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(13/06/2002)

Michel Rolland, oenologue

SURTITRE
Interview réalisée par Enrique Chrabolowsky parue dans le quotidien argentin Los Andes le 14/04/02. www.losandes.com.ar
Michel Rolland est un des principaux artisans des changements introduits dans la vitiviniculture. Depuis son laboratoire de Bordeaux, il a tracé un chemin que des milliers de producteurs ont suivi pour s'approcher de la qualité. Consultant des principales caves dans le monde entier, il travaille intensément en Argentine depuis dix ans.
C'est le principal initiateur du projet du Clos des Sept, important investissement de chefs d'entreprise français dans la région de Tunuyán, où se prépare l'implantation de mille hectares de vignobles et la construction de plusieurs caves de haute technologie. La première d'entre elles est déjà en fonctionnement.
Ses vins de Pomerol sont appréciés dans le monde entier. Il a collaboré à l'Encyclopédie Larousse des Vins et il est l'auteur de nombreux travaux scientifiques.

Consulter le dossier sur les Vendanges 2002 dans l'hémisphère sud

 
La récolte 2002 en Argentine est la meilleure de ces dix dernières années La récolte 2002 en Argentine est la meilleure de ces dix dernières années

La récolte 2002 en Argentine est la meilleure de ces dix dernières années

Comment jugez-vous cette récolte ?
Elle a été réellement excellente, la meilleure depuis 10 ans. Peut-être dépasse-t-elle même celle de 1994, qui fût la meilleure jusqu'à présent.
Le millésime 2002 sera sûrement synonyme de très grande qualité, pourvu que les choses aient été bien faites en cave. Il est intéressant de voir l'orientation vers la qualité et l'effort des producteurs.

Rares sont ceux qui auraient imaginé, il y a dix ans, ce que l'on commence à obtenir en amélioration des vins, grâce à la conduite du vignoble. Sur les cinq dernières campagnes, les récoltes se font plus tard dans la majorité des propriétés, malgré les risques de gel, de grêle ou de maladies.
Nous assimilons le fait que la qualité est directement liée à la maturité et au degré, et qu'elle ne s'obtient qu'avec patience.
Cependant, les caractéristiques de cette année ont fait que dans certaines zones on ramassait le malbec dès la première semaine de mars, et les blancs encore plus tôt. Globalement, c'est une année précoce, et d'ici dix jours toute la récolte sera terminée.


Quelles sont les caractéristiques particulières de cette récolte ?
Les facteurs climatiques ont permis d'obtenir ce qui est important en définitive : un bon équilibre. C'est-à-dire le meilleur équilibre possible entre degré alcoolique, maturité et acidité. Ce qui fait que 2002 sera un bon millésime.
Mais il y a d'autres facteurs à prendre en compte. Le climat ne suffit pas pour atteindre ce résultat, s'il n'est pas associé à une conduite correcte de la vigne. Ceux qui ont effeuillé pour améliorer l'ensoleillement des grappes, qui ont éclairci pour obtenir une concentration des grains, qui ont maîtrisé l'irrigation pour obtenir un stress hydrique, qui ont fait les choses avec soin depuis le début, seront récompensés cette année. Pour ceux qui n'ont pas fait ces efforts, ce sera une année comme les autres.


Comment voyez-vous le marché international pour l'Argentine après la dévaluation du peso ?
Je crois qu'il sera très bon, mais il ne faut pas se tromper : seuls les très bons vins seront acceptés. C'est-à-dire que celui qui n'a pas une grande qualité ne pourra rien vendre.
Les marchés sont chaque fois plus exigeants et connaissent à la perfection ce qui est produit dans toutes les régions. Jusqu'à présent l'Argentine était excessivement chère. Dans beaucoup de cas on a cherché des résultats rapides : l'obtention de grands profits avec très peu de bouteilles. Sur un marché très compétitif, on ne peut pas prétendre vendre facilement une bouteille à 40 dollars. Avec le marché interne restreint, tous convoitent les marchés à l'export. Ils sont accessibles, mais il faut chercher des marges raisonnables, en finir avec les coûts excessifs et gagner de la confiance. Une fois que les vins argentins se seront installés en force par leur qualité et leur identité, les meilleurs prix viendront naturellement.


Quelle sera l'incidence du coût des facteurs de production importés en valeur dollar ?
Les barriques en chêne, le liège et les autres facteurs de production valent aujourd'hui trois fois plus qu'en pesos. J'estime qu'il devra y avoir une compensation avec d'autres coûts, comme le raisin et la main d'œuvre. Mais la balance sera fondamentalement équilibrée avec le jeu du rapport des devises. C'est le moment de bien faire les comptes et de ne pas se tromper pour ne pas pâtir de cette conjoncture.


Que donnent les vendanges dans le reste du monde ?
Pour l'hémisphère nord, la récolte 2001 a été variable : très bonne en Espagne et aux Etats-Unis, et seulement bonne en France et en Italie.
Pour 2002, dans le sud, les choses sont plus variables. L'année a été moyenne et complexe
au Chili, bonne en Afrique du Sud et plutôt moyenne en Australie. Cette dernière situation peut être plus qu'intéressante pour ceux qui peuvent exporter des vins en vrac à de grands marchés occupés par les australiens. Il faut y être très attentif.


Dernièrement, après l'intégration des normes de qualité que vous incitez, on a remarqué une certaine mise à niveau des vins de haute gamme. Qu'en pensez-vous ?
Avant on "disqualifiait" un vin, en le décrivant par ses défauts ; maintenant on le "qualifie", en le décrivant par sa qualité. Il existe un nivellement vers le haut, et c'est une bonne chose. Il reste du très bon à venir pour l'Argentine.
Dans trois ou quatre ans, la différence se fera par le terroir, ce qui amènera une évolution : les vins exprimeront leur personnalité et on pourra apprécier leurs différences.
En France, par exemple, un Pétrus est totalement différent d'un autre vin fait avec des raisins qui se trouvent à 150 mètres de distance, même si tous les domaines travaillent bien. C'est la terre qui donnera la valeur.
C'est comme deux chevaux qui naissent ensemble, mais l'un est pur-sang et l'autre est commun. Au départ ils paraissent égaux et courent à la même vitesse. Au fur et à mesure qu'ils grandissent, les différences entre l'un et l'autre s'amplifient jusqu'à la limite. Chacun donne ce qu'il peut, mais malgré tous ses efforts, le cheval ordinaire ne réussira pas à rattraper le pur-sang.


Quelles sont les avancées techniques imposées actuellement aux caves argentines ?
Je crois qu'elles font un grand effort et il faut le souligner. Ce qui est imposé maintenant, bien que la grande majorité ne le mette pas encore en œuvre, c'est le double tri de la récolte. Au tri traditionnel - séparation des grappes et des impuretés - on ajoute un second tri après l'érafloir, qui consiste en un contrôle manuel de tous les grains, en écartant ceux qui ne conviennent pas. Ceci apporte une valeur ajoutée de qualité.

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