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Jeudi 29 octobre 2009 - RÉGLEMENTATION

Interview de Monique Jonis (ITAB) : « Le débat autour des sulfites est complètement disproportionné par rapport à leur impact réel sur la santé publique »

Pour qu’on ne parle plus de vins « de raisins issus de l’agriculture biologique » mais bien de vin bio, les instances européennes et les représentants agricoles des Etats-membres planchent actuellement sur la réglementation de la vinification en agriculture biologique. Monique Jonis, en charge de la question à l’ITAB, fait le point avec Vitisphere.

Sommaire

OÙ EN EST LA NÉGOCIATION EUROPÉENNE DE LA PRODUCTION DE VINS BIOLOGIQUES ?

La négociation est en cours et elle est compliquée. Il faut comprendre qu’elle implique l’Union Européenne d’un côté et les représentants de la filière vin et vin bio de l’ensemble des Etats-membres de l’autre.
Nous avons répondu cette semaine à une nouvelle proposition de la Commission. Elle devrait faire une nouvelle proposition d'ici début décembre. Les choses avancent, tout le monde fait du lobbying, les cycles de propositions et contre-propositions sont difficiles à suivre. Mais pour le moment la position de la Commission est encore trop dure pour être acceptable du côté français, notamment en ce qui concerne les sulfites.

POURQUOI LA QUESTION DES SULFITES EST-ELLE SI SENSIBLE ?

On dégagerait un consensus très vite entre les Etats-membres, s’il n’y avait pas la question des sulfites. On est là sur une question où les réponses sont tranchées entre des camps bien identifiés, avec les pays producteurs du Nord, pays à à climats froids et à vins blancs, dont de nombreux vins moelleux, pour qui l’ajout de sulfite en quantités suffisantes est incontournable. Face à eux, l’Espagne et l’Italie, dont la production est dominée par des vins rouges sous des climats plus chauds, qui ont bien moins besoin d’ajouter du souffre pour garantir la qualité de la conservation de leurs vins et qui prônent une réduction de 50 % des sulfites. Entre les deux, la France a conservé une attitude médiane, à -20 %, car nous avons des terroirs froids et chauds, des terroirs à blanc et à rouge et nous cherchons donc surtout à conserver une certaine souplesse pour l’utilisation des sulfites.

La revendication des 20 % de la France prévoit notamment une exception pour les vins spéciaux (vins liquoreux, eiswein…) qui ne représentent pas le même enjeu de santé publique car il s’en produit et se consomme des quantités minimes et ces vins ont de tels taux de sucre qu’ils ne peuvent se passer de sulfites à moins d’être consommés très vite. C'est aussi une proposition faite dans le cadre du programme ORWINE et il y a un consensus au niveau des bio européens pour qu eles vins spéciaux soient exclus des limitations de SO2.

 Nous avons examiné une première proposition de la Commission pour une réduction de 50 % (75 mg pour les vins rouges / 100 mg pour les blancs et rosés), qui reste inacceptable au niveau français. La nouvelle proposition prévoit une réduction de 75 mg pour tous les vins. C’est encore trop haut pour nous. Le consensus français s’entend sur une réduction de 20 % même si certains vignerons bio voudraient qu’on aille plus loin. Les mêmes reconnaissent que ce serait déjà une avancée significative et tout le monde s’accorde à dire que le chiffre permet de ne pas bloquer le développement de la production de vins biologiques.

Tout le monde s’accorde surtout à dire que c’est très agaçant de voir le débat sur la vinification des vins bio se résumer au taux de sulfites dans le vin. Car un vin bio c’est d’abord un vin à base de raisins bio et le fruit d’un gros travail à la vigne, ensuite, un certain nombre d'additifs et de techniques seront interdites. Dans le même temps, le débat autour des sulfites est complètement disproportionné par rapport à leur impact réel sur la santé publique .

Mais il se trouve que c’est le seul additif que les consommateurs connaissent, donc un enjeu de communication. Mais ne nous leurrons pas : le consommateur veut avant tout un bon vin, que le vin soit bio ou conventionnel, avec ou sans sulfites, c’est seulement parce qu’il est bon que le consommateur le rachète.

EN CE QUI CONCERNE LES PROCÉDÉS MÉCANIQUES ET/OU PHYSIQUES, COMME LA FLASH PASTEURISATION, QUELLE EST LA POSITION DE LA FRANCE ?

 Pour les représentants de la filière bio, la flash pasteurisation c’est un moyen simple et efficace d’avoir des vins sains sans ajouts  d’autres produits et de réduire l’utilisation de sulfites. C’est gagnant-gagnant et autorisé en bio sur les jus de fruit, le lait… Les vignerons bio qui souhaitent en faire usage auraient tort de s’en priver, d’autant qu’il n’est pas question, dans l’état actuel de la proposition, d’en faire un passage obligé. La flash pasteurisation resterait une possibilité ouverte au cas où.

QUELS SONT LES PROCHAINS RENDEZ-VOUS DU PROCESSUS DE NÉGOCIATION DE LA RÉGLEMENTATION ?

La Commission veut boucler la réglementation pour la fin de l’année.
Elle a présenté au Comité Permanent de l’Agriculture Bio une proposition le 19-20 octobre dernier. Nous nous sommes réunis le vendredi suivant, pour préciser la position de la France. De nouvelles contre-propositions seront envoyés dans les jours qui viennent. Le prochain comité de l’agriculture bio a lieu début décembre, nous verrons alors quelle proposition la Commission formulera. C’est un processus long et complexe, au cours duquel bio et non-bio font des propositions, des commentaires et du lobbying… Il y a encore du travail !
 
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