Accueil / / L'impact sur les coûts des exploitations viticoles

Directives environnementales
L'impact sur les coûts des exploitations viticoles

Par Juliette Cassagnes Le 17 décembre 2013
Lire plus tard
Partage tweeter facebook linkedin
L'impact sur les coûts des exploitations viticoles
Q
uel impact la réglementation environnementale a t-elle en termes de coût pour les exploitations viticoles ? Pour répondre à cette question, un programme de recherche dans différents pays viticoles du monde vient d’être lancé par la Commission européenne. Les premiers résultats font ressortir des situations très variables selon les régions et les exploitations. Pour une exploitation viticole type de 20 ha en France, située en Languedoc-Roussillon ou en Entre-Deux-Mers, le coût moyen serait de 4 %. Explications.

Exploitation type en Languedoc-Roussillon :

*surface : 20 hectares

*commercialisant 100 % en vrac

*adhérent à une démarche Terra vitis

*mode de conduite en cordon

*densité de plantations de 4.000 pieds par hectare

*variétés : syrah, merlot, cabernet sauv, carignan

*rendement moyen : 6-12 tonnes/ha

*main d’œuvre familiale (1.850 h/an) et salariée (560 h/an)

 

Exploitation type en Entre-Deux-Mers :

*surface : 17 hectares + 9 ha diversification

*commercialisant 100 % en vrac (coop ou négoce)

*adhérent à une démarche AgriConfiance

*mode de conduite : guyot double

*densité de plantations de 2.000 à 4.000 pieds par hectare (grande variabilité)

*variétés : merlot, cabernet sauv, cabernet franc

*main d’œuvre familiale et salariée

VignesVignes (©Terre-net Média)

Directive nitrates, de mise en marché des produits phytosanitaires, ou encore "Bonnes pratiques agricoles et environnementales",... A la demande de la Commission européenne, les chercheurs de l’Ihev-Montpellier SupAgro se sont lancés cette année dans un programme de recherche destiné à mesurer l’impact, en termes de coût, des différentes réglementations environnementales européennes sur les exploitations viticoles. La même démarche a été entreprise dans les pays voisins européens – Bulgarie, Italie, Espagne – mais aussi en Australie et en Afrique du Sud. Un premier inventaire des facteurs de coût a donc été réalisé et, après une première année de travaux, une première estimation du coût "environnemental" pour des exploitations "type" dans différents pays a été présentée.

Dans un premier temps, les chercheurs ont donc listé l’ensemble des directives et identifier les coûts qui en découlent pour les entreprises viticoles (voir tableau).

Ainsi par exemple, la directive nitrates, qui impose la limitation de la fertilisation sur certaines zones, mais aussi d’effectuer des analyses de sol et la tenue d’un registre, implique des baisses de production potentielles, un coût du travail et des frais supplémentaires.

De la même façon, la directive régissant l’usage des produits phytosanitaires impose la présence d’un local phytosanitaire, l’obtention d’autorisations et la tenue d’un registre, donc à la clé un surcoût lié aux investissements, au travail et à l’administratif que cela nécessite.

Réglementation européenne

Obligations qui en découlent

Coût

Directive nitrates

Limitation des quantités d’azote apportées

Définition de zones tampons (bandes enherbées) le long des cours d’eau

 

=> Baisse de production

 

Analyse de sol avant fertilisation

=> Coût du travail, frais

 

Tenue d’un registre

=> Coût administratif + coût travail

Directive « mise en marché des produits phytosanitaires »

Local produits phytosanitaires

=> Coût du capital + coût du travail

 

Obtention des autorisations nécessaires pour l’usage de produits phytos

=> Administratif + coût du travail

 

Tenue d’un registre

=> Coût administratif + coût du travail

Directive « usage durable des pesticides »

Suivre une formation, obtenir un certificat

=> Coût de la formation, coût du travail

 

Inspection régulière des pulvés

=> Coût de la prestation

 

Usage de pulvérisateurs à bas débit

=> Coût du capital

 

Respect des zones tampons

=> Coût du travail, coût de la perte de production

 

Règles de rejets des pesticides : aires de lavage et stockage effluents pulvé

 

« Bonnes pratiques agricoles et environnementales »

Couverture minimale du sol sur les pentes

=> Coût du travail

 

Mise en place de bandes enherbées

=> Perte de production

 

Entretien minimal des terrains, jachères

=> Coût du travail, investissement

Traçabilité et sécurité sanitaire (regl 178/2002)

Enregistrer de toutes les opérations, intrants et clients/fournisseurs

=> Coût administratif, du travail et du logiciel

Démarche HACCP

Mise en place de mesures d’hygiène, analyse des risques et maitrise des points critiques

Formation du personnel

Tenue des registres

=> temps de travail supplémentaire, mais peu appliqué dans les entreprises

Dans un second temps, les chercheurs ont calculé le surcoût lié à cette réglementation, à partir de données récupérées sur le "terrain" au sein d’exploitations viticoles, et en définissant une exploitation type. En France, deux régions viticoles ont été choisies - Languedoc et Bordelais – puis pour chacune, une exploitation "type" définie (voir encadré).

Après une première année de travaux, les résultats indiquent que pour les deux exploitations étudiées, l’application des différentes directives impliquerait un coût moyen supplémentaire d’environ 4 %. « C’est un premier aperçu ; ce chiffre reste un montant moyen pour une exploitation type et n’est donc pas représentatif statistiquement, tempère Etienne Montaigne, l'un des deux chercheurs ayant travaillé sur le projet. De plus, les situations sont très variables, selon par exemple les installations réalisées ou non, la valorisation du vin, etc ». Selon ce dernier, concernant le Languedoc-Roussillon, ce serait essentiellement le coût du stockage des produits phytosanitaires (local) et les aires de lavage qui impacteraient le plus ce coût.

Résultats des coûts de la réglementation environnementale sur des exploitations types à travers le monde Résultats des coûts de la réglementation environnementale sur des exploitations types à travers le monde. (©Ihev-Montpellier SupAgro)

Avec ce chiffre de 4 %, le coût de la réglementation environnementale européenne pour les exploitations viticoles françaises se positionnerait légèrement au-dessus de celui de nos voisins européens – Italie et Espagne - qui se situe entre 2 % et 3 %, mais nettement en-dessous de celui de l’Australie, qui atteint 8 %, « essentiellement à cause du coût de l’eau dans ce pays ».

Pour affiner ces premiers résultats et alimenter la base de données du programme de recherche tous les ans, les chercheurs poursuivront leurs travaux en 2014 et appellent les vignerons à communiquer leurs données.


Partage Twitter facebook linkedin
CONTENUS PARTENAIRES
Tous les commentaires (0)

Pas encore de commentaire à cet article.
© Vitisphere 2021 - Tout droit réservé