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Grèce

Un automne difficile pour le vin, entre incendies, orages et méventes à l'export

Mercredi 23 septembre 2009 par Vitisphere

Dans la vallée de Némée qui donna son nom au lion que terrassa Héraklès, l'inquiétude des vignerons grandit au contact d'un tout autre monstre : le dérèglement climatique. Si la chaleur sèche a déclenché des incendies comme en 2008, mais dans une moindre mesure, les vendanges sont cette année perturbées par des pluies torrentielles. Elles sont survenues au cours des dernières semaines et ont entraîné l'apparition de pourriture sur les grappes.  "La récolte sera sans doute peu abondante et ne favorisera pas les exportations qui piétinent malgré une grande amélioration des vins grecs depuis plusieurs années", précise Nikos Manessis, un expert des vins grecs, auteur d'un Guide des vins grecs et qui enseigne à l'Ecole du vin de Changins (Suisse) et à l'Université du vin de Suze-La-Rousse (France).

Si la Grèce fait partie des 20 plus grands pays producteurs de vins, elle ne met sur le marché que 3,5 millions d'hectolitres par an et n'en exporte qu'environ 10%. La Grèce avait espérer profiter des jeux Olympiques de 2004 à Athènes pour lancer ses vins à la conquête du monde. Mais l'exportation des vins grecs reste une question de diaspora : "Nous n'exportons pas, nous transportons, car nos vins sont toujours vendus essentiellement aux Grecs installés à l'étranger" explique Yannis Paraskevopoulos, un producteur de la vallée de Némée formé à l'université de Bordeaux (France) et qui enseigne l'oenologie à Athènes et Salonique (Nord). "Il n'existe toujours pas de stratégie nationale pour exporter, les producteurs travaillent chacun de leur côté, les techniques de promotion sont inexistantes", ajoute-t-il.
Dommage, explique Nikos Manessis, car les vins grecs ont atteint aujourd'hui "une grande qualité reconnue par les experts et ils sont présentés lors des plus importantes dégustations internationales. L'époque où les seuls vins grecs connus étaient les Résinés, des vins mélangés à la résine de pins, est révolue. [Mais] la Grèce n'a pas de bureau de promotion des vins digne de ce nom, capable de s'adresser aux sommeliers du monde entier et ce n'est que cette année que pour la première fois les producteurs de tout le pays se sont unis pour faire appel à une agence de relations publiques chargée de définir une image de marque pour leurs produits".

La Grèce dispose, entre autres atour, d'une richesse ampélographique de quelques 300 cépages cultivés dans le pays. Parmi ces derniers, certains sont prometteurs du point de vue de la résistance à la sécheresse et aux évolutions climatiques. Selon Konstantinos Bakasietas, agronome formé à Bordeaux et fondateur de la première "pépinière de vigne" de Grèce, "Pour améliorer leurs vins, les producteurs ont commencé par l'étape finale en investissant dans du matériel de vinification innovant et en recrutant des oenologues formé à l'étranger, mais ils ont quelque peu négligé la source, la vigne elle-même" et il reste donc de bonnes marges d'amélioration de ce côté. "Aujourd'hui, nous produisons des vignes résistantes aux maladies, capables de subir les modifications climatiques, mais il faudra environ dix ans pour renouveler le vignoble grec".

Du haut de sa civilisation millénaire, la Grèce a peut-être tout le temps devant elle. Ou peut-être pas : "La Grèce à de nombreux atouts, ses cépages sont enviés et de nombreux pays nous sollicitent pour leur fournir des plants. Le Chili et d'autres pays d'Amérique latine qui disposent de vastes espaces qu'ils souhaitent consacrer à la viticulture sont très demandeurs des cépages grecs", poursuit M. Bakasietas,"Il serait dommage que les viticulteurs grecs laissent le vin grec devenir une spécialité d'Amérique latine".

[ Source : Romandie.ch ]

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