oup de gueule attendu du président américain sur l’invalidation de ses taxes : « je pense que la Cour a été influencée par des intérêts étrangers ». Réagissant ce 20 février au jugement de la Cour suprême des États-Unis du même jour concluant que « sur les pouvoirs économiques d'urgence internationale (International Emergency Economic Powers Act, IEEPA) n’autorise pas le président des États-Unis à imposer des tarifs douaniers », Donald Trump annonce sur son réseau Truth Social que « la décision de la Cour suprême sur les TARIFS est profondément décevante ! » Confirmant la prudence du vignoble français*, le président américain annonce que « la bonne nouvelle, c'est qu'il existe des méthodes, des pratiques, des lois et d'autres autorités, reconnues par l'ensemble de la Cour et du Congrès, qui sont encore plus fortes que les TARIFS de l'IEEPA, dont je dispose en tant que président des États-Unis d'Amérique. » Et « en réalité, j'ai été très modeste dans mes "demandes" aux autres pays et entreprises, car je ne voulais rien faire qui puisse influencer la décision rendue par la Cour » ajoute-t-il.
De quoi laisser craindre une nouvelle escalade dans la guerre douanière ouverte depuis plus d’un an, visant souvent les vins français** et touchant indubitablement leurs performances à l'export. « Cet énième rebondissement est pour beaucoup d’entreprises de vignerons indépendants une incertitude supplémentaire qui je l’espère ne se traduira pas par de l’attentisme de nos importateurs suite aux réservations ou commandes passées sur Wine Paris ! » confirme à Vitisphere Jean-Marie Fabre, le président des Vignerons Indépendants de France, qui pointe que « la décision de la cour suprême si elle contrarie le président Trump, ne dissipe pas les craintes tant les recours ou dispositifs juridiques à la disposition du président américain sont nombreuses et le revers qu’il subit risque fort de l’amener à réagir avec brutalité ! »
En l'état, « la situation demeure incertaine. La suppression des droits pris sur le fondement de l’IEEPA va donner lieu à l'activation d'autres outils du Trade Act par l'Administration Trump, comme évoqué par le Président américain en réaction à la publication de l’arrêt » analyse un communiqué de la Fédération des Exportateurs de vins et spiritueux (FEVS), qui prend donc des pincettes : « nous restons donc extrêmement prudents quant aux implications à court ou moyen terme de cette décision. Nous appelons nos pouvoirs publics à faire preuve de cette même prudence. » Pas de victoire ce soir, au contraire... « Cet épisode supplémentaire démontre combien il est difficile de prévoir l’imprévisible lorsqu’il s’agit du président Trump, et pour ma part je ferai comme St Thomas avant de m’aventurer à un pronostic sur l’issue de ce sujet qui est capital pour nos entreprises ! » abonde Jean-Marie Fabre.
« Tous ces DROITS DE DOUANE restent en vigueur, mais d'autres alternatives seront désormais utilisées pour remplacer ceux que la Cour a rejetés à tort » poursuit en effet le président américain sur TruthSocial. Qui annonce sur une autre publication qu’« à compter de ce jour, tous les droits de douane liés à la sécurité nationale, les droits de douane au titre de l'article 232 et les droits de douane existants au titre de l'article 301 restent en vigueur et pleinement applicables. Aujourd'hui, je signerai un décret imposant un DROIT DE DOUANE GLOBAL de 10 %, en vertu de l'article 122, en plus des DROITS DE DOUANE normaux déjà appliqués, et nous lançons également plusieurs enquêtes en vertu de l'article 301 et d'autres articles afin de protéger notre pays contre les pratiques commerciales déloyales. »
Outil diplomatique chéri de Donald Trump, la menace de droits additionnels punitifs inquiète le vignoble européen de nouveau embarqué dans l'inconnu d'enquêtes et d'apparentes remises en cause des accords négociés. Avant la réaction du président américain, Paolo Castelletti, le secrétaire général de l'Unione Italiana Vini (UIV) prévenait que « bien que nous approuvions le fond de la décision de la Cour, il existe un risque d'effet boomerang, avec une incertitude accrue et un gel des commandes, les opérateurs du marché attendant un cadre réglementaire plus clair de la part de l'administration américaine ».
Tenant en quelques posts sur les réseaux sociaux, la réaction de la Maison-Blanche à la décision de la Cour suprême doit désormais se concrétiser, et prendre, ou pas, en compte les accords bilatéraux passés, comme l'accord commercial de l'été 2025 avec l’Europe pour fixer un taux à 15 %. Entre les droits de douanes (de 10 puis 15 %) et la dépréciation du dollar face à l’euro (+15 %), les exportations françaises de vins et spiritueux en 2025 vers le marché américain ont chuté en un an de 9 % en volume et 21 % en valeur annonce la FEVS, soulignant que « les États-Unis demeurent néanmoins la première destination des vins et spiritueux français, avec un chiffre d’affaires représentant près du double du Royaume-Uni, leur deuxième marché ».
* : Ayant craint des « effets d'annonce », Thiebault Huber, le trésorier de la Confédération Nationale des producteurs de vins et eaux de vie de vin à Appellations d'Origine Contrôlées (CNAOC-Maison des Vignerons), pointait « qu'il existe d'autres recours à disposition de l'administration américaine pour taxer les produits européens. Nous espérons que cette décision ramènera un peu de raison outre-Atlantique et que nous pourrons récupérer nos parts de marché. »
** : Les vins français ont été menacés de surtaxes à 200 % en mars 2025 (dans le cadre du conflit sur l’acier et l’aluminium), avant d’être imposés lors du "Jour de la libération" en avril 2025 à +10 % (comme tous les biens européens) et de passer après un accord commercial avec l’Europe à 15 % (pour éviter une escalade annoncée à 30 %). Ce qui n’a pas empêché de nouvelles menaces à 200 % sur les vins et champagnes ce début d’année sur fonds de tensions géopolitiques…



