Vignoble vertueux

L’interprofession bordelaise met en ligne les initiatives environnementales

Mercredi 15 février 2017 par Alexandre Abellan

Pour faire face aux attentes sociales, « nous devons sortir de nos habitudes pour trouver des solutions astucieuses et imaginatives » pointe Allan Sichel, au palais des congrès de Bordeaux, ce 14 février.Pour faire face aux attentes sociales, « nous devons sortir de nos habitudes pour trouver des solutions astucieuses et imaginatives » pointe Allan Sichel, au palais des congrès de Bordeaux, ce 14 février. - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
Avant la prochaine campagne de traitements, la filière girondine va lancer un site cartographiant les bonnes pratiques de ses opérateurs. Pour inciter à une amélioration des comportements, notamment vis-à-vis du voisinage, mais aussi communiquer positivement sur un sujet épineux.

Cette fin mars, le Conseil Interprofessionnel des Vins de Bordeaux (CIVB) va mettre en ligne le « BordeauxVignobleEngagé.com », le site participatif recensant les initiatives environnementales et sociétales de ses opérateurs. « Le principe sera d’avoir une carte de la Gironde, avec des punaises pour indiquer les bonnes pratiques mises en place par tel vigneron et tel négociant » explique Christophe Chateau, le responsable de la communication du CIVB, ce 14 février. Présenté à l’occasion du neuvième forum environnemental des vins de Bordeaux, cet outil sera ouvert aux caves particulières comme coopératives, aux négociants comme syndicats viticoles. Son objectif étant de faire boule de neige, en incitant l’ensemble de la filière à s’engager par émulation.

Ce site compte en effet susciter des vocations en inspirant les opérateurs avec un panel de pratiques environnementales vertueuses (couverture végétale, mise en place de haies, lutte bio ou raisonnée, réduction des intrants, travaux du sol…). « C’est la somme des petits pas qui fera un grand tout » s’enthousiasme Muriel Barthe, la directrice technique du CIVB, dans une logique similaire au Système de Management Environnemental des vins de Bordeaux. Et dans une approche déjà spontanément adoptée par les propriétés touchées par l'arrêté préfectoral d'encadrement des traitements à proximité des zones sensibles*.

"La pression sociétale a augmenté plus vite que notre progression"

Mis en ligne avant les premiers traitements du printemps, « BordeauxVignobleEngagé » répond également à une volonté assumée de communiquer positivement sur les pratiques culturales du vignoble girondin afin de désamorcer les tensions qui peuvent envenimer les relations entre habitants et exploitant d’un même espace rural. « Pour certains, l’échange se fait naturellement. Pour d’autres, cela peut-être plus difficile. Dans certains cas même, les relations peuvent être conflictuelles. » résume Allan Sichel, le président du CIVB.

« C’est en comprenant les attentes des riverains, en expliquant nos métiers, en tissant des liens amicaux de dialogue constructif et d’échanges d’informations que nous apaiserons les relations entre professionnels et voisinage » pose le négociant girondin. Le site « BordeauxVignobleEngagé » mettra ainsi en avant les exploitants avertissant par SMS leurs voisins avant les traitements, ou ceux ayant contacté les établissements hospitaliers/scolaires voisins pour aménager leurs horaires de passage.

 

* : D’après l'enquête réalisée par le CIVB après des 903 viticulteurs concernés par l'arrêté du 22 avril 2016, 79 % adaptent leurs horaires de traitements à leur voisinage. 54 % alertent leurs riverains avant de pulvériser une parcelle. 31 % implantent des haies. Et ils sont 10 % à avoir arraché des rangs pour ne plus être trop près de leurs voisins.

Les bénéfices de Cash Investigation

Diffusée il y a un an, l’enquête de Cash Investigation sur l’exposition des riverains et producteurs aux pesticides a marqué les esprits. Mais avec le recul, ce choc aura été un mal pour un bien estime Christophe Chateau. « Pour la première fois, les journalistes arrêtaient de voir les viticulteurs comme des pollueurs, mais comme les premières victimes des produits qu’ils utilisent » explique-t-il, désarçonnant une partie de l’auditoire. C’est justement un électrochoc que la filière a subi avec ce documentaire, mais « cette mise en lumière forte, en prime time sur une chaîne nationale avec une audience forte, a déclenché chez certains qui n’avaient pas passé le cap l’envie d’aller plus loin. D’utiliser moins de CMR. D’engager une vraie démarche environnementale… » égrène Christophe Chateau.
 

LAISSER UN COMMENTAIRE

Recopier le code :
Processing
© Vitisphere 2017 - Tout droit réservé