LE FIL

Méthode complémentaire et confusion sexuelle en vigne

Une volonté politique ?

Mercredi 06 janvier 2010 par Vitisphere

Au moment d’une demande drastique de réduction de l'utilisation des pesticides, les vignerons s'interrogent sur les pistes pour limiter le recours aux insecticides. Dans ce domaine, un acteur important de la lutte conventionnelle a affirmé son leadership sur une méthode de lutte intégrée alternative, il s'agit de BASF, qui a développé la lutte par confusion, ou désorientation sexuelle. Recherchée pour son faible impact sur la santé du vigneron, celle de la plante et de son milieu, elle est compatible avec la conduite du vignoble en agriculture biologique.
L’idée est simple : imiter la nature pour protéger la vigne contre les ravageurs qui l’attaquent. En effet, il s’agit de brouiller le comportement sexuel des papillons (tordeuses de la grappe), en leur envoyant des messages trompeurs et spécifiques. Ainsi, on diffuse dans l’environnement des copies des phéromones émises par les femelles pour attirer les mâles et provoquer leur rencontre. Submergés par trop d’indicateurs, les mâles ne trouvent pas les femelles. Cette reproduction troublée engendre moins d’œufs, donc moins de larves nuisibles. Et à terme, la population de ravageurs se réduit.
Lancés en France en 1996, les Raks sont efficaces contre les tordeuses de la grappe : cochylis (Rak 1) et eudémis( RAk 2) ou Rak 1 + 2 quand la population de papillons est composée des 2 espèces. L’expérience démontre que la méthode offre une efficacité comparable à celle obtenue avec des insecticides traditionnels, sauf en cas de pression parasitaire particulièrement lourde (où un complément insecticide classique peut s’avérer utile). Outre son innocuité sur la santé humaine et sur celle des plantes, la méthode de confusion sexuelle préserve aussi les insectes auxiliaires et n’apporte pas de rupture brutale dans le milieu qui favoriserait le développement de parasites secondaires.

Cependant, même si la méthode fonctionne bien, il existe quelques freins qui ont limité son développement en France. Pour être efficace, la confusion sexuelle doit couvrir une surface suffisante : inutile de brouiller la piste des femelles sur un hectare si les mâles peuvent reprendre leur trace un peu plus loin. Il faut donc travailler sur un minimum de 5 hectares avec la mise en place de 500 diffuseurs par hectare pour obtenir une protection efficace. Et donc, dans les vignobles morcelés, la confusion sexuelle ne peut passer que par un projet collectif de protection couvrant l’ensemble des parcelles. Cela nécessite coordination et synchronisation des opérations pour un groupe de viticulteurs… et une volonté de réussir ensemble.

Dans une interview sur Vitisphere, Jean-Marc Petat a présenté un autre frein à la progression de la confusion sexuelle, et la solution trouvée par le gouvernement allemand. Il est question de coût, car la confusion sexuelle coûte en moyenne plus cher (150 à 240 € /ha selon les types de Rak) que la lutte conventionnelle au moyen d’insecticides, qui coûte en moyenne plus ou moins 140 €/ha (pour 3 traitements insecticides, passages inclus). La différence de coût peut être compensée par une meilleure valorisation du produit fini, mais aussi par la mise en place de subventions locales, nationales et/ou européennes montrant une réelle volonté de développement d’une agriculture respectueuse de l’environnement. Comme c’est le cas dans le vignoble allemand (protégé à 60 % par confusion sexuelle) alors qu’en France, seuls 2% du vignoble sont aujourd’hui protégés par confusion sexuelle.

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