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Dans le cadre de la crise que rencontre actuellement la Viticulture Française, la segmentation et l’absence de lisibilité de notre offre reviennent comme un leitmotiv. Notre segmentation EMPILE LES DENOMINATIONS SUCCESSIVES que l’histoire a bâties sans en avoir supprimé. Loin de moi l’idée que la segmentation fait vendre mais il est certain que le consommateur a besoin de repères simples, lisibles et clairs et qu’aujourd’hui, notamment le nouveau consommateur, qu’il soit Français ou encore plus étranger, se perd dans des dénominations qui ne font plaisir qu’à ceux qui les créent. De plus, la Segmentation Réglementaire est un support INCONTOURNABLE à la construction des gammes de produits.
Le XX° siècle a construit la structure de notre pyramide au fil du temps. Sans reprendre l’histoire dans son détail (pour cela, je vous renvoie à deux sites, celui de Jean Clavel qui raconte avec talent le combat de Marcellin Albert et celui de l’Association Sève qui raconte celui de Joseph Capus), globalement, on peut situer l’année zéro à la crise viticole des années 1900/1910 aux sorties du phylloxéra.
Deux combats ont été alors menés :
- L’un pour lutter contre les vins frelatés qui s’est traduit par la Loi de 1905 créant la Répression des Fraudes avec les suites que l’on connaît.
- L’autre pour créer la notion d’origine, instituée par différentes lois de 1905 à 1935, date de la création de l’INAO, en passant par la Loi de 1911 qui crée les appellations d’origine judiciaire ainsi que la Loi de 1919 qui assimilait l’appellation à une propriété privée.
De 1919 à 1935, ce fut des combats incessants entre :
- Les tenants des appellations d’origine qui s’appelèrent plus tard SIMPLES, à savoir que l’appellation ne devait imposer comme seule contrainte que le fait d’avoir des raisins originaires de la zone de production.
- Les tenants des appellations d’origine qui s’appelèrent, à partir de 1935, CONTRÔLÉES, à savoir que l’appellation devait être la reconnaissance d’un ensemble de facteurs incluant le terroir, les cépages et le savoir-faire de l’homme.
La guerre 39/45 eut pour conséquence d’accélérer l’apparition des appellations car ces produits échappaient aux réquisitions des Allemands. Pour remettre un peu d’ordre dans tout cela, on créa, après-guerre, des sous-AOC appelées VDQS (Vin Délimité de Qualité Supérieure) dont le seul et unique but était de devenir un jour lointain des AOC.
Parallèlement, les membres de l’INAO bâtissaient, dans un joyeux désordre et au gré des envies des régions, des empilements d’appellations : régionales, sous-régionales, communales et de crus.
L’arrivée de la politique agricole commune, dans les années 1960, modifia la donne en faisant disparaître les AOS et en créant les Vins de Pays. Ces sous-VDQS, succédanés des AOC, s’imposaient des règles souvent encore plus drastiques.
Depuis 1970, aucune grande réforme de structures n’a été entreprise, mais on constate une lente inflation du nombre d’AOC avec une quasi-disparition des VDQS et l’apparition de VDP régionaux comme Oc, Jardins de la France et Portes de la Méditerranée.
Donc ce siècle d’histoire se résume en la création d’une pyramide théorique élevée sur ONZE étages qui sont (si on exclut les vins de pays tiers) :
I. Vin de Table DPCE
II. Vin de Table de France
III. Vin de Pays de Département
IV. Vin de Pays de Petite Zone
V. Vin de Pays Régionaux
VI. A.O. Vin Délimité de Qualité Supérieure
VII. Appellation d’Origine Contrôlée (parfois appelée Régionale)
VIII. AOC sous-régionale
IX. AOC communale
X. AOC de Cru ou Premier Cru
XI. AOC de Grand Cru
À ces onze étages viennent se superposer les Crus Classés qui distinguent, au sein d’une appellation, des exploitations de qualité supérieurement constante.
Celui qui pense qu’un consommateur peut se retrouver dans un tel dédale a pour le moins perdu la raison, sachant, qu’en plus, la segmentation « prix » ne suit absolument pas cette segmentation dite « qualitative » aux yeux des producteurs et que l’on trouve sur le marché des AOC à 1,5 euros TTC PVC et des VDP à 15 ou 20 euros TTC PVC.
Ce rappel historique était important car il met en lumière l’incohérence suprême atteinte par notre système où avec un seul vecteur, « la notion d’origine », il a été créé des dizaines de sous-ensemble. Il permet aussi de mesurer combien la première réforme proposée par René Renou n’était qu’un replâtrage qui risquait de renforcer la confusion. Nous aurions pu, en effet, aboutir à des aberrations comme celle d’avoir par exemple, une AOC Régionale en AOC « Excellence » et une AOC Grand Cru qui elle n’y serait pas. Qu’en serait-il de la lisibilité pour le consommateur ? Cette réforme, copiée sur l’Italie et l’Espagne, était d’ailleurs incohérente car comment expliquer qu’une Appellation d’Origine dite « Contrôlée » se doit en plus d’être « Garantie » (DOCG italien) ? Cela sous-entendrait donc que les AOC ne sont pas réellement « Contrôlées ». Par contre, je comprends tout à fait que René Renou ait adopté cette stratégie selon laquelle il était plus facile dans notre pays d’ajouter que d’enlever.
Mais doit-on baisser les bras et se résigner à ne rien remettre en cause en France et continuer à ajouter des strates ? Je ne le crois pas. Les périodes de crise ont toujours été le moteur des grandes réformes et c’est le moment ou jamais de remettre à plat notre segmentation.
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