LE FIL

Pesticides dans les vins

L’enquête de Que Choisir est critiquable, estime Marc Dubernet

Mercredi 25 septembre 2013 par Michèle Trévoux

Pesticides dans les vins : L’enquête de Que Choisir est critiquable, estime Marc Dubernet

Ce mardi, le magazine Que choisir ? publie une nouvelle enquête sur les résidus de pesticides dans le vin. 92 vins de différentes régions viticoles françaises ont été analysés. Ils ont été choisis au hasard sur des rayons de supermarchés. Les analyses montrent que tous contiennent des pesticides, certains à l’état de trace d’autres en quantité plus significative. 33 molécules ont été détectées sur les 165 recherchées, mais les teneurs sont infinitésimales et toujours inférieures aux LMR (Limite Maximale de résidus) rétablies par l’Agence Européenne de Sécurité des Aliments ( AESA) pour les raisins de cuve. Il n’existe pas à ce jour de LMR pour les vins, ce que déplorent nombre de professionnels. Les journalistes de Que Choisir ont également comparé ces teneurs à celles admises pour l’eau du robinet, mettant en avant un gap énorme entre la norme de 0,5 microgramme définie pour l’eau potable et les teneurs détectées dans les vins.

« La présentation de ces résultats n’a pas de sens », réagit Marc Dubernet, docteur en chimie et œnologie, expert auprès des tribunaux et fondateur avec son père du laboratoire d’œnologie éponyme à Narbonne. L’œnologue narbonnais contre-argumente sur quatre points :

« Les tableaux présentent les teneurs en résidus totales de chaque vin. C’est une aberration scientifique. Chaque molécule a une LMR spécifique qui tient compte de sa dangerosité sur la santé humaine. Il y a des molécules qui, même à forte dose sont sans danger alors que d’autres peuvent être nocives à très faible teneur La somme des teneurs de molécules ayant différentes LMR ne rime à rien. Ce qui est important, c’est de connaître les doses de chaque molécule détectée en comparaison avec leurs LMR respectives.

La comparaison avec les doses admises pour l’eau du robinet n’a pas de sens. L’eau n’est pas en contact avec les produits de traitement, il est évident que les teneurs en résidus y sont plus faibles. Pour tout produit issu d’un végétal traité, il faut s’attendre à trouver des résidus. Et cela ne concerne pas que le vin. La seule question à se poser est de savoir si ces résidus sont dangereux aux doses où on les trouve.

Certes nous n’avons pas de LMR pour le vin et c’est regrettable. Je ne désespère pas qu’un jour, à l’OIV, on arrive à un consensus sur la question. Pour l’heure, nous avons des LMR pour les raisins de cuve. Chaque produit phytosanitaire avant sa mise en marché fait l’objet d’études, qui tiennent compte de l’impact du produit sur l’homme, les animaux et même les levures. C’est sur la base de ces travaux que sont établies les LMR. Or les teneurs de résidus trouvées dans les vins sont très largement en-dessous de ces seuils. Dans les vins de la région que nous analysons tous les jours, nous n’avons jamais trouvé de teneur en résidu supérieure à la LMR du raisin de cuve. 99% des vins analysés ont des teneurs inférieurs à 10% de la LMR. Il est exceptionnel de trouver des teneurs qui atteignent 20% de la LMR. Ne pas tenir compte de ces éléments, c’est balayer le travail fait par les autorités en matière de santé et d’hygiène pour justement encadrer les pratiques.

Il y a eu d’énormes efforts réalisés au vignoble pour mieux maîtriser les traitements. Les viticulteurs sont de plus en plus attentifs à ces questions, leur souci étant d’utiliser la bonne dose au bon moment. Il y a 30 ans, on trouvait des résidus en quantité plus significative. Mais cette diminution des doses est gommée par l’amélioration de nos capacités d’analyse, qui permettent de détecter des molécules à très faibles doses. On trouve donc plus de molécules, mais à des doses plus faibles ».

