A quoi servent les médailles ?

Jeudi 16 juin 2016 par Catherine Bernard

A quoi servent les médailles ?
Le marronnier des palmarès, prix et médailles. Ce mois-ci, celui de Decanter. Tour de passe-passe à Bordeaux, Bernard Magrez vend ses derniers châteaux au milliardaire chinois Jack Ma. Les sages de la Cour des comptes plaident pour une hausse de la fiscalité des alcools.

Les prix Decanter

Les remises de prix et médailles rythment désormais les saisons. Au printemps, celles du magazine anglais Decanter, largement le plus complexe. « Cette année, les vins chiliens et français se distinguent. Ils emportent six des neuf médailles du « best in show ». Sur les 16 000 vins sélectionnés, 31 seulement avaient déjà une réputation internationale (…) Des vins de Croatie et de Suisse ont remporté des médailles de Platine, ainsi que le Japon. Le Brésil dont la ville de Rio accueille les JO s’est aussi distingué », relève Chris Mercer. La surprise vient aussi des prix des vins : « C’est un Malbec chilien qui a remporté la platine du meilleur rapport qualité prix, vendu à 6£ dans les supermarchés  britanniques Asda ». On notera qu’à la différence de ses confrères Wine Spectator et RVF, Decanter connecte le vin à sa réalité économique. « Steven Spurrier, qui présidait le palmarès de 2016 a tenu a récompenser des vins dans lesquels les consommateurs peuvent avoir confiance », précise Chris Mercer. C’est un peu le livre Inter et le prix Goncourt. Les media ne s’y trompent pas. «  Decanter a consacré un nectar chilien, La Moneda Reserva Malbec. La bouteille ne coûte que 7 euros (£5,75). Est-ce bien sérieux ? Peut-être, peut-être pas. Que les grands vins aillent se rhabiller – une nouvelle robe ? – et s’inclinent devant le nectar chilien qui a su ravir les dégustateurs. Comme pour les restaurants, il va falloir se faire une raison : les nouvelles terres prometteuses, « spin doctorée » à fond, se trouvent de l’autre côté de l’Atlantique. Que ce soit le magazine Restaurant pour les 50 Best ou son compère anglo-saxon Decanter pour les pinards, le meilleur ne se trouve plus en Europe. La terre tourne, les tendances aussi », répond Franck Pinay-Rabaroust sur le site Atabula. Le site Atlantico  commente à son tour : « Un panel de 240 experts internationaux lui a donc accordé le titre de meilleure bouteille du monde en dessous de 20$. Aujourd'hui, la bouteille est vendue autour de de 4£37 (environ 5€50) (…) Le Chili est décidemment un rêve pour les amateurs de vin. En mai, un "Viñedo Chadwick" de 2014, s'est vu attribuer la note maximale par le journaliste et célèbre critique américain de vins et de cigares James Suckling ». Decanter a aussi marqué à sa façon l’anniversaire du jugement de Paris en organisant son « Jugement de Tobacco Dock ». Et cette fois encore, souligne toujours Chris Mercer, « un pinot noir de l’Oregon à 15£ l’a emporté sur un grand cru de Bourgogne ». Le temps l’emportera.

 

Le roi est nu, vive le roi

Il y a deux manières de lire cette information concernant le vignoble de Bordeaux. La manière Vitisphere  :  « Bernard Magrez n’a plus de châteaux à vendre ». Alexandre Abellan commence ainsi : « Fermez le ban, le magnat de Bordeaux a vendu en un an ses propriétés bordelaises d'entrée de gamme ». Il poursuit : « Entrepreneur phare du vignoble bordelais, il déclare avoir mené à bien la réorientation stratégique de son porte-feuille bordelais, en cours depuis un an. Dévoilées la semaine dernière par la revue Decanter et une dépêche de l’AFP, les ventes des châteaux Guerry et Pérenne (côtes de Bourg de Blaye) achèvent la montée en gamme du groupe Bernard Magrez ». L’investisseur serait désormais en quête d’un cru classé du Médoc. Il y a aussi la manière anglo-saxonne de voir les choses. « Le milliardaire Jack Ma acquiert un nouveau château à Bordeaux », titrait la semaine dernière Decanter. « Jack Ma, le milliardaire fondateur d’Alibaba et propriétaire de Château de Sours à Bordeaux a ajouté à son portefeuille Château Perrene en Côtes de Blaye », annonce le magazine. C’est aussi l’angle d’attaque retenu par la RVF qui titre : « Le milliardaire chinois achète deux domaines à Bordeaux », deux propriétés de Bernard Magrez Château Perenne donc, et Château Guerry, pour « 12 millions d’euros ». La RVF précise : « Jack Ma, deuxième fortune de Chine avec quelque 23 milliards de dollars, est un ancien professeur d'anglais d'origine modeste, qui a fait sa fortune en créant le site de commerce en ligne Alibaba en 1999 ». Jack Ma et Bernard Magrez sont très jumeaux.

 

Divers et varié

Juin est aussi le mois du rapport annuel de la Cour des comptes, celle-ci épluchant les comptes publics et épinglant les mauvais élèves. La fiscalité sur l’alcool est cette année dans le collimateur. « L’institution pointe les ratés de la lutte contre la consommation d’alcool en France toujours à l’origine de 50 000 décès par an », relève Le Figaro. « Malgré une baisse régulière de la consommation d'alcool depuis les années 1960, chaque Français boit encore 12 litres en moyenne par an, bien plus que ses voisins européens. Il n'existe pas de consensus sur le seuil à partir duquel la consommation d'alcool devient dangereuse, mais la Cour note qu'elle est la première cause d'hospitalisation (…) et serait aussi à l'origine d'un coût social de 120 milliards d'euros en 2010 ».  En conséquence, « la Cour des Comptes plaide  pour une sévérité accrue et préconise des mesures qui ont fait leurs preuves dans d'autres pays, comme une augmentation du prix de l'alcool. ». Le Figaro cite les Sages de la rue Cambon : «L'action par les prix et la fiscalité apparaît dans toutes les études récentes comme l'une des mesures les plus efficaces». Le Monde s’intéresse à la réaction « des alcooliers », lesquels s’y opposent : « Selon Vin et société, le bras armé de la viticulture française, « la Cour des comptes pose les vrais problèmes mais apporte de mauvaises solutions », estime sa déléguée générale, Audrey Bourolleau. Enfin, pour Avec modération, qui regroupe les groupes de spiritueux, « ces propositions sont pénalisantes pour le secteur économique et sans bénéfice sanitaire démontré ». Laurence Girard qui signe l’article commente : « La seule vente des vins et spiritueux à l’export a atteint un chiffre record de 11,7 milliards d’euros en 2015, dont 8 milliards pour le champagne et les vins et 2,8 milliards pour le cognac. Des produits de la vigne. Pas étonnant de trouver donc aux avant-postes Vin et société, très écouté par les élus des régions viticoles, dans les débats sur la réglementation. Cet organisme a d’ailleurs porté avec succès le projet d’assouplissement des règles publicitaires fixées par la loi Evin, même si les retombées seront peut-être plus profitables aux groupes de spiritueux ou aux brasseurs ». 

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