Accueil / Gens du vin / Les vraies fausses solutions du vin français

Les vraies fausses solutions du vin français

Par Vitisphere Le 06 octobre 2006
Lire plus tard
Partage tweeter facebook linkedin
Les vraies fausses solutions du vin français
U
ne fois n’est pas coutume, cette fois, je ne vous parlerai pas de terroirs, de jolis vins et de gros coups de cœur… mais de gros sous. Parce que c’est ce qui fait l’actualité du vin, en France au moins. Comme les feuilles d’automne jonchant les cours de récré, les publicités de vin reviennent en septembre gonfler les suppléments des grands magazines; autant d’excellentes raisons, pour les rédactions, de parler des vendanges et d’évoquer la qualité du millésime. Sur ce point, c’est l’unanimité : dépassant le clivage gauche-droite et même l’opposition nord-sud, comme chaque année, le millésime est bon, très bon ou exceptionnel. Seuls les jeunes rédacteurs à peine émoulus de l’école s’ingénient encore à trouver de nouveaux adjectifs ; les journalistes ayant plus de bouteille, eux, se bornent à paraphraser les communiqués émanant des syndicats viticoles. Car quoi, il ne faut ni désespérer Billancourt, ni fâcher la France profonde des besogneux de la treille. Ils font pisser la vigne ? Qu’importe, le lecteur un tant soit peu patriote éclusera. Est-ce un hasard ? A la mi-septembre, les enseignes de la grande distribution sortent leurs foires aux vins. Et pour déstocker, on n’a pas encore trouvé mieux (sauf à distiller, bien sûr). Bref, le vin est à l’honneur - au moins commercialement. Mais ce qui motive plus directement ce billet, c’est le volumineux dossier vins que publiait en septembre le magazine Capital. Le titre à lui seul m’avait alléché les neurones, à défaut des papilles: «Leurs recettes pour relancer le vin français». On y retrouvait quelques noms connus comme Joseph Landron (Muscadet bio La Louveterie), Nicolas de Lorgeril, Jean-Charles Boisset, Hervé Bizeul ou Alain Gayda (Sieur d’Arques), choisis pour illustrer «les stratégies de reconquête de la France vineuse». Et Capital d’expliquer aux néophytes les nouvelles pistes du business hexagonal. Tout n’est pas convaincant. Entre Fat Bastard et le Clos des Fées, entre les coops de l’Aude et Trévallon, il y a une marge, aussi la démonstration manque-t-elle de cohérence. Vous me direz peut-être que c’est le système qui en manque, et vous n’aurez pas tort, mais c’est une autre histoire. Je suis le premier à reconnaître les abus du système AOC: un même statut pour Petrus et pour l’entrée de gamme de la cave de Baixas, c’est un peu gênant. Et puis, c’est évident, dans AOC, il y a beaucoup trop d’appellations, trop d’origines et trop peu de contrôlé. Mais pour autant, la simplification à outrance, qui semble la voie prônée par Capital, ne me séduit pas. Ce n’est pas parce que bon nombre d' Anglo-Saxons ne comprennent rien aux appellations qu’il faut les abroger. Ce n’est pas parce qu’aux States, l’aromatisation des vins est monnaie courante, tout comme les assemblages de millésimes, faut y céder ici. Cela s’appelle jeter le bébé avec l’eau du bain. Il y a une vie, espérons-le, après les vins de cépages et les vins de marque à la Coca-Cola: ils ont leur intérêt pour former le goût des nouveaux consommateurs, mais l’on espère qu’ils pourront un jour passer à autre chose. D’accord pour saluer comme il se doit le travail du Sieur D’Arques qui vend aujourd’hui un petit tiers de sa production à Gallo sous le nom de Red Bicyclette : l’Aude a fourni les raisins, la Californie le marketing, et tout le monde a l’air content. D’accord aussi pour tirer notre chapeau à l’UCCOAR, qui fait le plaisir des buveurs français avec des bouteilles à marque distributeur, bouteilles qu’ils n’auraient peut-être pas l’idée d’acheter sans la caution des grandes enseignes, et la mise en avant forcenée dont elles bénéficient. Mais ne me demandez pas de reprendre à mon compte «l’allégement de la réglementation », censé favoriser la compétitivité des vignobles européens. On comprend le principe, bien sûr : moins de règles, plus de volume à l’hectare, des produits moins chers à produire. Sauf qu’à ce jeu-là, on ne parle plus de terroir, mais de coût à l’hecto. Et bien d’autres pays que la France, au foncier et aux salaires moins élevés, sont certainement mieux armés pour y jouer. C’est vrai, la France doit revoir sa réglementation. Mais pas nécessairement par le bas. Si l’on écartait des AOC les vins qui ne les méritent pas, on redorerait leur blason, et on éviterait une concurrence stérile, celle qui va toujours vers le moins disant qualitatif. Evidemment, c’est là une vision très « alternative », qui voit autre chose dans le vin qu’un secteur, des cuves à remplir et à vider… Votre vision, peut-être ? Hervé Lalau Secrétaire Général Fédération Internationale des Journalistes & Ecrivains du Vin (FIJEV)
Partage Twitter facebook linkedin
CONTENUS PARTENAIRES
Tous les commentaires (0)

Pas encore de commentaire à cet article.
© Vitisphere 2021 - Tout droit réservé