 

 

[Illustration : Pesticides en bouteilles, UFC Que Choisir n°158 d'octobre 2013]

RÉAGISSEZ A L'ARTICLE

Recopier le code :
Processing
VOS RÉACTIONS
Janox Le 04 avril 2015 à 13:17:16
Clem_30 dit "Que l'on continue comme ça avec ses études et vous ne verrez plus de vignes en France". Comme si les égyptiens, les grecs ou les romains de l'antiquité avaient attendu Monsanto, Syngenta ou Bayer pour produire leur vin. La vigne et les autres productions agricoles peuvent très bien se passer de ces géants de l'agrobussiness - l'agriculture bio le prouve tous les jours -, le contraire n'est pas vrai ce qui explique la désinformation permanente et le lobbying intense de ces groupes. Monsanto n'a t-il pas perdu ses procès sur la soi disant biodégradabilité de son produit phare "Roundup" et l'OMS ne vient-elle pas de classer le glyphosate dans la catégorie des cancérogènes probables ? Quand je vois l'herbe jaunie par ce traitement au pieds des vignes , je me demande toujours qu'elle dose se retrouvera dans mon verre de vin. Il y a un autre scandale sanitaire qui est étouffé en France, c'est la surmortalité des agriculteurs intoxiqués par l'utilisation de ces produits depuis des décennies. N'oublions pas qu'ils en sont les premières victimes mais chut...
Gilles Le 31 mars 2015 à 18:00:12
Conclusion : le vin rouge est en théorie bon pour la santé, mais il est en réalité tellement bourré de pesticides qu'il est plus nocif que bénéfique ! Consommer Bio. D'ailleurs avant que les produits phyto existent, le vin se produisait très bien.
etienne Le 19 octobre 2013 à 14:16:21
Intéressant de voir que l'auteur décrit une LMR décidée en fonction de ce que l'industrie peut produire sans perdre d'argent et non pas en fonction de ce que la santé peut supporter. ça en dit long sur la manière dont ces normes ont été décidées. Il ignore de plus sciemment les études scientifiques de ces dernières années sur l'effet cocktail des molécules entre elles. La viticulture, c'est 80 % de la pollution aux pesticides en France. L'année dernière il y a eu tellement de traitements que l'eau a été interdite de consommation sur certains villages des hautes côtes en bourgogne. Quant aux vignerons qui se cachent derrière le "on souffre suffisamment comme ça", ce sont en général des nuls qui critiquent les bios et vendent du mauvais vin aux supermarchés. Ils sont appelés à disparaître.
Marylasse Le 14 octobre 2013 à 12:52:22
LMR en UE et en France des fruits et légumes : http://ec.europa.eu/sanco_pesticides/public/index.cfm?event=commodity.selection Causes de cancer (brochure de l'INC, notamment p36 & 46) : http://lesdonnees.e-cancer.fr/images/stories/PDF/brochure_pnns_nutrition160209.pdf
Clem_30_ Le 11 octobre 2013 à 22:15:10
Je suis un jeune viticulteur de 24 ans. Il faut arréter de nous taper sur les doigt, on fait des efforts pour diminuer notre consommation de produits phytos mais la vigne si on ne la traite pas, on n'a pas de récolte. Que l'on continue comme ça avec ses études et vous ne verrez plus de vignes en france. C'est normal qu'il y est des résidus vu qu'on utilise ces produits mais des produit toxiques vous en consommer de partout sans vous en apercevoir et à des doses beaucoup plus importante que dans le vin ( fumée d'échappement, alimentation,... )
NicoleS Le 04 octobre 2013 à 12:42:26
