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Mauvais tour de Reims

Les vins de Bourgogne remportent la cour du roi Soleil

Dimanche 19 mars 2017 par Alexandre Abellan

Du banquet de Platon à la leçon de dégustation du cognac par Talleyrand, Fabrizio Bucella s’est attaché à soulevé toutes les facettes du « pourquoi boit-on ? » lors de son cours au Collège de Belgique.Du banquet de Platon à la leçon de dégustation du cognac par Talleyrand, Fabrizio Bucella s’est attaché à soulevé toutes les facettes du « pourquoi boit-on ? » lors de son cours au Collège de Belgique. - crédit photo : Lena Augurelle (Inter Wine & Dine)
À l’occasion d’une conférence au Collège de Belgique, le chroniqueur Fabrizio Bucella est revenu sur une anecdote historique rappelant que les débats sur les vins et la santé ne datent pas d’hier.

« Au XVIIIe siècle, il était recommandé de boire tel vin plutôt que tel autre. Car on le pensait meilleur pour la santé. Sur le principe, cela n'est pas fort loin de certaines études actuelles pour prévenir les maladies cardio-vasculaires » introduit le docteur en sciences Fabrizio Bucella. Lors de son cours au Palais des Académies de Bruxelles, ce 4 mars, il revient sur une controverse médicale qui fait relativiser les débats actuels sur le resvératrol et autres polyphénols : la querelle des vins à la cour versaillaise de Louis XIV, qui a duré de 1650 à 1730.

Le débat a opposé les docteurs en médecine de la faculté de médecine de Paris, tenants de la consommation de bourgognes, et celle de Reims, partisans des champagnes (à l’époque tranquilles). Les deux parties estimant que le vin de l’autre donnait du mauvais sang aux patients (de la goutte aux aigreurs). Premier médecin du Roi-Soleil, Guy-Crescent Fagon est un partisan des vins bourguignons. Dans son journal du suivi royal, il reliait « l'acide de l'humeur mélancolique » de Louis XIV à la consommation de Champagne « qui s'aigrit très aisément, parce qu'il a plus de tartre et moins d'esprit que celui de Bourgogne ».

"La plus grande dispute médico-bachique de tous les temps"

« Mais Louis XIV s'oppose à l'ordonnance : il aime le vin de Champagne et veut continuer à en profiter » s’amuse Fabrizio Bucella. En 1694 Fagon obtient gain de cause : engageant Louis XIV « à quitter le vin de Champagne et à boire du vin vieux de Bourgogne, le roi résolut à vaincre la peine qu'il lui faisait au goûter d'essayer s'il s'y pourrait accoutumer ».

Face à ce retournement de situation, les universitaires de Reims jouent la carte de la thèse : celle de François Mimin prend la défense du Champagne en estimant que « rien ne décide plus en leur faveur que la bonne constitution des gens du pays, parmi lesquels on ne voit ni goutteux, ni valétudinaires ». Argumentaire consolidé en 1706 par une autre thèse à charge, dont l’auteur anonyme estime « qu'en Bourgogne, les habitants sont la plupart goûteux, bossus, galeux, et infectés des autres vices de la peau. Il ne faut, Monsieur, ni thèse, ni dispute, ni alambic, ni astrolabe, la palme est due sans contredit au vin de Reims. »

Devant cette surenchère, un doctorant parisien, Jean-Baptiste de Salyns, estime dans sa thèse à succès, de 1702, que « pour avoir de bon vin, il faut que le terroir ne soit ni trop sec ni trop gras, […] que le lieu ne soit point trop éloigné de la ligne équinoxiale. Toutes ces conditions se rencontrent dans le terroir de Beaune. Mais pour le vin de Reims, il n'en va pas de même… »

Fin de querelle

Si les vins de Bourgogne ont remporté la manche sur la fin de règne de Louis XIV, la Régence marque le retour à la cour des champagnes, cette fois sous leur forme effervescente. « En 1722, lors du couronnement de Louis XV, du vin de champagne mousseux est servi en flacons. En 1728, un décret royal autorise l’expédition du vin de champagne en bouteille et non plus en tonneau » précise Fabrizio Bucella. Qui conclut sur les ultimes rebonds de cette querelle, encore en 1730 sous la plume de Jean-Claude Adrien Helvetius, médecin de la reine : « il est certain que le bon vin de Champagne blanc, non mousseux, bu avec modération dans sa maturité et trempé plus ou moins d’eau, est le seul vin qui puisse être toléré et même conseillé dans plusieurs maladies ».

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