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Crise viticole
Philippe Martin, viticulteur et président de l'ANEV : "Nos efforts doivent aller plus loin dans l'information et la prévention"

Par Ligérienne de Presse Le 16 mars 2004
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Philippe Martin, viticulteur et président de l'ANEV :
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hilippe Martin, député UMP de la Marne, est le président de l'ANEV, l'Association nationale des élus de la vigne et du vin, tout en étant également viticulteur. Le 25 février dernier, il a été reçu avec une délégation de professionnels du vin par le Premier ministre et le ministre de l'Agriculture, afin d'évoquer la place du vin dans la société française et les difficultés rencontrées par la filière, notamment en matière de communication. Philippe Martin nous livre ses impressions sur cette entrevue et évoque pour nous quelques pistes qui pourraient selon lui contribuer à "dédiaboliser" le vin.

- Ligérienne de Presse : Avec d'autres acteurs de la filière, vous avez rencontré le 25 février Jean-Pierre Raffarin et Hervé Gaymard et vous leur avez demandé une réponse quant aux inquiétudes de la filière. Êtes-vous satisfait de cette entrevue et de ses premiers résultats ?
- Philippe Martin :
Cette rencontre a constitué un premier contact important. J'avais demandé cet entretien et nous sommes assez satisfaits d'avoir trouvé une bonne écoute de la part du Premier ministre, qui s'est montré sensible aux problèmes de la viticulture et notamment en terme de communication. Nous avons pu trouver un accord et des suggestions ont été faites par le Premier ministre, qui a bien compris le message que nous voulions faire passer. Il a ainsi proposé d'adapter la loi Evin, pour permettre la promotion collective, et de renouer un dialogue entre professionnels, députés et pouvoirs publics en mettant en place un groupe de travail. Ce groupe, dont je ferai partie ainsi que deux médecins, va travailler entre autres sur l'éducation et les causes véritables en cas d'accidents (alcools forts, drogues, médicaments etc.). Nous allons aussi bien sûr évoquer la promotion du vin et voir comment l'on peut compléter et adapter la loi Evin. Cette loi ne colle plus à l'évolution de la société actuelle et fait qu'actuellement on mélange tout, le tabac, les alcools forts et le vin.

- Ligérienne de Presse : Selon vous que faudrait-il faire pour que la viticulture française ne se sente plus la mal-aimée des pouvoirs publics et pour que la culture du vin soit en quelque sorte "réhabilitée" ?
- Philippe Martin :
Il est vrai qu'il existe des exagérations nocives et qu'il y a trop d'interdits aujourd'hui. 5% des Français font des excès en matière d'alcool. On n'empêchera probablement pas ces gens d'être alcooliques. Mais il ne faut pas que ces 5% là empêchent 95% de la population française d'apprécier modérément le vin et de déguster les produits des terroirs de France. On doit bien sûr combattre l'alcoolisme, mais tout en maintenant les traditions et les cultures vitivinicoles. En somme, ne pas mettre en porte-à-faux santé publique et culture du vin. Il s'agit de mettre en avant le talent humain, la dégustation, la convivialité et tout le côté "verre de l'amitié" existant autour du vin. Pour cela il ne faut plus censurer les campagnes de communication comme celles des vins de Bourgogne, mais favoriser une meilleure cohérence dans les campagnes de la Sécurité routière, en associant les professionnels à l'élaboration de ces campagnes. La filière doit ainsi participer à la prévention et à la mise en place d'éthylotests par exemple.

- Ligérienne de Presse : L'ANEV n'a-t-elle pas à ce propos proposé l'installation d'éthylotests dans les voitures ?
- Philippe Martin :
Oui c'est exact. J'ai rencontré il y a quelque temps sur ce point  Gilles de Robien, ministre des Transports, qui m'a dit que cela allait bientôt se faire. C'est en effet possible techniquement. Un dispositif comme celui-ci permettrait de savoir si l'on est dangereux avant de prendre le volant, et de vérifier qu'après un verre de vin au restaurant par exemple on reste dans la limite autorisée. Or aujourd'hui les gens ont tellement peur qu'ils ne boivent plus de vin au restaurant et la consommation a baissé de façon dramatique en restauration.

- Ligérienne de Presse : Le sénateur de l'Aude Roland Courteau a récemment déposé une proposition de loi visant à distinguer le vin, "boisson agricole", des autres boissons alcoolisées, pour lui permettre un meilleur accès à la publicité. Que pensez-vous de cette idée inspirée du cas de l'Espagne et défendue par nombre de parlementaires ?
- Philippe Martin :
Au sein du groupe de travail nous allons faire une étude afin de savoir quelle stratégie adopter pour la promotion des vins. Face à cette proposition, je dis pourquoi pas ? Je ne dis pas non à cette idée de distinction du vin des autres alcools dans la publicité, il faut l'étudier avec prudence. Face aux alcools industriels sans spécificités, surtout consommés par les jeunes d'ailleurs, il existe en effet des boissons agricoles, comme le vin. Et le vin s'accompagne de notions telles que le terroir, la qualité et l'AOC. Il est nécessaire que dans la communication du vin on puisse faire ressortir les caractéristiques qualitatives, organoleptiques du vin et ses spécificités remarquables, notamment auprès des jeunes, dont beaucoup ne consomment pas de vin. Il y a toute une éducation à faire par rapport aux jeunes. En matière d'éducation, mais aussi d'information et de prévention, il faut que nos efforts aillent plus loin.


Pour plus d'informations, consulter le dossier spécial Régionales 2004 en ligne sur Terre-net.fr en cliquant ICI.
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