Bien que la chimie ait participé à l'évolution de la culture de la vigne et à la vinification, et bien que les viticulteurs aient diminué fortement les doses depuis cinquante ans, il n'en demeure pas moins que ce n'est pas suffisant comme le souligne "UFC que Choisir". Certains viticulteurs l'ont compris et ont courageusement décidé de s'en passer au maximum et à leurs risques pour respecter notre santé. Dans sa réponse, Monsieur Dubernet confirme : 1- qu'il faut s'attendre à trouver des résidus chimiques dans le vin quine sont pas contrôlés. 2- qu'il regrette qu'il n'y ait pas de LMR (Limite Maximale de résidus) pour le vin en France. C'est l'avertissement qu' "UFC que Choisir" fait aux consommateurs de vin non avertis, dont je suis, et qui ne connaissent pas les conditions dans lesquelles le vin est fait et commercialisé. Il s'agit de défendre notre santé. D'autres pays ont déjà une LMR, pourquoi pas en France si ce n'est dans l'intérêt de certains lobby(ies) ? D'autre part, si "99% des vins analysés ont des teneurs inférieurs à 10% de la LMR du raisin de cuve", est-ce que toutes les cuves commercialisées par les viticulteurs sont testées ?
Robert G. Le 29 septembre 2013 à 16:29:37
LeGuideC a raison de souligner la médiocrité homogène de Mouton Cadet, à la vigne comme au verre! Ce vin de marques (Rothschild+Bordeaux) pourra-t-il s'en relever?
jules TOURMEAU Le 28 septembre 2013 à 09:05:32
Bonjour, Je suis co président de l'association de consommateurs CRVF (crvf.com) et nous travaillons sur la viticulture "propre" depuis 2000. J'apporte seulement une information à ceux qui critiquent l'AGRICULTURE RAISONNÉE que je ne considère pas comme une panacée, mais qui permet cependant une nette amélioration des pratiques en permettant aux vignerons de vivre de leur production. L'an dernier, nous avons fait un petit test "analyses de résidus" sur 6 vins: 3 de "domaines certifiés", 3 de mélange "domaines certifiés et autres". Voici les résultats:- - 1) vin blanc AOC 2011 (Domaine qualifié A.R.), aucun résidu / 62 molécules recherchées - 2) vin blanc AOC 2011 (Domaine qualifié A.R.), aucun résidu / 62 molécules recherchées - 3) vin blanc AOC 2010 (cuvée issue de plusieurs domaines qualifiés ou non A.R.), 2 molécules identifiées / 62 molécules recherchées : o Boscalid, anti mildiou/anti botrytis, traces à 0 % ; limite maxi 5mg/kg de raisin. o Dimetomorphe, anti mildiou, traces à 0 % ; limite maxi 3 mg/kg de raisin. - 4) vin rouge AOC 2011 (Domaine qualifié A.R.), aucun résidu / 62 molécules recherchées - 5) vin rouge AOC 2011 (cuvée issue de plusieurs domaines qualifiés ou non A.R.), 1 molécule identifiée / 62 : o Dimetomorphe, anti mildiou, traces à 0 % ; limite maxi 3 mg/kg de raisin. - 6) vin rouge AOC 2011 (cuvée issue de plusieurs domaines qualifiés ou non A.R.), 1 molécule identifiée / 62 : o Fenhexamid, anti botrytis, traces à 0 % ; limite maxi 5 mg/kg de raisin. Bien sûr, nous ne pouvons pas et ne voulons pas crier COCORICO à partir de ce petit test. Mais il est encourageant et surtout, il permet d'avancer car nous connaissons l'origine et profiterons de ces résultats pour améliorer la qualité des produits et des traitements utilisés.
montaz Le 27 septembre 2013 à 20:25:54
M Dubernet, est un oenologue éminent, reconnu sur la place. Sa compétence technique est au dessus de tout soupçon, tout le monde en conviendra. Mais il y a aussi ses intérêts, qui font partie d'un système bien rôdé, ou la viticulture sans intrants n'a pas sa place. Certes, il y a aussi des intrants en Bio -qui présentenent les niveaux de résidus les plus faibles- mais comme par hasard, ce sont pas les mêmes. Dans les vignobles même les plus prestigieux, de nombreux vignerons se posent la question du Bio. Non par conviciton, opportunisme financier ni idéologie. Seulement parce qu'ils craignent pour leur santé, pour celle de leur famille ou de leurs salariés. Parce qu'ils craignent pour leur patrimoine. En effet, peut on sérieusement croire à ces faleuses LMR, dont les taux sont dictés par les industriels? Il est prouvé mintenant que ce