Gel de printemps

Le coup de froid menace le vignoble de Chablis

Mercredi 19 avril 2017 par Alexandre Abellan

De l’aspersion aux éoliennes en passant par les souffleries, toutes les installations de lutte contre le gel sont déployés à Chablis. A commencer par les bougies aux pieds des ceps. De l’aspersion aux éoliennes en passant par les souffleries, toutes les installations de lutte contre le gel sont déployés à Chablis. A commencer par les bougies aux pieds des ceps. - crédit photo : Archives de la Chambre d’Agriculture de l’Yonne.
Alors que les températures négatives s’installent sur les nuits de l’Yonne, les feuilles étalées présentent une proie facile. Touché l’an dernier, le vignoble est d’autant plus sur le qui-vive.

Après une première nuit entre -4 et -2 °C, « il y a déjà quelques dégâts de gel dans des fonds de vallée. Ce n’est encore rien pour la récolte à venir, mais la semaine va être dure… Il va falloir attendre vendredi pour un premier verdict » glisse le vigneron Jean-François Bordet, président de la commission Chablis du Bureau Interprofessionnel du Vin de Bourgogne. Exploitant dans le secteur gélif de Maligny, le vigneron a préparé depuis plusieurs semaines ses installations d’aspersion d’eau et double désormais les bougies au pied des vignes.

En prévision des faibles températures, les vignobles équipés ont déployé à peu près toutes les techniques possibles et imaginables de protection contre le gel. « Pour la première fois, on utilise des appareils FrostGuard, des chaudières au gaz qui projettent autour d’elle de l’air chaud » rapporte Guillaume Morvan, le responsable viticole de la Chambre d’Agriculture de l’Yonne, qui suit la mise à l’essai de deux de ces outils. Le technicien note également le succès de la solution de bioprotection PEL 101 GV (d’Elicityl). Promettant une réduction des nécroses foliaires pour une application préventive (de 12 à 48 heures avant le gel), ce produit serait en rupture de stock dans le chablisien.

"Il ne faudrait pas une deuxième petite vendange…"

À son paroxysme, cette mobilisation suit une petite récolte 2016 : en baisse de 40 % à cause du gel, de la grêle et du mildiou. Précurseur du système de Volume Complémentaire Individuel, le vignoble de Chablis a déjà sollicité l’an passé cette réserve et n’a d’autre choix que la prévention du gel. « Tout le vignoble est en branle-bas de combat, mais contre la nature, on ne peut que limiter la casse » pose avec un brin de fatalisme Jean-François Bordet. Sans être alarmiste, il résume la crainte qui fait frissonner le vignoble chablisien : « si on encaisse une deuxième petite récolte, ce serait catastrophique. Pour l’économie de nos exploitations, et la commercialisation de nos vins. »
 

 

« Sur certaines parcelles en bas de coteaux, on a déjà des bourgeons touchés jusqu’à plus de 60 %. Dans le Châtillonnais, cela peut aller jusqu’à 80 % » rapporte Guillaume Morvan.

Alerte aussi en Champagne

Le vignoble champenois est aussi en état d'alerte après une première nuit du 17 au 18 avril où les températures sont descendues jusqu'à moins deux degrès dans certains secteurs. Pour l'instant, ni la chambre d'Agriculture de la Marne, ni le Centre technique du CIVC n'ont relevé de dégâts. Mais, certains chardonnays pourraient avoir souffert. "Dans les secteurs où il a fait le plus froid, la vigne est à trois feuilles étalés et les inflorescences commencent à apparaître" constate la chambre d'Agriculture, qui décrit une situation pour l'instant calme. "Il n'y a pas trop d'affolement même si certains anticipent et mettent des bougies".

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