i la cour suprême des États-Unis blackboule ce 20 février les surtaxes douanières à 10 % décidées unilatéralement par le président Donald Trump le printemps 2025 lors de son "jour de la libération", la filière vin a du mal à s’emballer. Les exportateurs exportateurs sont-ils devenus peine-à-jouir ? Ils sont plutôt habitués aux revers et coups de théâtre qui ponctuent depuis des mois l’accès au marché américain… Il y a bien des optimistes, comme les plaignants évoquant des demandes rapides de remboursement des droits touchés illégalement, ou Alexander Westgarth, le PDG du fonds d’investissement WineCap : « nous nous attendons à une augmentation immédiate du commerce transfrontalier grâce à la disparition de ces coûts supplémentaires. C'est une victoire pour la transparence, une victoire pour le libre marché » s’extasie-t-il dans un communiqué. Mais le reste de la filière vin semble plus pondérée, une fois passée l’impression de bonne nouvelle et installée l’analyse des suites de ce dossier.
« La décision de la cour suprême américaine, qui juge illégaux ces droits de douane massifs, est un véritable soulagement pour nos appellations : elle ouvre enfin la voie à une reprise sereine de nos exportations vers les États-Unis qui représentent 14 % pour nos vins et 50 % pour nos spiritueux » espère ainsi le vigneron bourguignon Thiebault Huber, le trésorier de la Confédération Nationale des producteurs de vins et eaux de vie de vin à Appellations d'Origine Contrôlées (CNAOC-Maison des Vignerons). Qui pondère immédiatement : « attention toutefois aux effets d'annonce. On sait qu'il existe d'autres recours à disposition de l'administration américaine pour taxer les produits européens. Nous espérons que cette décision ramènera un peu de raison outre-Atlantique et que nous pourrons récupérer nos parts de marché. »
La prudence est encore plus exacerbée en Italie. « Il y a peu de raisons de se réjouir après la décision de la cour suprême américaine sur les droits de douane, l'incertitude persiste » résume un communiqué de l'Unione Italiana Vini (UIV). « Paradoxalement, l'industrie viticole ne peut pas se réjouir de la décision de la Cour comme d'une victoire claire » explicite dans un communiqué Lamberto Frescobaldi, le président de l'UIV, pour qui « il existe un risque plus que probable que les droits de douane soient réimposés par d'autres voies juridiques, ce qui aggraverait l'incertitude que cette décision pourrait générer dans les relations commerciales entre l'Europe et les États-Unis. »
Avec l'article 232 pour la sécurité nationale, l'article 301 pour les pratiques commerciales déloyales, ou l'article 122 de la loi sur le commerce de 1974, qui autorise une surtaxe temporaire de 15 % sur les importations, il existe en effet de nouveaux outils pour permettre à Donald Trump de remettre une pièce dans la machine des droits de douane. « Nous ne pensons pas que les tribunaux américains protégeront notre secteur des menaces tarifaires. Le président dispose d'une série d'autres outils qu'il pourrait utiliser pour imposer des droits de douane, s'il le souhaite » résumait fin août 2025 Ben Aneff, le président de l’Alliance Américain pour la Distribution de Vin (U.S. Wine Trade Alliance). Ce qui plaide pour une résolution diplomatique des tensions transatlantiques.
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Mais ce qui n’est pas gagné, alors que la suite des taxes Trump dépend des réactions du président américain sur les réseaux sociaux et en lettres capitales… « Bien que nous approuvions le fond de la décision de la Cour, il existe un risque d'effet boomerang, avec une incertitude accrue et un gel des commandes, les opérateurs du marché attendant un cadre réglementaire plus clair de la part de l'administration américaine » indique Paolo Castelletti, le secrétaire général de l'UIV.



