîné 2 rangs de la marque allemande « Lipco », distribué par Clemens. Il est monté avec des turbines à flux tangentiels (ce n’est pas le flux qui tangente le rang mais le flux d’air qui tangente la turbine). Ses panneaux sont plus étroits et plus hauts que le Dhugues. Récupération du produit avec un hydro-injecteur (inconvénient parfois de faire mousser) (©Vinopole Bdx Aquitaine)Après une campagne de traitements, les résultats sont plus que satisfaisants, avec un peu moins de la moitié de la bouillie initialement préparée récupérée grâce aux panneaux : le « taux de récupération moyen », calculé par le ratio entre le volume de bouillie récupérée et le volume de bouillie initialement préparée, atteint en effet environ 40 % sur la saison. Plus précisément, il est de 47 % pour le Dhugues et de 38 % pour le Lipco.

« Les taux de récupération évoluent logiquement selon les stades phénologiques sur les deux sites d’expérimentation », indique par ailleurs Alain Martinet. Plus il y a de végétation, plus ce taux diminue. Pour le Dhugues par exemple, il peut monter jusqu’à 80 % en début de campagne (stade 5-6 feuilles), pour terminer à 40 % au stade fermeture de grappe. Les résultats obtenus restent bien sûr aussi fonction des réglages, des buses mais aussi des caractéristiques des parcelles : vigueur, nombre de manquants, hauteur de rognage, etc.

L’Ifv a également mesuré en juillet, donc à un stade déjà bien avancé, la répartition de la pulvérisation dans l’air, le sol, et la vigne. Pour le Dhugues, 4 % du produit se retrouve au niveau du sol, 8 % dans l’air, 48 % dans la vigne et 40 % est récupéré. Pour l’appareil « témoin » de l’exploitation, de type pneumatique, les pertes sont respectivement de 33 % dans le sol et 24 % dans l’air ; 43 % du produit se retrouve sur la vigne (voir schéma).

Pour le Lipco, les écarts entre le pulvérisateur muni de panneaux et le pulvérisation « témoin » à jet porté sont tout aussi importants. « Les panneaux permettent donc de réduire fortement les pertes au niveau du sol et dans l’air », conclut Alain Martinet.

La qualité de pulvérisation, estimée grâce au bilan de \'masseLa qualité de pulvérisation, estimée grâce au bilan de 'masse", du pulvérisateur Dhugues, en comparaison du pulvérisateur pneumatique de l'exploitation (©Vinopole Bdx Aquitaine)Les capteurs installés dans la vigne et sur les grappes ont aussi permis de vérifier la bonne répartition de la bouillie sur les organes végétaux. « Les qualités de pulvérisation sont comparables entre les deux types de matériels, avec ou sans panneaux  », poursuit celui-ci. L’expérimentation a par ailleurs permis de constater d'une façon générale et quel que soit le type d’appareil, un sous-dosage (en jaune et en rouge sur le schéma) sur les faces inférieures, ainsi qu’un sur-dosage (en vert) sur les faces supérieures. « Il y a donc beaucoup de travail à faire sur le positionnement des diffuseurs mais aussi sur la taille de la goutte, en conclut Alain Martinet. Cela reste en ce moment une grosse problématique ; je serais favorable à faire de la goutte fine en bas et de la grosse goutte en haut ».

Enfin, pour vérifier la qualité de pulvérisation de ces appareils, des notations sur l’état sanitaire - de mildiou - de la vigne ont été effectuées à la véraison. Celui de la parcelle traitée en pulvérisation confinée et celui de la parcelle traitée avec le pulvérisateur de l’exploitation restent très proches, comparativement au témoin non traité.

Côté inconvénients, ils sont principalement à rechercher du côté des temps de travaux, qui demeurent supérieurs par comparaison à un pulvérisateur classique. « Cela est à relier directement avec le nombre de face traitées par les appareils, en général de deux rangs, indique Alain Martinet. Mais il y a un développement en cours de matériels pour installer sur des enjambeurs, avec une largeur de travail de quatre rangs, ce qui améliorera les débits de chantiers ». Sont aussi actuellement en préparation des appareils adaptables sur quads, qui permettraient de passer sur des sols où il n’y a plus de portance et sur les parcelles où les traitements hélicoptères ne sont plus possibles. En attendant, les vignobles dont la largeur inter-rang est inférieure à 1,5 mètre ou présentant des dévers importants restent peu adaptés à l’utilisation de ce type de matériel.

Les temps de manœuvre aux sorties de rangs sont par contre, « contrairement aux idées reçues », identiques entre les deux types de pulvérisateurs. Quant à la maniabilité, elle est « plutôt bonne », selon le ressenti des tractoristes qui ont conduit les deux appareils.


*Alain Martinet intervenait lors du colloque « Produire autrement » organisé par le Vinipole Bordeaux-Aquitaine, en février 2014

Partage Twitter facebook linkedin
CONTENUS PARTENAIRES
Tous les commentaires (0)

Pas encore de commentaire à cet article.
© Vitisphere 2021 - Tout droit réservé