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Lutte anti-oïdium
Encore trop d'échecs liés à des erreurs de pratiques

Par Juliette Cassagnes Le 07 mars 2013
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Encore trop d'échecs liés à des erreurs de pratiques
L
ors des entretiens vigne-vin Languedoc-Roussillon, les experts sont revenus sur la campagne 2012, marquée par une très forte présence d’oïdium, et sur les facteurs à l'origine du phénomène. Outre des conditions météorologiques très favorables à la maladie, de nombreux échecs de protection restent encore liés à de mauvaises pratiques de pulvérisation ou à des erreurs dans la stratégie de protection. Conseils pour réussir en 2013.
Vignobles
De nombreux facteurs favorables au développement de l’oïdium étaient réunis en 2012 : longue période pluvieuse, déficit d'ensoleillement... (© Terre-net Média) L’année 2012 a été marquée par une très forte virulence de l’oïdium, en Languedoc-Roussillon mais aussi en Beaujolais, Bourgogne ou encore Champagne, région pour laquelle ce champignon est assez inhabituel. En Languedoc-Roussillon, les pertes quantitatives au vignoble ou qualitatives en caves causées par ce champignon ont parfois été très importantes : « les observations du vignoble ont fait apparaître des problèmes début juin sur chardonnay et carignan principalement, témoigne* Patricia Courserand, technicienne à la cave coopérative "les Vignerons du Narbonnais". Le suivi du vignoble sur chardonnay avant récolte a entraîné le déclassement de 30 % des parcelles, soit l’équivalent de 18 % en tonnage ».

De nombreux facteurs favorables au développement de l’oïdium étaient en effet réunis en 2012, dans cette région : en premier lieu, une forte période pluvieuse sur avril - fin mai, propice à la germination des cleistothèces. Par comparaison à 2011, les écarts relevés en termes de fréquence et de cumul de pluies ont été très importants. Ajouté à cela, un déficit d’ensoleillement marqué en avril, mai et juin, couplé à un taux d’humidité élevé, deux autres facteurs favorables à la croissance mycélienne. « Ces conditions météorologiques ont abouti à une phase invisible du développement de la maladie plus longue et ont été défavorables à la sporulation, la phase visible de la maladie, explique Bernard Molot, ingénieur Ifv. Elle est donc intervenue plus tardivement que d’habitude, d’environ 2-3 semaines, entraînant la détection de l’oïdium trop tardive en 2012 ».

Mais l’origine de cette virulence ne s’explique pas uniquement par le facteur météo : la campagne 2012 a été aussi marquée par des stades phénologiques très hétérogènes, se traduisant par la présence, sur une période plus longue qu’habituellement, des stades sensibles, avec une tendance chez les viticulteurs à attendre pour intervenir…Donc finalement avec trop de stades tardifs présents au moment de l’intervention. Des traitements trop tardifs

Le facteur humain a eu aussi sa part de responsabilité : les premiers traitements oïdium ont lieu à une période où le risque mildiou n’est pas encore présent. « Cela conduit à des techniques de pulvérisation "light", constate Bernard Molot : on traite beaucoup de rangs en même temps, on passe plus vite, on espace les traitements sans respecter les cadences… ». Dans de nombreux cas, les viticulteurs sont intervenus sur un oïdium déjà installé, le produit se devant donc d'être curatif. Or tous les produits n’ont pas cette propriété et ne sont pas systémiques... Par ailleurs, « la mauvaise pulvérisation d'un produit amplifie le problème », commente l'ingénieur.


(© JC)

Une enquête conduite auprès des adhérents de la cave coopérative "Les Vignerons du Narbonnais", en partenariat avec l’Ifv, confirme ce constat : sur 58 questionnaires renvoyés, la moitié d’entre eux ont eu des problèmes d’oïdium. Sur cette part, seul un cas pour lequel les "bonnes pratiques" semblent respectées a été relevé ! Pour les autres, les échecs sont dus, soit à une mauvaise qualité de pulvérisation (pulvérisateurs mal réglés, puissance de tracteur insuffisante par rapport au pulvérisateur, volumes par hectares non conformes), soit à des erreurs dans la stratégie de traitement : un premier traitement trop tardif, des cadences trop longues, pouvant aller de 18 à 23 jours !

A noter enfin, un « nouveau facteur » qui s'est ajouté aux autres : les viticulteurs ayant eu recours à des Qoi en 2012 ont aussi pu, pour certains, être confrontés à des résistances, donc à une perte d’efficacité des produits de traitements utilisés (voir article à paraître). « Mais ce n’est qu’un élément parmi d’autres », tient à rappeler Bernard Molot.

Conseils pour 2013

Pour 2013, celui-ci préconise donc, selon la situation de l’année précédente, plusieurs stratégies. « Pour les parcelles qui ont eu des problèmes d’oïdium l’an passé, il faut démarrer au plus tard au stade 5-6 feuilles étalées. Les mots d’ordre sont "prévention’"– il faut se positionner avant que l’oïdium ne s’installe, donc commencer plus tôt que d’habitude - et "alternance des familles chimiques" », conseille celui-ci. Sur une parcelle de chardonnay en Languedoc-Roussillon par exemple, cela correspondrait à un premier traitement au stade 4-5 feuilles, vers le 20-25 avril, suivi d’autres jusqu’au stade "fermeture de grappe", vers le 20-30 juin, soit l’équivalent de deux mois et demi à protéger. « Avec un choix de produits à 14 jours, cela reviendrait à 5-6 traitements tout au plus », résume Bernard Molot. Pour le cas particulier des parcelles avec oïdium à drapeaux, la protection doit démarrer encore plus tôt.

Enfin, pour les parcelles peu sensibles, un démarrage de la protection au stade "boutons floraux séparés" (10 jours avant floraison) suffit. « La phase Bfs à début fermeture de grappe doit être systématiquement protégée, rappelle l’expert. Le pic de sensibilité se situant fin floraison-début nouaison. On ne peut pas piloter à vue à cette période. Dans le cadre d’une stratégie économe en produits phytosanitaires, cela revient à anticiper le démarrage de la protection mais on peut arrêter plus tôt ». Concernant les attaques tardives après vendanges « qui passent souvent inaperçues », le meilleur moyen reste, selon lui, un traitement cuprique systématique début véraison.


*propos recueillis lors des Entretiens vigne-vin Languedoc-Roussillon de l'Ifv, janvier 2013.
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