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Estimations de vendanges

Chroniquement incertaines ou carrément intempestives ?

Mercredi 05 novembre 2014 par Alexandre Abellan La Vigne - Vitisphere

Estimations de vendanges : chroniquement incertaines ou carrément intempestives ?

Le pli est pris, chaque été le service ministériel des statistiques agricoles, l'Agreste, publie durant l'été une note de conjoncture sur les prévisions de vendanges françaises. Et cela ne manque pas : cette première prédiction est rarement proche des volumes effectivement produits par la France. Malgré la prudence des experts, le millésime 2014 en témoigne déjà, la publication de mi-juillet annonçant une récolte nationale à 46,4 millions d'hectolitres de vins, révisée à 47 millions hl fin août, puis revenue à 46,5 millions hl début octobre. Ce jeu de va et vient exaspère nombre de représentants professionnels, d'autant que le souvenir de la série d'estimations erronées de 2013 est encore dans les mémoires (parties de 46,6 millions hl en juillet, elles étaient arrivées à 42,3 millions hl en novembre). Par ailleurs, les estimations issues de données professionnelles livrées fin août par Jérôme Despey, président du Conseil spécialisé vin de FranceAgrimer, tablaient sur une récolte 2014 plus modeste (à 45,4 millions hl). Comme quoi, il apparaît possible de s'approcher de la réalité avant la fin des vendanges.

Si l'art de la prédiction est toujours à prendre au conditionnel, les représentants de la filière viticole reprochent surtout le cachet ministériel qui valide ces estimations. « A qui profite le crime quand on annonce toujours des volumes aussi importants ? » n'hésite pas à s'emporter Bernard Solans, président de la Fédération des Caves Coopératives d'Aquitaine. Moins impulsif, mais tout aussi ferme, Stéphane Héraud, président de la cave coopérative de Tutiac, siégeant au Conseil Spécialisé de FranceAgriMer, dénonce « les méthodes d'estimations (des interviews) et de publication (précoces), alors que les seules précipitations entre juillet et septembre peuvent modifier de 10 à 15 % les volumes ». Et de pointer du doigt cette publication qui « a un impact important sur les négociations de démarrage de marché ».

Les représentants professionnels auront tout loisir de faire part de leur agacement lors de la rencontre, ce 5 novembre, de la filière avec la Direction Générale des Politiques Agricole, Agroalimentaire et des Territoires (DGPAAT). La production comme le négoce souhaitent que ces outils statistiques éclaircissent la campagne à venir et ne l'embrouillent pas.

 

 

[Illustration : Que font donc à Paris nos amis Dupont et Dupond ?, détail d'un dessin de Hergé pour le magazine Tintin (4 mars 1948)]

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