Marché mondial

Proche d’un équilibre entre l’offre et la demande ?

Vendredi 19 mai 2017 par Sharon Nagel

Les acheteurs internationaux devront-ils être encore plus souples au niveau des approvisionnements ?Les acheteurs internationaux devront-ils être encore plus souples au niveau des approvisionnements ?
Est-ce la conséquence du changement climatique, toujours est-il que les pertes de récolte enregistrées ces dernières années à travers le monde, conjuguées à une stabilisation de la consommation, ont globalement un impact positif sur les marchés en 2017.

Une grande partie de l’Europe affectée par les gelées

C’est l’heure des premiers bilans suite aux dommages causés à travers l’Europe par la vague de froid du mois d’avril. Tirant la sonnette d’alarme lors de la réunion du groupe de travail vin la semaine dernière, le Copa-Cogeca a réalisé un premier tour d’horizon pour évaluer l’ampleur des dégâts. De nombreux pays producteurs européens sont touchés. Outre la France, durement affectée on le sait, l’Italie, l’Espagne et l’Allemagne n’en sortent pas indemnes. Selon les chiffres recueillis par le Copa-Cogeca, la région italienne de Toscane a perdu plus de 20% de sa production à cause du gel, certains producteurs de Chianti, Chianti Classico et Chianti Rufina ayant accusé des pertes allant jusqu’à 90%. Mais selon l’organisme professionnel italien CIA, beaucoup de régions productrices transalpines ont été impactées par la vague de froid le mois dernier : qu’il s’agisse de la Vénétie, de la Lombardie, du Piémont, des Abruzzes ou des Marches, de nombreux vignobles sont concernés. En Espagne, presque 18 000 hectares de vignobles ont été touchés par le gel, les régions de Castille-et-Léon (plus de 7 000 ha) et de la Rioja étant les plus affectées. Néanmoins, des dégâts importants sont signalés aussi en Galice et en Navarre ainsi que dans certaines parties de l’Aragon et de la Catalogne, note le Copa-Cogeca.

 

L’ampleur totale des dégâts reste à chiffrer

Plus à l’Est, des pays producteurs comme la République tchèque et l’Autriche sont en train de comptabiliser les dommages. Dans le premier cas, c’est la Moravie du Sud, dont la superficie de vignes atteint 17 000 ha, qui devrait connaître une baisse de production de l’ordre de 15 à 20%. Le gel tardif a également provoqué des dégâts dans les régions autrichiennes de Styrie et de Burgenland, notamment. Ils y sont estimés pour l’heure à 20%, en plus des 10% en Basse-Autriche, sachant que le froid peut frapper de nouveau. De même, l’Allemagne fait état d’importants dommages dans ses régions viticoles dont le montant n’a pas encore été évalué, à plus forte raison que les professionnels allemands estiment ne pas être hors de danger pour l’instant. Enfin, dans les vignobles slovènes, croates et hongrois, l’ampleur des dégâts est importante. Selon le Copa-Cogeca, 60% de la production en Slovénie serait touchée tandis qu’en Croatie, ce sont 80 à 90% des vignobles qui sont concernés par le gel dans certaines régions. En Hongrie, les régions viticoles dans l’ouest du pays ont été affectées, à hauteur de 30-40%.

 

Raffermissement généralisé des prix

« La révision à la baisse des volumes prévus en Europe en 2017 (pas uniquement dans les trois principaux pays producteurs mais également en Allemagne et en Europe de l’Est), conjuguée à de faibles récoltes en Argentine et au Chili en 2017, sont en train de provoquer un raffermissement des prix à travers le monde », note le courtier international Ciatti dans son dernier bulletin mensuel. Avant d’ajouter : « Si l’équilibre entre l’offre et la demande n’était pas tout à fait atteint auparavant, il le sera certainement bientôt ». Au niveau mondial, les deux grandes tendances croisées que sont la baisse de la production en 2016 (-3%) et la stabilisation de la consommation depuis la crise économique de 2008, se reflètent dans les prix observés dans la quasi-totalité des grands pays producteurs. C’est le cas en Amérique du Sud, où les volumes récoltés cette année restent inférieurs à la normale. En Argentine, le prix du malbec standard atteint environ 2 USD le litre, soit environ 50 cts de plus qu’en 2016 et 1 dollar de plus que le prix moyen en 2015. La récolte est jugée très qualitative et les volumes, tout en étant supérieurs à ceux de 2016 restent bien en-deçà de la moyenne.  Toutes les catégories de produits voient leurs prix orientés à la hausse, la fourchette s’étalant de 0,55 USD le litre pour les blancs génériques à 3,50 USD pour les malbecs premium.

