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Espagne

Les vignerons espagnols craignent un "véritable désastre" en 2009

Mercredi 13 mai 2009 par Vitisphere


D'après Pancho Campo, fondateur de l'Académie du Vin d'Espagne et premier espagnol à avoir reçu le titre de Master of Wine, la crise va provoquer une importante restructuration du secteur du vin en Espagne, au détriment des plus petits producteurs. Il connaît 30 à 40 domaines qui sont déja en vente.

Selon Fernando Malo, analyste dans la banque d'investissement OnetoOne Capital, les entreprises du vin qui vendent en bouteille une marque forte avec des débouchés à l'export seront les plus intéressantes pour les investisseurs. Pour les autres, ce sera plus difficile. "Il y a beaucoup de panneaux 'à vendre'. L'offre ne cesse d'augmenter. Si vous vendez un nouveau projet, il sera difficile de trouver un investisseur. En fait, il est surtout probable que vous n'en trouviez pas du tout."

Les répercussions de la crise sur le secteur du vin en Espagne sont donc de nature à aggraver encore la récession qui frappe le pays, alors qu'un millions de familles espagnoles vivent des revenus du vin et que l'Espagne a relégué la France à la troisième place des exportateurs de vin l'an dernier.

L'Espagne compte quelques acteurs majeurs que lui envient la France et des domaines de haute renommée, comme la Bodega Numanthia Termes, dans la région de Toro, que le groupe LVMH a acheté à ses fondateurs, la famille Eguren, en février 2008. Mais près de 85 % des domaines espagnols emploient moins de 10 personnes et vendent leurs vins en vrac (le vrac représente la moitié des volumes produits en Espagne). En février, les prix du vrac étaient encore stables à 0,37 euros par litre. Puis, la demande de vin en vrac a chuté de presque 40 % en janvier et février comparés aux mêmes mois de l'année passée. Marchés majeurs, l'Italie et la Russie ont revu leurs importations de vin espagnol à la baisse, respectivement -75 % et -70 %.

Depuis "les cours s'effondrent un peu plus chaque jour", explique le vigneron Jose Maria Delicado, de la Bodega Madono en DO Jumilla, à notre source, Reuters. En quelques semaines, les prix du vin en vrac auraient baissé de moitié. Prochaine étape dans la contagion recessionaire : le marché du raisin. Les producteurs de raisin vendent déjà sur le seuil de rentabilité et ne peuvent consentir davantage d'effort, de l'aveu de tous les opérateurs interrogés. Mais jusqu'ici, même à bas prix, la vendange se vendait. La photo risque de ne pas être la même à l'automne 2009 : "les viticulteurs vont sentir la crise passer cette année. En 2008, ils ont vendu leur vendange mais en 2009 que feront-ils si les vignerons ne peuvent pas payer ? Si rien ne s'arrange d'ici le mois d'octobre, nous assisterons à un véritable désastre."

Pour de nombreux acteurs espagnols, la crise a exacerbé un besoin d'acteurs majeurs capables de développer de grandes marques, et devrait faciliter leur émergence par rachats, hélas dans la douleur. A terme, le marché espagnol restructuré serait plus fort contre la concurrence du Nouveau Monde, avec une meilleure articulation entre la promotion du pays et/ou des régions et celle des marques des opérateurs : "Une fois que vous avez convaincu le consommateur de boire du vin espagnol plutôt que du vin australien ou italien, il appartient aux étiquettes de défendre leur identité" résume Pancho Campo.

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