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A vos marques

Lafitte contre Lafite (Rothschild), la guerre des châteaux continue

Vendredi 07 février 2014 par Alexandre Abellan

A vos marques : Lafitte contre Lafite (Rothschild), la guerre des châteaux continue

En 2013, le château Lafitte (50 hectares en première côtes de Bordeaux) célébrait ses 250 années d'existence. Fondé en 1763 par le négociant Raymond Lafitte, à Camblanes et Meynac, Lafitte n'était pas complètement à la fête, soufflant également les bougies d'une décennie de procédures pour défendre sa marque. En 2003, le château Lafite-Rothschild (premier grand cru classé en 1855 de Pauillac) entamait en effet une action judiciaire demandant la déchéance des droits de marque du château Lafitte, pour prévenir toute confusion commerciale entre Lafitte* et Lafite-Rothschild. Propriétaire exploitant du château Lafitte, Philippe Mengin (photo) est ainsi allé aux tribunaux, puis en cours d'appel pour aboutir à la cour de cassation de Paris en 2010. Il résume ces sept années par deux décisions de justice : « la marque château Lafitte est validée et le château Lafite-Rothschild a perdu le droit de sa marque Lafite ». Les juges ont en effet estimé que Lafite-Rothschild n'exploitait pas la marque abrégée Lafite, ne vendant pas de bouteilles sous cette marque et ne pouvant donc la déposer (malgré son utilisation courante par la presse et les consommateurs, ainsi que le site officiel de la baronnie).

Pour Philippe Mengin cette décision devait mettre un terme aux procédures, démontrant que ses vins « ne jouent sur aucune ambiguïté avec Lafite-Rothschild : ils n'ont pas la même typicité, ni la même présentation, ni le même prix de vente ! » Ayant continué à développer ses vins à l'export (95 % de ses volumes en vente directe), il a logiquement suivi les recommandations des flashs du Conseil Interprofessionnel des Vins de Bordeaux et a décidé de déposer sa marque auprès des autorités chinoises. Après quasiment trois ans de démarches administratives, la légitimité de sa marque a été acceptée par l'office des marques chinois, ouvrant une période de trois mois durant laquelle un tiers peut faire opposition. Ce qu'a fait le château Lafite-Rothschild, remettant le couvert judiciaire en Chine en demandant que la marque château Lafitte ne puisse être déposée. Jusqu'alors discret sur cette affaire, Philippe Mengin est exaspéré par cette « dernière goutte » qui relance le combat entre le pot de fer et le pot de terre. « Château Lafite Rothschild ne vend pourtant pas pas plus de vin en Chine sous la marque Lafite qu'en France » ajoute-t-il en tant que « seul légitime propriétaire de la marque Lafitte, tout court ! » Portant aujourd'hui l'affaire sur la place publique, il réclame « le droit de travailler en paix », ajoutant que sa « défense lui a déjà coûté cher » et qu'il est désormais « reparti pour je ne sais combien de temps : un an, deux ans, trois ans... »

 

 

* : quelque soit son orthographe, le terme lafitte vient du patois girondin et signifie « petite colline ».

 

 

[Photo de Philippe Mengin : château Lafitte]

