LE FIL

Le vin, “déconseillé aux femmes enceintes” ?

Vendredi 15 octobre 2004 par Ligérienne de Presse

Cet été, le ministre de la Santé a promis l'apposition de messages pour femmes enceintes sur toutes les bouteilles contenant de l'alcool afin de les avertir des risques de syndrome d'alcoolisation fœtale. Un producteur de vin du Languedoc vient de devancer le projet et d'étiqueter ses bouteilles dans ce sens. Une initiative jugée plutôt regrettable par la filière, qui demande un débat sur la question.

L'idée a surgit au milieu de l'été. Suite à l'ouverture d'une enquête judiciaire par le parquet de Lille sur le danger que la consommation d'alcool des femmes enceintes fait courir au fœtus, le ministre de la Santé avait promis avant la fin de l'année l'apposition d'un avertissement destiné aux femmes enceintes sur les bouteilles contenant de l'alcool.

Mieux vaut un message d'information que d'interdiction

Un producteur du Languedoc a choisi récemment de devancer le projet ministériel et d'apposer le message “déconseillé aux femmes enceintes” sur ses bouteilles. Gérard Bru, producteur et propriétaire d'un domaine de 120 hectares dans les Coteaux du Languedoc, explique avoir été impressionné par les effets du syndrome d'alcoolisation fœtale (SAF) sur des enfants dont les mères ont consommé de l'alcool de façon importante durant leur grossesse.

Le syndrome d'alcoolisation fœtale engendre des malformations du visage, des troubles du comportement et de l'apprentissage, des retards psychomoteurs et de croissance. “Je préfère prendre l'initiative maintenant plutôt que de me faire imposer plus tard un étiquetage trop agressif, déclare ce vigneron âgé de 56 ans et futur grand-père. Mieux vaut un message d'information que d'interdiction. Si je peux sauver ne serait-ce qu'un enfant, alors cela n'aura pas été inutile”. Gérard Bru ne pense pas en cela porter préjudice à l'image de son vin : “Aux Etats-Unis, la mention pour les femmes enceintes est obligatoire sur les bouteilles (depuis 1989 NDLR), et pourtant, le vin n'a jamais été autant à la mode.”

Cette initiative personnelle n'est pourtant guère du goût de nombreux acteurs de la filière. Pour Jean Huillet, président de la fédération des caves coopératives de l'Hérault, il s'agit même d'une “sacrée stupidité”, qui va “contribuer à l'idée que le vin est un produit dangereux comme le tabac”. Or, indique-t-il, “nos mères ont toujours bu du vin et cela n'a pas fait de nous des dégénérés. Il y a peut-être des femmes enceintes qui fument mais on n'en a rarement vu qui se saoulent.”

«Nous voulons avant tout que se mette en place une discussion»

Quant à la Cnaoc, la Confédération affiche beaucoup de réserves face à cette idée et se mobilise : “On peut regretter qu'apparaissent des initiatives individuelles au moment où la filière s'organise sur ce sujet, confie Delphine Blanc, chargée de communication et d'études. Le Livre Blanc sur le vin avait lancé l'idée d'un conseil de la modération, associant des représentants viticoles et associatifs, des professionnels de santé et des délégués des ministères concernés. Nous réclamons d'urgence la création d'un tel conseil, qui pourrait se saisir en premier lieu de cette question du syndrome d'alcoolisation fœtale et de ce projet de messages sur les bouteilles. Nous voulons avant tout que se mette en place une discussion afin de trouver le meilleur moyen de résoudre ce problème.” Pour la Cnaoc, la prévention vers la femme enceinte bénéficierait ainsi d'une expertise collective quant aux messages et aux vecteurs d'information les plus adaptés et les plus efficaces à mettre en œuvre.

Les spécialistes sont en fait divisés sur l'incidence du syndrome

Pour l'heure, l'idée d'un conseil de la modération reste encore à l'état de proposition. En revanche, le ministère de la Santé compte toujours lancer avant fin 2004 une campagne d'information et de sensibilisation sur le syndrome d'alcoolisation fœtale : information des femmes enceintes lors de l'achat d'un test de grossesse en pharmacie, suivi de la consommation d'alcool pendant la grossesse, soutien d'un programme de formation des médecins généralistes, information en milieu scolaire.... Un plan assorti d'une mesure législative qui “permettra d'apposer sur les contenants d'alcool un avertissement sanitaire en direction des femmes enceintes pour les informer des risques liés à la consommation d'alcool et recommander l'abstinence”. Cette dernière recommandation se justifie, selon le ministère, par le fait que l'alcool, même à dose très faibles pendant la grossesse, “fait courir d'immenses risques au fœtus”. Mais en Grande-Bretagne, le ministère de la Santé a affirmé que les femmes enceintes pouvaient boire sans risque deux verres de vin par semaine... Les spécialistes sont en fait divisés sur l'incidence du syndrome et ses facteurs de risque. Le ministère français de la Santé en est bien conscient et entend développer un “véritable” contrôle épidémiologique du syndrome d'alcoolisation fœtale.


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