LE FIL

De plus en plus de robots pour remplacer l’Homme

Vendredi 23 novembre 2012 par Juliette Cassagnes

Tonte, taille, surveillance du vignoble,… Ces dernières années, un certain nombre de machines faisant appel à la robotique ont fait leur apparition. Développées pour permettre la réduction du nombre d'interventions manuelles, mécaniques ou chimiques, ces innovations ont pour objectif de diminuer les quantités d'intrants utilisés. Présentation de ces engins dernière génération.

Le premier s’appelle "Vitirover" et a été récompensé d’un prix "spécial du jury" lors des Trophées de l’innovation du salon. Ce robot permet de tondre les inter-rangs et sous les rangs de vigne de façon écologique - grâce à ses panneaux solaires lui assurant son entière autonomie énergétique – et autonome, puisqu'il ne nécessite pas d’intervention extérieure. Auto-piloté par Gps, il travaille à l’intérieur des limites Gps de chacune des parcelles sur lesquelles il doit intervenir. Son action consiste, non pas à "girobroyer" l’herbe une fois de temps en temps, mais à entretenir un enherbement maitrisé (hauteur de tonte). Il doit couper l’herbe un peu plus vite que la repousse dans la parcelle. "Vitirover" est livré avec une application Smartphone téléchargeable sur son téléphone. Celle-ci permet au viticulteur, lorsqu’il désire récupérer son "Vitirover" et par communication wifi, de localiser le robot dans la parcelle et de le rappeler comme un chien à qui on dirait : "Au pied". Il peut fonctionner seul ou "en troupeau".

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« Léger (11 kg) et peu encombrant (74 cm x 39 cm x 26 cm), ce robot tondeur est
extrêmement précis », indique la société Vitirover (© Vitirover)
Il a été conçu pour couper l'herbe jusqu’à deux ou trois centimètres des pieds de vigne. Compte tenu de sa vitesse de 500 m/heure, il peut tondre, selon la société, un hectare de vigne en une centaine d'heures environ. Il a également la capacité de franchir des défauts de préparation de terrain (jusqu'à 10 cm) et travailler dans des pentes de 15 %. « Pur produit "made in France", de ses composants électroniques jusqu’au design, le robot est l’assemblage de la maîtrise et du savoir-faire d’entreprises françaises », précise la Pme. Il est commercialisé depuis le salon Vinitech et sera livré dès mars 2013 au prix public de 5.000 €. Contre le vol, le robot est doté d'un code de sécurité qui doit être composé sur le téléphone pour sa mise en marche. Grâce, entre autres, au Gps embarqué, il peut être localisé, au mètre près, dès qu’il a été sorti de sa parcelle de travail.

L’entreprise travaille également à la mise au point du même robot mais, cette fois, muni de capteurs (caméras, station météo,...) en charge de relevés dans la vigne - évaluation quantitative des récoltes, niveaux de maturité de la vigne, annonce précoce de maladies, état de la végétation, comptage de population d’insectes, cartographie pied par pied de parcelles, données météo, …- et un système "Expert Vigne" pour analyser ces relevés et les transformer en outil d’aide à la décision pour le viticulteur. Son développement est actuellement en cours et est financé dans le cadre du projet collaboratif européen "Eco-Innovation". Un "robot-pulvérisateur" effectuant des traitements pied par pied pour réduire fortement les intrants phytosanitaires est également à l’étude.

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Le robot "V.i.n" de la société Wall-Ye fonctionne de manière autonome d'un point de vue énergétique grâce à un panneau solaire (© Wall-Ye)

Le second du genre s’appelle "V.i.n", pour "Viticulture intelligente naturelle". Fabriqué par la société Wall-Ye, également française, ce robot est censé tailler de façon autonome les vignes au moyen de multiples caméras et de bras articulés armés de pinces coupantes. Lui aussi se déplace grâce au Gps et aux informations cadastrales. Avec ses détecteurs et appareils de mesures, il enregistre dans sa mémoire un ensemble de données pour chaque pied de vigne ainsi que sa position, dans l'espace. Toutes ces données sont transférées dans le logiciel de cartographie-traçabilié pour être interprétées.

Selon l’entreprise, le "V.i.n" est, pour le moment, adapté au mode de taille cordon de Royat et gobelet. Il devrait pouvoir prochainement tailler en guyot. Les premières démonstrations de taille ont déjà eu lieu il y a quelques jours mais n’ont pas donné les résultats escomptés. Le robot est vendu 25.000 euros.

 

Vidéo Ifv
Cliquez pour voir la vidéo d'essai du weedseeker par l'Ifv Sud-ouest
 (© Ifv)
Des robots du même type sont également en cours de développement à l’étranger. En Californie, la société Vision robotics développe actuellement un robot de taille, encore en phase de test, qui devrait tailler « aussi bien qu’à la main pour seulement la moitié du coût d’une équipe de taille manuelle », peut-on lire sur le site internet de la société. En Nouvelle-Zélande, les universités de Canterbury et Lincoln travaillent au développement d’un robot de taille, lui aussi équipé d’un système de vision intelligente et de bras coupants.

 

Pour diminuer les quantités d’intrants – produits phytosanitaires essentiellement – de nouveaux outils ont également vu le jour ces dernières années. "Weedseeker" de la société Avidor est un système de désherbage sélectif, monté sur tracteur. Il permet une détection automatique de la couleur verte des adventices et un déclenchement de la pulvérisation. Il permet, selon l’entreprise, de réduire de 75 % le coût des herbicides.

Les drones, ces engins volants motorisés, initialement prévus à usage militaire, font aussi leur entrée en viticulture, dans le même objectif. En Aquitaine, le projet "Vitidrone" porté par le cluster Innovin et l’entreprise Vitivista, a pour objectif le développement d'un système de télédétection à base de drones pour la viticulture.

Le drône de la société Fly n sense a été testé dans des vignobles du bordelais en 2011
Le drône de la société Fly-n-sense a été testé dans des vignobles du bordelais en 2011. (© Technowest)
Fabriqué par le société bordelaise Fly-n-sense, le drône survole de près la vigne et enregistre des données au moyen de capteurs (clichés infra-rouges) : densité de feuillage, raisins, traces de maladies, dégâts de gel, grêle, etc. La surveillance rapprochée de la vigne permettra un ajustement au plus près des interventions manuelles ou des intrants, traitements phytosanitaires et engrais.

L’Irstea – anciennement le Cemagref – participe également à un projet équivalent faisant appel aux drones, mais pour un désherbage localisé grâce à l’imagerie aérienne. Nom de ce projet européen : "Rhea conception". Les parcelles sont survolées à très basse altitude à l’aide d’une flotte automatisée de drones, permettant un traitement d’images en différé pour détecter les zones d’infestation. Des engins terrestres autonomes sont ensuite guidés vers ces zones pour effectuer un désherbage chimique, mécanique ou thermique selon les cultures. « Une approche destinée principalement à des sociétés de service, mais qui devrait permettre de réduire jusqu’à 70 % l’utilisation des herbicides », précise l'Irstea.


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