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Les syndicats héraultais dévoilent les vins espagnols aux marques francisées

Jeudi 13 avril 2017 par Alexandre Abellan
Article mis à jour le 14/04/2017 11:21:00

Réunissant une cinquantaine de viticulteurs, l’action syndicale unitaire a été calibrée pour éviter l’invasion de la grande surface, et les débordements.Réunissant une cinquantaine de viticulteurs, l’action syndicale unitaire a été calibrée pour éviter l’invasion de la grande surface, et les débordements. - crédit photo : Marie-Pierre Lalle (FDSEA 34)
Excédés, les viticulteurs ont investi le rayon des cubis d’une grande surface de Pézenas pour démontrer par l’exemple le mélange des genres qui y règne. Une fine opération de communication, loin de l’action coup de poing.

« C’est la preuve par l’exemple qu’il faut faire le ménage dans les linéaires ! » tonne Guilhem Vigroux, le président de la Fédération départementale des syndicats d'exploitants agricoles de l’Hérault (FDSEA 34). Car pour (dé)montrer « les dérives anarchiques qui règnent dans les linéaires français », le syndicaliste a joint le geste à la parole, et a conduit la presse dans les rayons vins du Carrefour Market de Pézenas. Dont les linéaires ont été submergés par une bonne cinquantaine de viticulteurs, appartenant aux syndicats héraultais des Jeunes Agriculteurs, des Vignerons indépendants, de Coop de France…

Ayant choisi à dessein cette enseigne, la visite a commencé fort, un consommateur prenant devant la délégation un wine-in-box de la marque Cambras (groupe Castel). « Devant les caméras, on lui a demandé s’il connaissait l’origine de ce vin. Il croyait qu’il était français, on lui a montré sur l’emballage qu’il était de la communauté européenne » se félicite Guilhem Vigroux, qui ne pouvait rêver meilleure façon d’illustrer ses revendications*.

Hiérarchiser le rayon

Ayant dans le viseur les marques portant à confusion sur les origines (quand elle ne les détourne pas), la FDSEA 34 a ciblé ce magasin car il référence notamment le "cas Cambras". « Dans le linéaire, il y a côte à côte les Ormes de Cambras, un vin de pays d’Oc, et la marque Cambras, un vin de la communauté européenne. Et de l’Espagne en particulier » explique Marie-Pierre Lalle, la directrice de la FDSEA 34. Pour éviter tout embrouillamini, les syndicats héraultais exigent une hiérarchisation claire du rayon des wine-in-box. Avec une distinction nette entre les vins français et ceux étrangers, comme pour les bouteilles.

"Que le consommateur décide"

Mais n’allez pas taxer ces manifestants de protectionnistes effarouchés : « On ne demande pas que soient interdits les vins étrangers ! On réclame qu’ils soient clairement identifiés. Que le consommateur puisse faire son choix en connaissance de cause », martèle Guilhem Vigroux. Qui reconnaît aisément que le contraire serait difficilement compréhensible, au vu des exportations languedociennes.

Gard musclé

Un autre son de cloche résonne du côté du Syndicat des Vignerons Gardois, qui appelle, dans un communiqué, « les metteurs en marché régionaux, négociants et plus particulièrement groupements de producteurs, à cesser immédiatement leurs importations massives de vins étrangers ! ». N’hésitant pas à menacer « les acteurs de la filière qui n'adopteraient pas un comportement vertueux », le jeune syndicat s’appuie sur les succès de ses premières actions (« la majorité des enseignes de la grande distribution locale a retiré les bag-in-box de vins étrangers de ses rayons »).

"Le temps nous est compté"

« Nos actions sont complémentaires avec celles gardoises » analyse Guilhem Vigroux. Pour l’élu, il faut désormais travailler à lever les ambiguïtés et opportunismes persistant au niveau de la filière viticole même. « Aujourd’hui nous nous en sommes pris à la GD et on va avoir gain de cause avec les négociations nationales » estime-t-il, soulignant qu’après le marché national, il reste le problème de l’export. « Des groupes coopératifs et des négoces privés vendent à l’étranger des vins sous marques françaises, alors que les vins ne le sont pas. C’est là que nous perdons des parts de marché » tacle-t-il. Mais pour travailler à cette échelle plus large, il reconnaît la nécessité de passer la main à d’autres organisations. Notamment en mobilisant davantage les interprofessions. « Si l’on inverse la tendance avant juin, on peut partir serein sur le nouveau millésime » conclut, non sans optimisme, Guilhem Vigroux.

 

* : Et durant la suite de l’opération, « le pompon, c’est que l’on a aussi trouvé une fraude caractérisée ! Un cubi de Cramoisay (Patriarche) mettait en avant la mention vin de France, alors que derrière il est marqué que c’est un vin de l’Union européenne » rapporte Guilhem Vigroux.

 

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Norbert Le 14 avril 2017 à 18:06:34
Finalement, les syndicats indiquent gracieusement la bonne voie à suivre au Groupe Castel pour éviter toute confusion: ne vendre que des vins espagnols ou de l'Union européenne sous les deux marques Cambras et Ormes de Cambras! D'ailleurs Cambras sonne un peu plus espagnol que gaulois, non?
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