Sur-mesure

Martell planche sur le cépage résistant idéal pour Cognac

Jeudi 13 avril 2017 par Alexandre Abellan

« Accompagner le développement de la viticulture durable, cela se fait en plusieurs étapes. D’abord avec la mise en place à court terme d’un référentiel. Puis en fédérant l’ensemble des acteurs à moyen terme. Pour une vision d’avenir, il faut s’appuyer sur la recherche » affirme Pierre Joncourt, entouré des représentants de l’INRA, de l’IFV, du CVC, du BNIC… Et des premières plantules du programme.« Accompagner le développement de la viticulture durable, cela se fait en plusieurs étapes. D’abord avec la mise en place à court terme d’un référentiel. Puis en fédérant l’ensemble des acteurs à moyen terme. Pour une vision d’avenir, il faut s’appuyer sur la recherche » affirme Pierre Joncourt, entouré des représentants de l’INRA, de l’IFV, du CVC, du BNIC… Et des premières plantules du programme. - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
Le programme d’obtention variétale de la maison a la particularité de demander aux viticulteurs de fixer leurs caractères prioritaires. Ambitieux, le projet vise une intégration des nouvelles variétés au cahier des charges de l’eau-de-vie charentaise pour 2034.

« Notre ambition est très simple. Nous souhaitons créer de nouveaux cépages qui soient à même de répondre aux trois enjeux de la viticulture durable. Avoir des plants résistants aux maladies fongiques de surface, adaptés au changement climatique et augmenter la diversité génétique locale, afin d’obtenir des aromatiques différentes et de nouvelles eaux-de-vie » énumère Christophe Valtaud, le maître de chai des cognacs Martell. Dévoilant ce 12 avril le programme de recherche sur les cépages résistants annoncé pour son tricentenaire (mais toujours pas son budget), la maison affichait non seulement une assurance ambitieuse, mais ses partenaires de recherche. Soit l’Institut Français de la Vigne et du Vin, l’Institut National de la Recherche Agronomique, la Station Viticole de l’interprofession, le Conservatoire du Vignoble Charentais, les Chambres d’Agriculture départementales, la fondation Poupain…

« Martell ce n’est qu’un acteur de la filière, mais c’est un acteur qui peut fédérer l’ensemble de nos partenaires » se flatte Pierre Joncourt, le directeur des opérations Martell. Qui souligne que le projet Martell se place en complément des programmes du Bureau National Interprofessionnel du Cognac (avec des obtentions réalisées en 2003 et 2013). Avec la particularité de vouloir accroître la diversité du matériel végétal*, mais aussi l’originalité de mobiliser le vignoble pour fixer le cahier des charges du cépage idéal.

Portrait-robot participatif

Pour connaître les besoins d’avenir en matériel végétal des premiers concernés, les viticulteurs, Martell a mis au point un questionnaire sur la variété idéale. Après de premiers tests concluants, cette grille de notation va être lancée en mai 2017 auprès de l’ensemble de ses 1 200 viticulteurs apporteurs de la maison. L’objectif est « d’associer les vignerons, de faire émerger des critères pertinents et de prendre en compte tous les stades de la production (vignoble, récolte, chai…) » résume Bernard Pineau, le responsable des vignobles Jean Martell.
Si l’idéal est par essence inaccessible, cette enquête permettra d’avoir une grille de notation pour pondérer la pertinence de chaque obtention selon des marqueurs génétiques prioritaires. « Ce genre de recherche par idéotype n’a jamais été fait dans ce type de programme. C’est en ça que l’on apporte de l’innovation, qui ne bénéficiera pas qu’à ce programme, mais a vocation a être utilisable par d’autres » se réjouit Christophe Valtaud.

"Déployer ces cépages en 2034, c’est une prouesse"

La mise en place participative de ces critères s’inscrit dans une volonté d’accélération de la sélection variétale. Ou plutôt d’un pari d’évaluation précoce, en sautant l’étape de six ans de phénotypage pour la sélection génomique. Permettant de passer directement au stade des tests de Valeur Agronomique, Technologique et Environnementale, cette méthode prédictive n’empêche pas de suivre en parallèle la voie classique de sélection. Pour éviter les mauvaises surprises et s’assurer de ne pas passer à côté de variétés intéressantes.

Avec cette méthodologie accélérée, le projet prévoit de planter des parcelles expérimentales en 2023. Et de faire entrer une poignée de cépages d’intérêt en 2034 au cahier des charges de l’AOC Cognac. Actuellement, les chercheurs ont obtenu 8 000 pépins par hybridation. Ils sont issus de croisement entre géniteurs locaux à potentiel qualitatif (Monbadon, Montils et Vidal 36 en guise de femelles) et obtentions des unités INRA de Colmar/Montpellier (Chambourcin, Bronner, variétés Bouquet pour les gamètes mâles).

 

* : « Ne reproduisons pas l’erreur d’avoir 98 % d’un seul cépage, comme l’ugni blanc avec peu de clones. Il faut ouvrir la diversité et le brassage » prêche Christophe Valtaud.

Réduction, pas abandon, des phytos

« Est-ce qu’avec ces nouveaux cépages, on n’aura plus à traiter la vigne ? »i brûlait les lèvres de Bernard Pineau. « La réponse est non. L’objectif ce n’est pas de ne pas traiter, mais de beaucoup moins traiter » tranche d’emblée Didier Merdinoglu, le responsable de l’équipe d’amélioration de la vigne de l’INRA Colmar. « On se rend compte qu’au lieu d’une douzaine de traitements, on peut mener la vigne avec un à deux passages. Mais il faut protéger du black-rot, de l’anthracnose… Et assurer la durabilité de la résistance. »

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