Vinisud

Les exposants partagés sur le bilan 2016, circonspects pour l’édition 2017

Jeudi 18 février 2016 par Alexandre Abellan
Article mis à jour le 19/02/2016 10:48:05

A la fin de Vinisud 2016, il est sûr que le salon prendra un rythme annuel pour 2017 et se tiendra en 2018. Pour 2019, les résultats en décideront.A la fin de Vinisud 2016, il est sûr que le salon prendra un rythme annuel pour 2017 et se tiendra en 2018. Pour 2019, les résultats en décideront. - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
A l’heure du bilan, les exposants n’ont pas tous vécu le même salon des vins méditerranéens. Mais tous s’accordent sur la question des évolutions pour tenir un rythme annuel.

S'il s'est fermé sur un dernier jour bien morne, le salon Vinisud s'enorgueillit d'un nombre de visiteurs en légère progression sur ses deux premiers jours, par rapport à la précédente édition, en 2014. Mais pour les exposants satisfaits, peu importe la quantité, c’est la qualité des visiteurs qui fait tout l’intérêt de Vinisud. « De toute façon, un salon ne fonctionne que si on l’a bien préparé en amont » pose Bénédicte Bonnet, directrice générale de la maison Lavau (Vaucluse), qui se dit très satisfaite par la qualité des visiteurs présents, aussi bien des réseaux nationaux qu’export. « On sent que l’entrée a été verrouillée, il y a moins d’amateurs et on peut travailler plus sérieusement » confirme Gaylord Burguière, le directeur de la communication du syndicat de l’AOC Saint-Chinian.

"Vinisud est encore dans la dynamique, tous les salons de France ne peuvent en dire autant"

Des retours qui font évidemment le miel de l’organisation de Vinisud. « Notre tri est très féroce d’édition en édition, pour qu’il n’y ait pas de touriste sur le salon » explique Fabrice Rieu, le président de Vinisud, qui ajoute ne pas rechercher « une croissance importante du nombre de visites, mais de la qualification business des acheteurs ». Si ce dynamisme du salon en convainc certains, d’autres sont franchement déçus. Et ne se privent pas de le dire, du moins en off pour des exposants historiques, qui traitent l’édition 2016 de « catastrophique », « quelconque », « nullissime » « vide »… Mais au concours des désillusions, la palme revient de loin aux vins de Bordeaux.

Bordeaux, vignoble invité à défaut d’être honoré

A défaut de la Californie, l’invité d’honneur de Vinisud 2016 était le vignoble bordelais, jusque là exclu du salon (seul le Sud-Ouest, hors-Gironde, était accueilli). Placés dans le hall périphérique B4, la cinquantaine d’exposants de Bordeaux ont comme l’impression d’avoir été oubliés par les organisateurs*. De nombreux visiteurs ont ainsi découvert par hasard leur présence, il est vrai peu mise en avant. Et les annonces au micro passées en urgence mardi et mercredi n’y ont rien fait : les allées sont restées désespérément clairsemées. Et les rares contacts étaient souvent déjà connus.

D’où une amertume franche et lapidaire : « ce salon, c’est zéro. On a été relégués au fond d’un bâtiment minable où personne ne passe. Certes, on n’a pas payé cher, mais c’est toujours moins que ce pour quoi ils s’étaient engagés » résume Patrice Ricard, le président de Vintex et des vignobles Grégoire. Un bilan d’ailleurs partagé par certains exposants étrangers (voir encadré).

Ce bilan de Vinisud n’est cependant pas partagé sur le stand des propriétés Bernard Magrez (hall B3), habituées du salon grâce à ses vins méditerranéens. En présentant pour la première fois des cuvées bordelaises, les forces commerciales de l’homme aux 40 châteaux se félicitent d’une approche complémentaire de la gamme porteuse. Elles espèrent même pérenniser cette présence des vins de Bordeaux, pour travailler sur la durée.

L’annualisation interroge

Quoiqu’il en soit, le devenir de cette invitation reste en suspens, le prochain Conseil d’Administration de Vinisud doit rapidement tirer le bilan cette expérience 2016. Et alors décider de la reconduire, ou non, sur la prochaine édition 2017 (du 20 au 22 février). Mais en passant à un rythme annuel, le salon suscite bien plus d’interrogations dans les allées, certains exposants ne sachant même pas qu’il y aurait une édition en 2017 (les panneaux ne manquaient pourtant pas aux sorties, voir photo).

Rompant son rythme bisannuel, le salon Vinisud se tiendra en 2016, 2017 et 2018. Mais la possibilité d’une édition en 2019 ne sera validée que sur les résultats de ce nouveau tempo. Pour les fanas de Vinisud, cette approche est satisfaisante : seul le maintien des visiteurs doit compter. Tant qu’il y aura suffisamment d’acheteurs, ils participeront. Mais pas sans se poser la question de l’évolution de leur présence, en adaptant ses modalités (ce que font déjà certains, comme l’interprofession languedocienne, qui a réduit drastiquement ses coûts pour envisager un amortissement désormais annuel).

Pour les exposants enchaînant les salons, il commence à y avoir un embouteillage qui doit conduire à un arbitrage. « Sincèrement, on est aujourd’hui dans une phase où il y a trop de salons. A terme, le seul qui puisse prendre la tête européenne, c’est Prowein. Pour les autres, il faudra être bien intégré régionalement, comme celui du val de Loire. Pour Vinisud, il ne faudrait plus accueillir Bordeaux ou les Côtes du Rhône pour garder une identité forte » estime Jean Galland, le directeur export du groupe coopératif Vinovalie (Sud-Ouest), qui ne compte pas être présent à Vinisud l’an prochain.