 

La France mieux placée que le Chili pour certaines catégories

Au Chili, où « l’ensemble des raisins récoltés en 2017 ont trouvé preneurs » selon Ciatti, un bon niveau qualitatif se conjugue à des volumes semblables à ceux de 2016 (autour de 10 Mhl). « Les vignerons ont exprimé un vif espoir qu’ils pourront poursuivre des augmentations de prix et qu’ils assisteront à une hausse de la demande, notamment suite aux gelées en Europe ». Par conséquent, le courtier note que la France est actuellement en mesure de proposer des vins de cépages bordelais en vrac à des prix inférieurs à ceux du Chili, « démontrant ainsi à quel point le marché mondial fonctionne désormais à l’envers ». Et de s’interroger : « Le marché mondial du vrac est-il en train de subir un changement radical, obligeant les acheteurs de vins en vrac à faire preuve d’une plus grande souplesse encore dans leurs approvisionnements, aussi bien dans le timing qu’au niveau de la provenance ? » Enfin, en Californie, la majorité des raisins qui seront récoltés en 2017 sont déjà sous contrat. Le marché du chardonnay, du sauvignon blanc et du pinot noir reste très porteur et la Californie devrait profiter de la baisse de la production en Amérique du Sud et en Europe.

 

Moins de vins espagnols disponibles pour le marché international ?

En Europe, les gelées ont provoqué du mouvement sur le marché du vin. En Italie, où « jusqu’à la mi-avril le marché était semblable à celui de la France et de l’Espagne, c’est-à-dire calme », il est devenu plus actif dès lors qu’on a commencé à évoquer des baisses de production dans plusieurs régions, dont la Vénétie, la Lombardie, le Piémont et la Toscane. Des catégories comme le pinot grigio et le prosecco risquent de subir des augmentations de prix, le prosecco étant déjà orienté à la hausse. En Espagne, les dommages causés par les gelées portent surtout sur le nord du pays. Ainsi, Ciatti prévoit que les vins du Sud de l’Espagne transiteront vers le nord, « réduisant ainsi les volumes de vins disponibles pour le marché international ». En dehors du moscatel, toutes les catégories de produits voient leurs prix orientés à la hausse actuellement. Selon la société de courtage, « il est encore trop tôt pour savoir si on assistera à des mouvements importants de blancs génériques depuis l’Espagne vers la France et l’Italie ».

 

L’Afrique du Sud et l’Australie surfe sur la vague

Ailleurs dans le monde, différents facteurs dont le niveau qualitatif de la récolte et une demande soutenue au niveau international permettent de maintenir des prix stables, voire de les faire progresser. Il en est ainsi en Afrique du Sud et en Australie. Dans le premier cas, où le secteur affiche une volonté claire d’améliorer son positionnement prix pour assurer la pérennité de ses entreprises, l’ensemble des catégories de produits suit une trajectoire positive actuellement. Mais vouloir n’est pas pouvoir et Ciatti note que l’Afrique du Sud bénéficie également d’un contexte international favorable : « L’équilibre mondial au niveau de l’offre et de la demande a contribué à créer une conjoncture spéculative en Afrique du Sud ». Quant à l’Australie, une demande soutenue provenant notamment de la Chine, mais pas seulement, et des stocks relativement faibles ont permis de stabiliser le prix des blancs et d’impulser une hausse de celui des rouges issus de la récolte 2016. Comme le note aussi le courtier australien Jim Moularadellis, « après plusieurs années d’absence, les grands acheteurs nationaux de vins en vrac s’intéressent davantage [aux vins australiens] depuis peu, ce qui modifie les règles du jeu pour les acheteurs internationaux ».

Globalement, le marché international semble évoluer très favorablement à l’heure actuelle, même si cette évolution se fait au prix d’importantes pertes causées par les événements climatiques. Comme le résume Ciatti, « cela fait 20 ou 30 ans que le contexte mondial n’a probablement pas atteint ce degré d’équilibre ». 

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