Gel

Trois viticulteurs témoignent

Mardi 09 mai 2017 par Juliette Cassagnes et Marion Sepeau-Ivaldi

Trois viticulteurs témoignent
Ils sont de Cognac, de l'Ardèche, de l'Aube. Ils ont tous été victimes du gel. Ils racontent ce qu'ils vivent et comment ils envisagent l'avenir.

"C'est ma première gelée depuis que je suis installé"

Cognac - Nicolas Tricoire, 40 ans, Saint-Brice (16), gère 30 ha de vignes en crus Fin bois et Petite Champagne

 

« C'est très dur, on enchaîne deux sinistres coup-sur-coup, avec la grêle l'an passé, qui a ravagé 60% du vignoble. Avec le gel cette année, cela fait beaucoup ! 15 hectares, soit la moitié de la superficie du domaine, ont été gelés entre 80 et 100%. Cela s'est produit lors des trois nuits du 26, 27 et 28 avril, lié à des températures froides, entre -2° et -4°C, cumulées à de la bruine tombée la veille au soir et le vent qui s'était arrêté de souffler. Or la vigne était en avance, de l'ordre de 15 à 20 jours par rapport à d'habitude : les feuilles étaient étalées et les inflorescences bien visibles...

C'est ma première gelée depuis que je suis installé et je ne dispose pas de moyen de lutte particulier. La dernière gelée, significative, date de 1991, qui reste malgré tout plus importante. Je suis assuré contre les aléas climatiques, dont le gel. Mais la couverture n'est pas très bonne et ne compensera pas le montant des pertes, que j'estime supérieures à la moitié de la récolte. On ne sait pas du tout comment les vignes vont pouvoir reprendre. Pour l'avenir, je vais devoir donner un sérieux coup de frein aux investissements ».

 

"La banque risque de ne pas vouloir me faire un prêt de trésorerie"

Ardèche – Anne Morati, 52 ans, domaine du Vialat, Lablachère (07), exploite en fermage 7,5 ha en IGP Ardèche

 

 

 

"Au total, 4 hectares ont gelé, pendant la nuit du 19 au 20 avril. Il a fait entre -2° et -3°C, je n'avais pas été alertée, et la vigne était en avance, de 10 à 15 jours. Les secteurs concernés sont situés dans des vallons et bas-fonds, les moins ventilés. C'est la parcelle de Gamay, de 1 ha, qui a le plus souffert. Elle a gelé à 100%. Celle de Marselan, de 1,3 ha, a aussi subi beaucoup de dégâts, gelée entre 80 et 90%. Les feuilles et les inflorescences ont brûlé ; la végétation va repartir avec les contre-bourgeons, mais la production qu'ils donneront sera insignifiante. La parcelle de Merlot enfin, de 1,5 ha, est gelée à 60%... Je pense avoir perdu environ 50% de ma récolte. Je ne dispose pas de moyen de lutte, et je ne suis pas assurée non plus.

C'est dur, c'est décourageant...C'est un mauvais coup à passer. J'ai embauché en août dernier un salarié pour m'aider car je travaille seule depuis septembre 2015, date de mon installation. J'ai repris les vignes en fermage et dû racheter les bâtiments, le matériel, le vin, que je dois rembourser. J'ai aussi dû financer la campagne 2016...2017 devait être pour moi une année où je pouvais être un peu plus tranquille : c'est cela le plus dur ! Je n'ai par ailleurs pas de patrimoine, la banque risque donc de ne pas vouloir me faire de prêt de trésorerie. C'est en 2018 que cela va être le plus compliqué, car j'aurai peu de vin. S'il m'arrive un deuxième accident de ce type, je ne pourrai pas continuer."

 

"La réserve est déjà entamée au 3/4"

Champagne – Emmanuel Rigollot, 30 ans, Bergères (10), gère 6,5 ha de vignes en Champagne

« Presque l’intégralité de l’exploitation, soit 6,5 ha, a été touchée par le gel du 18 avril au matin au 21 avril. Les températures sont descendues à moins 5°C les 19, 20 et 21 avril. Le gel a touché de manière aléatoire les vignes, certaines sont gelées jusqu’en haut des coteaux, d’autres simplement dans le bas des vallons. Les dégâts sont de l’ordre de 75 %... et sont moins intenses que l’an dernier, où l’intégralité de l’exploitation avait gelé. 
Nous ne sommes pas assurés et la réserve individuelle, qui existe en Champagne, a déjà été largement entamée pour couvrir le gel de l’an dernier. Environ les trois-quarts ont déjà été vendus. Il nous reste un quart pour servir nos clients l’année prochaine. Je pense qu’elle sera néanmoins suffisante pour maintenir le temps plein en CDI. Nous ne projetons pas d’augmenter nos prix, sauf à suivre l’inflation comme nous l’avons fait l’année dernière.
Ce qui nous serait utile se serait de pouvoir obtenir un report du paiement de l’impôt et des charges sociales l’année prochaine. Nous allons payer sur un résultat normal alors que nous aurons peu d’entrées de chiffre d’affaires, cela risque d’imputer fort la trésorerie. Par ailleurs, il était planifié que je reprenne l’exploitation de mes parents et donc que j’emprunte.
 Les taux sont actuellement bas, mais c’est un risque supplémentaire au regard de la perte de récolte ».

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SAINQUANTIN Le 09 mai 2017 à 23:29:14
Je compatis à 200% sur tout ce qui vient de se passer pour nos viticulteurs, une des premières richesses en FRANCE. Je me joins également à toute la filière qui tourne autour de cette activité qui elle aussi va subir de fort désagréments à l'avenir. À combien va se monter la facture !!! Je souhaite vraiment que l'état prenne en compte aussi la problématique que va subir toutes les entreprises qui fournissent nos amis les viticulteurs. Cela va avoir un gros impact négatif sur nos résultats. Merci de faire passer ce message pour qu'il puisse remonter jusqu'à nos instances les plus hautes. Bruno SAINQUANTIN
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