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Les radars météorologiques pour des modèles maladies plus fiables

Jeudi 21 mars 2013 par Juliette Cassagnes

La technologie de l’imagerie radar, qui permet une mesure beaucoup plus fine des données pluviométriques, est actuellement utilisée et expérimentée par l’Ifv. Les données radars qui en sont issues constituent très certainement l’avenir de la modélisation des maladies cryptogamiques de la vigne. A terme, les stratégies de protection à l’échelle des exploitations viticoles s’en trouveront optimisées et les quantités de produits utilisées diminuées.

L’Institut français de la vigne et du vin s’intéresse de près à la technologie des radars météorologiques, qui permettent l’enregistrement quasiment en temps réel des données pluviométriques, pouvant aller jusqu’à un rayon de 200 kilomètres. « Les données radars présentent de nombreux avantages et permettent notamment d’obtenir un maillage très précis du territoire en incluant les zones dépourvues de stations météorologiques », indique Marc Raynal, ingénieur chargé du dossier à l’Ifv. Sur le terrain, il est en effet fréquent de rencontrer des stations météo couvrant parfois plusieurs dizaines de kilomètres carrés, là où le radar météorologique permet de mesurer la pluviométrie à un niveau de précision au kilomètre carré.

Mais face à l’extrême variabilité des attaques parasitaires constatées dans le vignoble, parfois même d’une parcelle à l’autre, le maillage permis par les stations météo reste donc clairement insuffisant, avec en conséquence des informations servant à l'élaboration des modèles maladies parfois imprécises.

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L’Ifv Bordeaux-Aquitaine expérimente parallèlement un radar prototype de "deuxième génération", baptisé "Hydrix", encore plus compact et performant que les premiers. Il permet de mieux caractériser la forme des gouttes sur lesquelles les signaux sont répercutés. La taille des gouttes et le volume d’eau sont ainsi mieux appréciés. Il a été installé depuis juillet 2010 près de Bordeaux, à Ambès. (© Ifv)

A l'inverse, avec la « spatialisation fine » de la pluviométrie, des variations significatives très localisées peuvent être décelées, qui pourront même, à terme, aller jusqu’à l’échelle parcellaire. Avec ces données pluviométriques plus précises, les modèles maladies - mildiou et oïdium – deviennent donc plus fiables.

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Les données Antilope fournies par Météo France sont issues des radars du réseau Aramis, qui couvre 100.000 km2 du territoire, et des cumuls de pluies issus des réseaux pluviométriques au sol. (© Meteofrance)
Depuis 2011, l’Ifv a recours à cette nouvelle technologie en s’appuyant sur les données "Antilope" issues du réseau de radars Météo France qui couvre l’ensemble du territoire. Il s'agit d'une analyse horaire des précipitations à la résolution de 1 km. Les millions de données qui en sont extraites servent à alimenter ses modèles maladies - oïdium et mildiou – opérationnels dans tous les vignobles. « Les représentations cartographiques de pluviométrie passée, de pression épidémique modalisée et de Fréquence Théorique d’Attaque obtenues sont de meilleure qualité, puisque les interpolations sont réalisées entre pixels de 1 km2 contre parfois plusieurs dizaines de kilomètres dans le cas des stations météorologiques classiques », confirme l’ingénieur.

Autre avantage par rapport aux stations météo : les données radars permettent d’éviter l’investissement dans une station météo, dont le coût atteint environ 2.000 €, la connexion au réseau téléphonique ou encore l’entretien, l’interrogation et la validation des données. Côté coût, le partenariat avec Météo France engendre « un coût modeste pour l’utilisateur final, quelques centaines d’euros ramené à l’échelle nationale ». L’objectif pour l’Ifv reste en effet de pouvoir diffuser ces informations au cœur même d’un grand nombre d’exploitations, ce qui permettrait aussi indirectement « de substantielles économies de traitement à l’échelle de la filière ».

L’Ifv espère que son outil, baptisé "Météovigne", qui combinera ces données météo et les cartes de risques mildiou et oïdium, pourra être opérationnel et proposé aux viticulteurs « dans un avenir proche », d’ici un an ou deux. « Il reste à définir les modalités de mise à disposition des données obtenues auprès des professionnels », précise Marc Raynal. En d’autres termes, l'Institut technique recherche actuellement des partenariats auprès des interprofessions afin de développer cette nouvelle offre de service dans le vignoble. Le programme expérimental doit, quant à lui, théoriquement prendre fin en 2014.  

Les cartes de Gironde ci-dessous montrent la différence d’analyse sur le risque mildiou, évalué à une même date (orages de pluie et de grêle du 11 mai 2009) : à gauche, basé sur des données provenant  de 40 pluviomètres; à droite, sur des données Antilope, qui représentent l'équivalent de 13.000 postes.

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Carte 1: Risque mildiou avec 40 stations météo (à gauche). Carte 2: Risque mildiou avec 13 000 postes virtuels (à droite) (© Ifv)

 


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