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Benoît Hamon ( Parti socialiste )
« Pour des outils de gestion et prévention des crises »

Crédit photo : Cédric Faimali
Quel(s) est/sont le ou les enjeux stratégiques pour la vigne et le vin français pour les cinq ans à venir ?
Il faut encourager le plan national de lutte contre le dépérissement du vignoble initié par le CNIV avec l'appui de FranceAgriMer de façon à garantir la pérennité du vignoble sur le long terme.
Dans le prolongement des actions de Stéphane Le Foll, à l'échelle européenne, il faut  défendre les spécificités du secteur viticole, et veiller à ce que l'exercice de simplification de la réglementation viticole engagé par la Commission européenne ne remette pas en cause les outils de gestion dont dispose la filière. Dans la prochaine PAC, il faut conserver un programme national viticole, qui permette de financer des mesures structurantes sur le premier pilier.
Enfin, dans le cadre des négociations commerciales internationales, en particulier avec les Etats-Unis, la défense des indications géographiques font partie des lignes rouges sur lesquelles il ne faut pas transiger.
Il faut saluer le travail mené conjointement entre les professionnels, l'INAO, FranceAgriMer et les services du ministère de l'agriculture, qui a permis la mise en place au 1er janvier 2016 du nouveau dispositif d'autorisations de plantation, avec une gouvernance rénovée. Il est important que l'ensemble de la filière soit impliquée dans la gouvernance de ces outils de régulation économique, afin que les décisions prises permettent de saisir toutes les opportunités de croissance.

Comment mener une politique de santé protégeant contre l'alcoolisme et les effets néfastes de l'alcool tout en protégeant la filière vitivinicole française ?
La lutte contre l'alcoolisme doit être une préoccupation permanente de la Puissance Publique ; nous avons tous en tête les dégâts de l'alcoolisme.  Les campagnes de prévention doivent être poursuivies, voire amplifiées.
L'essentiel est de responsabiliser le consommateur, le citoyen, face à la consommation de produits alcoolisés. Je ne suis pas convaincu par les approches prohibitionnistes en la matière, et, effectivement, je considère que l'éducation, la responsabilisation, pour lutter contre les excès sont à préférer plutôt que les interdits.
J'estime également, que les produits vitivinicoles ne doivent absolument pas être réduits à leur seule dimension "alcool" ; ils appartiennent à notre patrimoine culturel, et nous savons tous que l'apprentissage de la dégustation, la découverte de nos terroirs et de leurs produits, constituent les meilleures façons d'encourager la modération et  éviter les excès.

Faut-il défendre la spécificité du vin dans la politique européenne ?
Il faut aujourd'hui faire en sorte que la future Politique Agricole Commune soit d'abord faite pour les consommateurs européens qui doivent  accéder à des produits alimentaires sains, de qualité, en quantité, et issus d'une agriculture faisant vivre les territoires et protégeant l'environnement ; il faut redonner de la valeur à l'alimentation et faire en sorte de ré-accrocher l'agriculture à la création de valeur alimentaire.
Mais le marché seul ne pourra jamais préserver une telle agriculture : si nous voulons des paysans qui répondent à nos besoins alimentaires et qui fassent vivre les territoires ruraux, il faut mettre fin au libéralisme qui a pris le pas dans nos politiques européennes. Seuls des outils de régulation, de prévention des crises et de gestion des crises permettront de préserver notre tissu agricole européen.

Nos Indications Géographiques et nos politiques de qualité ont démontré leur rôle exceptionnel en matière de résistance aux crises agricoles et de préservation de nos territoires ruraux ; elles font partie de notre patrimoine. Toute usurpation d'indication géographique détruit l'enracinement vital de nos produits dans leur terroir en facilitant la délocalisation de l'activité agricole. Il est donc tout aussi vital de poursuivre et de développer leur protection au niveau mondial.

La gestion de la problématique environnementale passe-t-elle prioritairement par une meilleure définition des règles d'utilisation des produits phytosanitaires ou la création d'un contexte d'émulation collective au sein des groupes de viticulteurs ?
Promouvoir l'agro-écologie constitue incontestablement les meilleures réponses ; il faut cesser de considérer que la prise en compte des préoccupations environnementales constitue une contrainte. Intégrons l'environnement dans les facteurs positifs de la production agricole ; créons des synergies entre les critères environnementaux et les autres facteurs de production, optimisons les facteurs naturels de production et prenons les consommateurs à témoin : ils sauront reconnaître les démarches vertueuses en tant que consommateurs-citoyens.
En matière de vin, avez-vous une région favorite ? Etes-vous plutôt vin de copain pour la convivialité, vin d'artistes pour l'hédonisme, ou un autre vin ?
Comme de nombreux Francais, j'aime la diversité des vins et des terroirs,  et la pluralité des manières de les goûter , allant de la convivialité amicale et du partage au plaisir personnel de la dégustation, et mêlant découverte d'un petit producteur à retrouvailles émues avec une valeur sûre patrimoniale.