sont les petites doses accumulées le long de la vie qui tuent les vignerons. Que penser lorsqu'on voit tel voisin cracher du sang à chaque traitement? Tel autre partir à cause d'un cancer? Tout cela, dans le plus grand silence, il ne faut pas l'ébruite bien sûr: cela ferait désordre. Alors de grâce, sans faire l'écolo de bas étage, cessons de nous voiler la face avec le masque à gaz qu'il faut désormais mettre pour les traitements. De véritables solutions techniques existent, il n'est pas nécessaire de sacrifier la santé des vignerons sur l'autel de la productivité!
Renégat Le 27 septembre 2013 à 18:17:29
Ce qui est surprenant, c'est que ce type d'information n'ait pas été mis sur la place publique bien avant. La Profession dispose depuis plus de 20 ans d'un outil propre de dosage des pesticides, à travers un labo de l'institut technique. Si on parle de pratiques frauduleuses à grande échelle (produits interdits), il n'y a donc eu aucune alerte ?
LeGuideC Le 27 septembre 2013 à 15:02:16
En ce qui concerne les identifications des vins, elles sont clairement émises dans l'article, la palme revenant à l'universellement médiocre "Mouton Cadet", tandis que les vins Bios présentent un taux nul à très faible par rapport aux autres, généralement issus d'une production que l'on peut qualifier d'industrielle. Pour ce qui est de la crédibilité des "autorités en matière de santé et d'hygiène", il suffit de se remémorer l'exemple hautement démonstratif du Médiator, pour lequel le niveau de collusion institutionnalisé entre études scientifiques et laboratoire pharmaceutique commanditaire officiel ou par financement sous-jacent interposé démontre l'impartialité permanente destinée à servir les intérêts financiers des producteurs. Ceci n'enlève rien aux remarques pertinentes émises mais qui en situent en même temps les limites : à qui profite donc le fait de ne pas disposer de normes clairement établies en LMR pour le vin ? Tant que l'on investira pas massivement dans un instrument de contrôle indépendant, dans la filière viticole, agro-alimentaire, industrielle, commerciale, financière et autre, le pouvoir de l'argent prendra toujours le dessus.
Didier Ridoux Le 27 septembre 2013 à 14:16:07
L'échantillon de "Que choisir" fait ressortir que près de 20% des vins sont issus de raisins cultivés avec des produits interdits. Il s'agit donc là de fraude généralisée et de concurrence déloyale pour les vignerons n'utilisant ces pesticides épandus de manière hors la loi. Les syndicats de crus concernés ne devraient-il pas porter plainte et faire saisir les lots de ces vins frauduleux et portent atteinte aux intérêts de l'ensemble de la profession? Notons que les pratiques Bio se démarquent du lot malgré des traces liées à un voisinage, qui ne respecte pas là encore, la réglementation sur les conditions d'épandage des pesticides.
craoux Le 25 septembre 2013 à 12:44:55
C'est le droit de M. Dubernet de réagir mais il serait quand même étonnant que "Que Choisir" n'ait pas bordé son affaire voire que l'expertise scientifique des personnes qui auront collaboré à l'article en cause soit à ce point irrecevable. Quant au couplet sur les énormes efforts (!) du monde viticole ... les prescripteurs de produits phytos voire les coopé d'appro .. ils n'ont pas été rayés de la carte me semble-t-il. Ah, j'oubliais, on a inventé le super concept de "l'agriculture raisonnée" ... qui permet de communiquer sur le recours "intelligent" aux intrants phytos alors que des pesticides iront dans la nature de toute façon ?
LEmmo Le 25 septembre 2013 à 12:11:35
article interessant mais inutile si pas dénomination vins.
Voir toutes les réactions
© Vitisphere 2020 - Tout droit réservé