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Identification des cépages par l'ADN : les recherches avancent

Par Ligérienne de Presse Le 12 février 2004
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Identification des cépages par l'ADN : les recherches avancent
L
es travaux d'identification des cépages menés par l'INRA de Montpellier avec la DGCCRF et d'autres unités de recherche se poursuivent toujours. Bientôt il sera sans doute possible d'identifier précisément les cépages utilisés dans un vin commercialisé. La lutte contre les pratiques frauduleuses en sera ainsi améliorée.

Contre la fraude vinicole sur les cépages, une nouvelle arme se fait jour : la génétique. Face aux vins "coupés" ou "renforcés" par d'autres cépages et les contrefaçons issues d'un mélange de cépages autorisés et de cépages exclus par les règlements d'appellation, la Répression des Fraudes compte bien renforcer son arsenal de lutte. Aussi la DGCCRF travaille-t-elle avec l'INRA  et l'Ecole nationale supérieure agronomique de Montpellier sur l'identification génétique des cépages. Une technique pointue pour une véritable traçabilité : grâce au marquage moléculaire, les chercheurs parviennent désormais à identifier le cépage d'un vin, caractérisé par une séquence particulière d'ADN.

Alors que l'ampélographie reste impuissante pour l'identification à partir de jus ou de vins et ne permet pas toujours de distinguer des cépages très proches, "les techniques de marquage moléculaire apportent une solution, indique l'INRA. Ils permettent théoriquement de travailler à partir de n'importe quel organe de la plante ou de n'importe quel produit fini contenant suffisamment d'ADN de vigne."  La méthode des scientifiques consiste à extraire de l'ADN présent dans le vin, et de chercher des régions d'ADN caractérisables et typiques d'un cépage donné. Mais les cépages de la vigne se comptent par milliers. On estime en effet à 4 000 ou 5 000 le nombre de variétés répertoriées !

Les chercheurs de Montpellier en ont déjà identifié plusieurs centaines, mais ils ne vont pas en rester là : ils souhaitent en effet déterminer la carte génétique de l'ensemble des cépages du conservatoire de Vassal, près de Montpellier, "la plus grande collection de vignes au monde" selon l'INRA. "Nous sommes en train d'analyser l'ensemble de la collection de Vassal à l'aide de la technique microsatellite dans le cadre d'une programme de recherche sur la mise en place d'un centre de ressource biologique (CRB) sur la vigne en France, explique Patrice This, responsable de l'équipe Génétique de la vigne à l'INRA de Montpellier.

L'analyse porte sur environ 3400 échantillons différents (dont environ 1400 échantillons en cours d'identification), et nous sommes relativement confiants de pouvoir identifier chacun des cépages de cet échantillon avec ces marqueurs microsatellites (NDLR : les microsatellites sont des fragments d'ADN constitués de répétitions d'une même séquence du code génétique). Mais cela reste encore à être vérifier." Seuls une quarantaine de cépages de cuves seraient cultivés sur de grandes surfaces aujourd'hui en France et dans le monde. Mais tous les cépages conservés par l'INRA pourraient être riches d'enseignements sur la vigne si l'ensemble de leurs cartes génétiques étaient décryptées.

L'identification des cépages dans un vin commercialisé serait elle aussi très intéressante dans la lutte contre les pratiques vinicoles frauduleuses. Les scientifiques du centre de recherches de Montpellier ont d'abord travaillé sur des vins expérimentaux et des vins bruts, non filtrés. Ils ont pu assez facilement identifier les deux cépages d'un vin d'assemblage quand ces deux cépages étaient présents à 75 % et 25 %. Dans les vins bruts, des traces d'ADN de baies de raisins sont retrouvées. Mais pour les vins "finis", en bouteilles, la difficulté se fait plus grande : dans ces vins plusieurs fois filtrés et purifiés, l'ADN est dilué et sa structure dégradée.

"Nous avons trouvé des traces d'ADN dans des vins en bouteilles en laboratoire, mais la technique reste encore trop aléatoire pour être utilisée en routine, et nous sommes donc à la recherche de méthodes complémentaires"  indique Patrice This. Pourra-t-on bientôt retrouver tous les cépages employés dans un vin commercialisé, et même déterminer les volumes versés lors de l'assemblage et la provenance des raisins ? Pour le chercheur de l'INRA, difficile aujourd'hui de répondre à cette question : tout dépendra des résultats de travaux encore en cours. Des recherches poussées qui nécessitent un minimum de patience...


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