La prochaine édition inspire

A 100 % pour que Vinisud devienne un rendez-vous annuel, le négociant Michel Chapoutier (président de l'interprofession des vins du Rhône) estime qu’un événement « bisannuel, c’est de la communication et de l’image. Dans le vignoble, c’est avant tout de business dont on a besoin. Quant à ceux qui sont contre… C’est comme pour le mariage pour tous, ce n’est pas parce que vous êtes opposé qu’il faut empêcher votre voisin d’y aller. » En verve, il estime que Vinisud ne doit pas se réduire à sa thématique méditerranéenne, mais au contraire s’ouvrir à l’originalité. Il lance ainsi une proposition à l’attention des organisateurs : « ouvrir une extension du salon qui soit réservée à tous les jeunes vignerons de France, un hall dédié qui va intéresser les acheteurs. »

Cette différenciation par la diversification des pôles d’attraction n’est pas pour déplaire aux organisateurs de Vinisud. Ils reconnaissent avoir tenté de convaincre les organisateurs du salon Millésime Bio de partager les mêmes dates, en vain jusqu’à présent. Mais d’autres idées pour donner un coup de neuf à Vinisud 2017 ne manquent pas. Co-fondateur de l’association Wine Mosaic Arnaud Daphy lance ainsi l’« idée de collecter les vins de toutes les bouteilles d’échantillon entamées, pour en faire du vinaigre et les vendre au profit d’oeuvres caritatives ».

A un an du prochain Vinisud, la boîte aux idées est donc ouverte, mais celle des critiques n'est pas pour autant fermée.

* : Si Vinisud a damé le pion à Vinipro, en s’ouvrant à Bordeaux, le salon a dû ménager ses régions exposantes historiques, qui ont peu goûté cette incursion. Et n’imaginaient pas les vins de Bordeaux exposés au coeur du salon.

Loin de Montpellier, loin du succès ?
Les déçus de Vinisud esquissent une loi : plus un exposant est éloigné de Montpellier et plus il lui sera difficile d’exister au Parc des Expositions. Preuve en est la délégation d’Espagne, qui a trouvé le temps bien long sur trois jours de salon. « Notre emplacement était horrible, dans le courant d’air froid d’une porte. Cela n’aurait pas d’importance si encore nous étions occupés » témoigne Paula Yago Aznar, directrice générale des Bodegas Tempore (Saragosse). « Sur trois jours nous avons beaucoup attendu pour peu de contacts qualitatifs, alors qu’à Prowein ça n’arrête pas… Le seul point positif, c’est que nous avons pu sympathiser avec les autres exposants espagnols. »
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Matthieu De Wulf Le 22 février 2016 à 11:18:14
Très bon salon pour nous malgré la présence importante de fournisseurs... Nous ne voulons pas d'annualisation, à moins de faire Vinisud en même temps que Millésime Bio. Trop de salons tuent les salons. Salutations.
Alain Ségelle Le 20 février 2016 à 19:05:52
Pas certain que l'annualisation de VINISUD soit un plus ! Maintenir VINISUD sur 3 journées complètes, avec obligation d'assurer sa présence sur stand jusqu'à une heure de la fermeture, franchement je n'apprécie pas cette débâcle de fin de Salon ... même si de nombreux exposants ont attendus d'éventuels contacts & visiteurs. Même si je n'ai pas été trop dérangé par de très nombreux "copains-visiteurs (famille & voisins)", il serait bien de leur réserver uniquement l'accès au seul Mercredi ... et encore plus à tous ces prospecteurs (qui n'ont pas de stand) & qui viennent nous encombrer pour pas dire nous bousculer ... bien sincèrement ! Compliments pour les visuels ESPRIT BIO & donc d'un repérage facile. Un plus pour VINISUD. Cordiales salutations bio bachiques.
Florent Le 20 février 2016 à 10:12:39
Si les organisateurs affirment qu'il y a eu un tri féroce, ce n'est vraiment pas l'impression que j'ai eue... Beaucoup de fournisseurs et de particuliers arpentent le salon. C'est un comble que les vignerons payent pour rencontrer leurs fournisseurs !!! Cerise sur le gâteau: les fournisseurs et les particuliers avaient tous un badge "Buyer"... Cherchez l'erreur....
C.FAUCHER Le 20 février 2016 à 09:27:36
Pour le rythme bisannuel. Tous les 2 ans c'est un rendez-vous, et difficile de de sauter une édition car renvoie à 4 ans. En rythme annuel facile de se passer d'une édition d'où un risque très important de dilution surtout pour un salon qui reste quand même très national. Il y a peut être aussi des accords à trouver avec les autres salons "régionaux" et ou Millésime Bio, qui ciblent les mêmes visiteurs. Il restera difficile de concurrencer un salon comme PROWEIN qui se situe au cœur de la zone de consommation européenne, si on exclu la consommation des pays producteurs
Alex Francis Le 20 février 2016 à 07:59:30
Il n'y a pas une seule mention de Bordeaux present a Vinisud dans le dossier du presse officiel; Algerie, Italie, Espane son mentionné.
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