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Pulvérisateurs
Une vigne artificielle pour tester leurs performances

Par Juliette Cassagnes Le 02 juillet 2013
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Une vigne artificielle pour tester leurs performances
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’Irstea et l’Ifv ont mis au point une vigne artificielle modulable dans le temps, qui permet une mesure objective de la pulvérisation. L’objectif : pouvoir mieux évaluer la qualité de pulvérisation et les pertes de produits dans l’environnement - qui peuvent être très importantes surtout en début de végétation - et orienter à terme les viticulteurs dans leurs choix de pulvérisateurs.

PulvérisateurL'Ifv et l’Irstea se sont associés pour mettre au point une vigne « artificielle » permettant de tester les performances de différents matériels de pulvérisation. (©JC)

Différentes expérimentations montrent qu’une quantité importante de produits phytosanitaires, parfois supérieure à 50 % de la quantité totale épandue, n'atteint pas la végétation mais retombe sur le sol ou s'évanouit dans l’atmosphère...

Ces quantités perdues sont directement liées à une mauvaise qualité de pulvérisation – matériels choisis et réglages - ou à une mauvaise adéquation entre le matériel (ou son réglage) et la végétation en place à traiter. Les paramètres physiques de la vigne peuvent en effet être très variables selon les situations : écart entre les rangs, hauteur de feuillage, vigueur, surface de végétation à protéger, etc. « Tous ces paramètres concourent à une grande variabilité dans l’efficacité des traitements, que l’on peut mesurer grâce aux dépôts de produits sur des capteurs disposés dans les vignes », constate Sébastien Codis, de l’Ifv.

Un banc d'essai pour tester les pulvés

Pour aider les viticulteurs à s’y retrouver dans la "jungle" de l’offre pulvérisateurs, dont les performances sont très variables de l’un à l’autre, l’Ifv et l’Irstea se sont associés pour mettre au point une vigne « artificielle », appelée "EvaSprayViti" permettant de tester les performances de ces matériels.

Ce banc d’essai est composé de deux parties : d’une part des filets pour "mimer" les rangs de vigne, à raison de quatre rangs de vigne dans le banc, et de cellules disposées dans les rangs, permettant de mimer les feuilles. Le nombre de collecteurs utilisés est modulable, ce qui permet de modéliser  trois stades végétatifs distincts pour lesquels les pulvérisateurs sont évalués : début de végétation composé de 120 feuilles, milieu de végétation (440 feuilles) et pleine végétation (840 feuilles). Outre la mesure des quantités de dépôts sur les feuilles, l’outil permet aussi de faire un bilan des pertes au sol et dans l’air.

 « On a souhaité un banc très simple d’utilisation qui nous permette de réaliser un grand nombre d’essais, avec une grande fiabilité, explique Bernadette Ruelle, chercheuse à l’Irstea. Cela permet de pouvoir tester différents types de pulvérisateurs du parc français, notamment ceux qui passent tous les trois ou quatre rangs, mais aussi d’évaluer la pulvérisation à trois stades végétatifs distincts ».

Les deux instituts ont testé la vigne artificielle en la comparant à une vigne "naturelle" l’an dernier, en installant dans chacune des collecteurs à différentes positions dans le rang (droite, gauche, centre, haut, bas et milieu) : « les premiers essais ont donné des résultats encourageants, avec des quantités et une répartition des dépôts très comparables ».

« Avec ce banc et avec toute la panoplie de pulvérisateurs et de buses qui existent en viticulture, nous allons pouvoir définir  les quantités de produits déposés sur la végétation et perdus dans l’environnement en fonction des stades végétatifs, sans oublier les aspects de sécurité de l'utilisateur, des temps de travaux, de maniabilité, et d'ergonomie », résume la chercheuse.

Diminuer les doses

A titre d’exemple, le banc d’essai a permis de comparer la qualité de pulvérisation d’un appareil à panneaux récupérateurs et équipé de buses à fente et à injection d’air, à un pulvérisateur "ancienne génération" à voûte pneumatique, utilisé tous les trois rangs, « encore très couramment utilisés dans nos vignobles ». Testés en pleine végétation au vignoble, le premier appareil permet d’obtenir un taux de 85 % de produit atteignant la végétation, contre 55 % seulement pour le second, le reste partant au sol ou dans l’air. 

« La différence est énorme, commente l’experte. Une marge de progrès existe donc et la qualification précise des performances des pulvérisateurs permettra de diminuer les doses pour les appareils les plus performants ». Les premiers résultats plus complets issus de ces travaux sont attendus pour la fin d’année 2013.

Ce banc d’essai leur servira également à acquérir des références sur les pratiques de pulvérisation réalisées avec les matériels couramment utilisés, afin de diminuer ou sécuriser l’utilisation des produits phytosanitaires  : en faisant varier les vitesses d’avancement, le volume par hectare, ou encore le nombre de rangs traités par passage. « Un grand nombre d’essais sera possible grâce à la "répétabilité" du système », poursuit Bernadette Ruelle. Enfin, les ingénieurs pourront étudier l’influence des paramètres climatiques sur la quantité de dépôts sur la végétation et les pertes dans l’environnement.


*propos recueillis lors des 4ème entretiens vigne-vin du Languedoc-Roussillon, février 2013.
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