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VOS RÉACTIONS
craoux Le 18 février 2014 à 10:17:42
"(Une AOC ) .. ne sert à définir qu'une provenance et non une qualité ... en principe. Mais le concept "AOC" repose sur une perception très-trop ambiguë - voire entretenue sournoisement (communication) - du consommateur. Je rappelle que, en son temps (milieu années 90), Alain BERGER (alors Directeur de l'INAO) avait rappelé cette vérité ... ce qui lui valut d'être très rapidement écarté de son poste.
Francois Le 14 février 2014 à 15:43:29
Craoux, je suis bien d'accord avec vous sur la notion d'AOC ! celle-ci, comme son nom l'indique, ne sert à définir qu'une provenance et non une qualité ... mais malheureusement, comme souvent, on se retranche derrière le "ce n'est pas je que je voulais dire" ou le "vous m'avez mal compris". La notion AOC est sensée définir une notion qui n'est pas dans sa dénomination. (je ne sais pas si je suis bien clair). Encore faut-il également être capable de reconnaître une AOC ... car sincèrement entre un haut-médoc et un médoc, entre un montagne et un puiseguin st-emilion, vous y arrivez, vous, à faire la distinction ? Quant à la notion de terroir .... Enfin, on s'éloigne du sujet, mais dieu que le monde du vin est complexe, dans sa législation, dans ses identités, dans ses paradoxes, ... il ne faut malheureusement pas s'étonner de voir et de constater une consommation en recul d'années en années car le consommateur ne semble pas la préoccupation première de l'ensemble des opérateurs de la filière.
Pierre Le 14 février 2014 à 11:45:30
Je me permets une intrusion dans votre débat, prenez l'annuaire et regardez le nombre de M Lafite, M Laffitte M Lafitte Laffite dans chaque ville de France. Pour mémoire voici l'historique du nom de Maisons-Laffitte Le nom de « Maisons » vient du latin, mansio, demeure. Jusqu'en 1882, date à laquelle « Laffitte » a été ajouté officiellement après l'urbanisation du parc du château par le banquier Jacques Laffitte (1767-1844), le village s'appelait « Maisons-sur-Seine ». Doit on interdire le nom des communes, faire changer le nom de gens au nom de la conservation des terroirs, de l'identité et du savoir faire. Lafite, Laffitte .. est nom connu et très utilisé dans la langue française, c'est un fait.
craoux Le 13 février 2014 à 18:31:07
François, si vous êtes convaincu de ce que dites, je m'incline. Mais à titre personnel, je trouve que "richesse des terroirs", "savoir faire", "identité forte" sont des vocables bien galvaudés ... Est-ce que toutes les délimitations AOC s'imposaient ? Pas sûr. J'en resterai là car le fonctionnement de l'INAO reste pour moi un vrai mystère.
Francois Le 13 février 2014 à 09:22:34
Allons-y encore le fameux "réservée aux riches" ... Heureusement qu'on en a encore des riches et pas que de façon financière : Richesse d'un terroir, d'un savoir faire, d'une identité forte et valorisante pour nous tous, .... La richesse d'un secteur profite à beaucoup de façon directe et indirecte et nous devons cultiver et protéger cette richesse. Malheureusement, vous semblez faire partie de ceux qui ont pour ambition - ce mot n'est pas un gros mot - de ne pas être dernier alors que nous devrions tous être tirés vers le haut. Le monde du vin, ses professionnels et ses amateurs éclairés - qui savent et connaissent tout - et plein de paradoxe dont la liste serait trop longue à dérouler ici. PROTEGEONS et VALORISONS ce que l'on fait bien !!!
craoux Le 12 février 2014 à 22:41:10
Je veux bien reconnaître mon erreur cher(e ?) "stop sottise" .. erreur qui, sur le fond, ne change rien à mon appréciation quant à l'imbécillité de la procédure engagée à l'époque. En revanche, je ne pige pas le pourquoi de "à faire le main" au cas particulier ... La langue française est trop subtile !
stop sottise Le 11 février 2014 à 18:28:06
@ craoux Il faut surtout se rappeler que Champagne était d' YSL et non de Dior... A faire le malin, autant le faire correctement.
craoux Le 11 février 2014 à 15:58:49
Cher "François", je crois bien que les professionnels se chargent eux-mêmes de la "saborder" cette fameuse excellence française (j'ajouterais, réservée aux riches) ! ... Faut-il rappeler que les Champenois avaient en leur temps fait un caca nerveux sur l'usage de la mention "méthode champenoise" ! Or, comment pouvait-on confondre un effervescent de la Loire, de Limoux ou d'Alsace avec leur production surcotée ? .. Faut-il rappeler que Dior s'était fait intenter un procès par ces mêmes champenois opposés au nom du parfum "Champagne" ! ... L'excellence française peut se battre avec d'autres armes, non ?
Francois Le 11 février 2014 à 09:37:05
Vous avez raison !! Nous avons la chance d'avoir en France des grands vins, des très grands vins qui portent haut les couleurs de l'excellence Française et de l'image positive et valorisante que cela génère, alors : SABORDONS LA !!!!
Vialard Antoine Le 10 février 2014 à 15:47:58
Médocain, et de surcroît Pauillacais, je comprends mal cet acharnement que quelques grands crus manifestent à vouloir faire disparaître des marques souvent plus anciennes que celles qu'ils revendiquent. S'ils croient sérieusement que Lafitte 1ère côte de Bordeaux peut être confondu avec Lafite Rothschild appellation Pauillac, c'est qu'ils ne sont peut-être pas très sûrs qu'une dégustation à l'aveugle confirmerait le fait que ces deux étiquettes très différentes recouvrent des vins très différents, sinon par leur prix d'achat. De simples amateurs, même moyennement éclairés, ne peuvent absolument pas se tromper. D'ailleurs ceux-ci n'achètent plus, depuis belle lurette, le Lafite-Rotschild !
tony chen Le 10 février 2014 à 05:14:30
propriété familiale depuis le 17ième Siècle à Saint Germain de Graves. Il doit dépenser énormément de temps et d'argent pour défendre son droit multiséculaire face aux arrogants parvenus qui ont acheté le Château portant le même nom 30 km plus au nord.
Vigneron de base Le 08 février 2014 à 10:49:08
Les grands crus classés devraient être la locomotive de Bordeaux. Au lieu de cela, ils méprisent les sans grades. S'ils avaient le pouvoir de faire disparaître les vins de Bordeaux coeur de gamme, je crois qu'ils ne s'en priveraient pas. Un de mes confrères est à la tête de Domaine de Cheval Blanc, propriété familiale depuis le 17ième Siècle à Saint Germain de Graves. Il doit dépenser énormément de temps et d'argent pour défendre son droit multiséculaire face aux arrogants parvenus qui ont acheté le Château portant le même nom 30 km plus au nord. Sa situation juridique reste incertaine.
Franz Le 07 février 2014 à 12:03:45
Ces messieurs les hommes d'affaires ont sans doute oublié que le vin est avant tout un moyen de se rassembler et de passer un agréable moment entre amis ou en famille. Certainement pas une raison d'engorger un peu plus la justice par affairisme... Alors c'est dit, je ne boirai plus de Lafite-Rothschild ! ...comment ? ma femme me glisse dans l'oreillette que de toute façon nous n'en buvions pas ! Courage ! Franz
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