LE FIL

Des feutres végétaux à l'essai pour remplacer le désherbage

Vendredi 21 février 2014 par Juliette Cassagnes

Des expérimentations sur des paillages végétaux installés sur le rang dans le cadre de plantation de vigne sont actuellement en cours. Les résultats obtenus par la Chambre d’agriculture de l’Aude montrent que les feutres tiennent leur engagement en termes de durée de vie et permettent une absence totale de désherbage chimique pendant les quatre premières années.

La Chambre d’agriculture de l’Aude teste des paillages végétaux installés sous le rang de vigne depuis 2009, afin d'évaluer leur durée de vie et leur impact potentiel sur la vigne et le sol. La finalité : « Trouver des matériaux résistants, stables au vent, avec une mise en œuvre mécanique possible, qui n’aient pas d’impact négatif sur la reprise et le développement des plants…. et enfin, avec un coût qui reste acceptable pour le viticulteur », indique Frédéric Prigent, conseiller à la Chambre d’agriculture de l’Aude.

Trois types de matériaux ont donc été testés – bouchons de paille compressée, feutres végétaux de fibres de lin et chanvre, et plastique compostable – et installés lors d’une plantation, en juin 2009. Deux grammages distincts pour les feutres ont été choisis, 1.400 et 1.800 g/m2, et deux largeurs : 55 cm et 70 cm. Une modalité témoin, désherbée chimiquement, a également été mise en place.

le paillage est mis en place après la plantation ; le plant traverse le feutre au travers d’une fente; ici, l'essai de l'Ifv Val de LoireLe paillage est mis en place à la plantation ; le plant traversant le feutre au travers d’une incision ; ici, l'essai de l'Ifv Val de Loire. (©E Goulet, Ifv)

Après quatre ans, les feutres végétaux donnent les meilleurs résultats des trois types de matériaux testés en termes de durée de vie, avec une bonne résistance du matériau durant les trois, voire les quatre premières années.

Meilleurs résultats pour les feutres végétaux

« L’objectif est donc atteint, avec aucun apport d’intrant ni d'herbicide pendant les trois premières années », commente le conseiller. Concernant la dégradation, le matériau commence à être digéré par les bords, puis le centre, pour finir par être complètement détruit au pied de la souche, donc « un compostage qui se déroule correctement ».

Les mesures de compacité du sol des différentes modalités montrent par ailleurs que celles recouvertes avec les feutres ont des sols beaucoup plus « souples », avec de meilleures pénétration des racines, aération et vie microbienne. « On a un développement considérable de vers de terre, ajoute Frédéric Prigent. Les sangliers s’en sont aperçus, on a donc eu d’importants dégâts dans la parcelle… Un point dont il faut tenir compte dans le cadre d’une installation éventuelle d’un feutre végétal lors d'une plantation, en mettant en place une protection ».

Les feutres 70 cm ont sinon un léger impact sur le poids des bois de taille, ceux de 50 cm aucun. Les conséquences sur la photosynthèse ont également été mesurées : les feutres de 50 cm ont un impact faible, ceux de 70 cm ont un impact plus fort.

Les feutres n’ont par contre aucun effet sur la vigne et le rendement, ni sur les éléments fertilisants, et donnent même de meilleurs résultats par comparaison au témoin chimique ou au plastique. « Il faut avoir en tête que l’entretien de l’inter-rang par travail du sol est à adapter ; il doit être plus lent qu’habituellement ».

Résultats pour le film plastique et la paille compressée 

Concernant le film plastique compostable, celui-ci a « relativement bien tenu », mais avec tout de même, à plusieurs endroits et assez rapidement, des déchirements observés. Le vent s’y engouffre et finit de déchirer complètement le matériau à certains endroits. Après trois ans, le plastique a quasiment disparu, ou presque… Lorsqu’il n’est pas en contact direct avec le sol, certaines parties ne se dégradent pas correctement, finissent par être arrachées et se retrouvent dans la nature. « Même s’il est biodégradable, ce n’est donc pas l’idéal, avec un impact négatif du plastique sur le critère esthétique. Mais globalement, cela fonctionne », commente Frédéric Prigent.  

La paille compressée a quant à elle, donné des résultats décevants : au bout de deux ans, tout avait disparu, mangé par les lapins.

L’équipe de la Chambre d’agriculture s’est aussi intéressée à « l’après » paillage : elle a relevé une recolonisation lente des adventices, la dynamique de germination ayant été ralentie, avec un sol privé de lumière pendant trois ans. « Le viticulteur peut reprendre un travail du sol traditionnel la quatrième ou cinquième année selon la dynamique de pousse », suggère le conseiller. En viticulture conventionnelle, un traitement « en tâche » avec un herbicide post-levée pourra être envisagé, la reprise n’étant pas uniforme sur toute le parcelle, avec seules quelques zones enherbées.

Feutres végétaux : Premiers résultats issus des essais de l’Ifv Val de Loire

L’Ifv Val de Loire teste également depuis 2012 des feutres sur vigne en place et depuis 2013 sur plantation. En voici les premières constations, l’expérimentation devant durer quatre ans.

*Sur vignes installées, parcelle caractérisée par un sol profond et avec topographie sol plat : feutres installés depuis 2012, soit une année de résultats :

les feutres ont dû être incisés sur 50 cm, ce qui a provoqué leur dégradation rapide, au bout d’à peine un an (pendant l’hiver, dégradation importante). Ils ont par contre bien rempli leur rôle, avec aucune ou très peu d’adventices présentes.les feutres impactent la dynamique hydrique du premier horizon (20 cm), en « lissant » les variations du taux d’humidité.pas d’impact sur la matière organique et la vie microbienne du premier horizon, ni sur le fonctionnement de la vigne, après une année.

*Sur plantation : un feutre de 70 cm de largeur a été installé en même temps que la plantation, au printemps 2013. Nature du sol : moins riche en matière organique, beaucoup plus de cailloux et en pente : 

le feutre reste en bon état après un an. L’intégrité du feutre est très bien préservée, (seule une incision au centre a dû être réalisée) ce qui explique certainement le bon état des feutres,le bon état des feutres est aussi certainement dû à l’effet sol et à la topographie.En février 2014, état du feutre installé au printemps 2013En février 2014, état du feutre installé au printemps 2013 (©E Goulet, Ifv) 

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